La lutte a payé: plan social amélioré chez Bacab
Les ouvriers en grève ont occupé leur usine pendant une semaine pour un plan social digne

La grève des employés de Bacab SA aura duré six jours. Mercredi dernier, la direction acceptait de doubler l'enveloppe. En guise d'indemnités salariales, les travailleurs auront en moyenne l'équivalent de 5 mois de salaire au lieu de deux. Ils ont repris le travail jeudi dernier, et ce, jusqu'à fin mai, date de la délocalisation de la production en Allemagne.

C'est un petit cortège, mais très bruyant, qui a chahuté les ruelles d'Yverdon-les-Bains mardi 8 avril. La trentaine de travailleurs de Bacab SA à Sainte-Croix étaient bien déterminés à défendre leurs droits pour un plan social digne. Accompagnés du syndicat Unia, de drapeaux, de fûts industriels reconvertis en tambours, de mégaphone et de leur pétition, ils ont sensibilisé la population à leur lutte. Pendant ce temps, une poignée de travailleurs et de syndicalistes d'Unia bloquaient à Sainte-Croix une tentative de sortie de produits pour une livraison par le chef de production.
Le lendemain, le directeur, Mario Colpa, après sa visite à la maison mère en Allemagne, proposait une enveloppe représentant plus du double de la proposition initiale. Réunis en assemblée, les travailleurs présents ont été divisés: 15 ont refusé la proposition, jugeant que le montant n'était pas suffisant au vu des bénéfices de l'entreprise, et 14 l'ont acceptée... Avec pour résultat final, la suspension de la grève. «Les salariés étaient informés dès le début qu'il fallait en tout cas deux tiers des travailleurs pour continuer la grève. Pour certains, ceux qui voulaient continuer, la pilule est un peu amère, mais le mouvement de grève a vraiment permis une nette amélioration du plan social», explique Isabelle Smekens, responsable de la section Unia Nord-Vaudois. Un succès en demi-teinte pour certains donc, mais une victoire quand même grâce à la solidarité et à l'action des travailleurs. «La décision a été difficile à prendre, mais cela reste une victoire, car sans la mobilisation, ils n'auraient eu que deux mois d'indemnités en moyenne», souligne Yves Defferrard, responsable du secteur industrie d'Unia Vaud.

Une usine occupée
Pour mémoire, la grève et l'occupation de l'usine 24 heures sur 24, avec un tournus de présence des travailleurs et des syndicalistes, week-end compris, avaient débuté le jeudi 3 avril en réaction au plan social «indigne» proposé par la maison mère Bartec Top Holding GmbH. En février, l'entreprise avait décidé de délocaliser la production de câbles dans son siège principal en Allemagne, avec pour conséquence le licenciement de 32 personnes et le maintien, toutefois, des 8 postes administratifs pour la commercialisation des produits. Les propositions faites par les travailleurs, soutenus par Unia et les autorités cantonales et communales, pour sauver l'entreprise avaient été balayées par la direction.
La production a repris jeudi dernier, pour s'arrêter définitivement à fin mai. D'ici là, les négociations vont permettre de préciser le nombre de mois d'indemnités pour chaque salarié, en fonction des conséquences du licenciement, en tenant compte notamment de l'âge, de l'ancienneté, de la situation familiale... Isabelle Smekens précise: «Nous voulons aussi qu'il y ait une clause dans le plan social qui permette la libération immédiate des employés s'ils trouvent un emploi avant la fin de leur contrat.»

Aline Andrey

 

 

La parole aux grévistes, avec des témoignages recueillis pendant la manifestation à Yverdon-les-Bains

Elisabete, 35 ans, mariée, deux enfants, depuis 10 ans et demi à Bacab: «Malgré les périodes de chômage technique, je ne m'attendais pas à cette fermeture. On nous disait souvent que nous étions les 2e meilleurs du groupe. Et notre patron ne nous a jamais parlé des pressions qu'il avait déjà reçues en 2012 lui demandant de faire davantage de chiffre. Nous avons fait nos propositions pour sauver l'entreprise, mais à mon avis, la fermeture était programmée. A Sainte-Croix, il n'y a plus beaucoup d'emplois. Je ne vais pas trouver un travail si rapidement. Et la boîte de mon mari est aussi à vendre, donc je crains qu'il se retrouve lui aussi bientôt au chômage. C'est la première fois que je fais grève et je n'ai jamais pensé que j'en ferais une un jour...»


Gilles, 50 ans, marié, trois enfants, depuis presque 16 ans à Bacab: «Quand j'ai commencé à travailler chez Bacab, on était 8, puis le nombre d'employés à augmenté jusqu'à 50. Il y a eu ensuite une première délocalisation, et une boîte concurrente a été créée par certains de nos cadres à Yverdon... La financiarisation de l'économie fait que le fric passe avant les êtres humains. Tout ce que j'ai donné pour cette boîte, et tous ces dimanches à travailler pour en arriver là... Même la nuit, on rêve Bacab. C'est épuisant. Je n'ai jamais été au chômage de ma vie. Ça fait mal, à 50 balais, d'en arriver là. Sans le syndicat, on aurait été largué. C'est fou de voir comme il se démène pour nous.»


Bruno, 32 ans
, célibataire, depuis 4 ans et demi à Bacab: «Quand on a appris la nouvelle de la fermeture, certains travailleurs étaient choqués et pleuraient. Nous avons fait des propositions de maintien, mais on sentait bien que la décision était déjà prise. Vu mon âge, j'ai l'espoir de trouver ailleurs. Mais je ne sais pas trop où chercher puisque je n'ai pas de CFC. Pour ceux qui ont plus de 50 ans, c'est plus difficile. Et leur proposer deux mois de salaire comme indemnité, je ne sais pas comment qualifier ça... C'est une honte! Pour moi qui ne suis pas dans la boîte depuis longtemps, je veux bien, mais pour ceux qui sont là depuis plus de 16 ou 18 ans... La direction était tout à fait au courant qu'on allait faire grève, si elle ne revenait pas à la table des négociations. C'est une grève tout à fait licite. Nous n'avons pas eu le choix.»

Propos recueillis par Aline Andrey

 

 

Edition n° 16/17 du 16 avril 2014

 
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