Aussi un combat de la classe politique
A Genève des élus communaux se sont joints au comité unitaire ...

Le comité unitaire genevois «Pour des salaires + justes», dont fait partie Unia, a construit un Monopoly édition spéciale salaire minimum à taille humaine pour montrer que même avec 4000 francs, il est difficile de boucler les fins de mois. Des élus communaux du canton étaient aussi présents pour témoigner de la réalité des travailleurs pauvres, qui ne peuvent pas vivre décemment de leur salaire et sont dans l'obligation de recourir à l'aide sociale. Pour les magistrats, l'Etat ne devrait pas avoir à payer pour ces employeurs qui ne jouent pas le jeu.

C'est la dernière ligne droite avant le vote sur le salaire minimum légal en Suisse, qui aura lieu ce dimanche. Au vu de cette échéance, le comité unitaire genevois «Pour des salaires + justes», réunissant syndicats, partis de gauche et associations, a organisé une ultime conférence de presse en compagnie d'élus communaux venus expliquer pourquoi il était nécessaire de mettre en place un revenu minimum à 4000 francs. A cette occasion, un Monopoly géant un peu spécial a aussi pu divertir les passants: avec une cagnotte de départ de 4000 francs, le but du jeu était d'arriver à faire le tour des dépenses mensuelles courantes (loyer, assurances, parking, essence, courses, impôts, etc.) sans se ruiner... Pas si facile que ça... «Ce jeu est une manière concrète de montrer que, avec moins de 4000 francs, il est compliqué de boucler les fins de mois», relève Audrey Schmid, secrétaire syndicale à Unia.

Campagne patronale virulente
«A la veille du vote sur le salaire minimum, on voit toute l'ampleur et la virulence que prend la campagne patronale, qui met en avant des petits patrons de PME qui seront contraints de licencier et des jeunes qui ne trouveront plus de travail, déplore Alessandro Pelizzari, secrétaire régional du syndicat Unia. Sauf que la réalité est tout autre puisque deux tiers des 330000 travailleurs qui gagnent moins de 4000 francs ont plus de 25 ans et qu'un tiers possède l'équivalent d'un CFC.» Pour le syndicaliste, la faute revient donc aux patrons qui pratiquent une concurrence déloyale entre les employés. Aux côtés des syndicats genevois, des élus communaux étaient aussi présents pour défendre le salaire minimum. «Il est impossible de vivre décemment avec moins de 4000 francs par mois, encore moins à Genève», constate Sandrine Salerno, maire de la ville de Genève. Accompagnée de ses collègues Sami Kanaan, Esther Alder, Rémy Pagani mais aussi de magistrats de Carouge et d'Onex, celle-ci a éclairé leur démarche. «L'intérêt pour nous de témoigner est de faire entendre la voix de décideurs politiques qui sont proches du terrain et qui sont confrontés au quotidien à la situation des travailleurs pauvres.»

Les «working poor», une réalité
Jeannine De Haller, membre du Conseil administratif de Carouge, rappelle que sa commune est très touchée par le chômage et les écarts salariaux. «A Carouge, l'aide sociale est la plus forte du canton, et vient parfois en complément de salaires indécents.» Afin de rétablir un peu d'égalité salariale, la ville de Carouge a instauré un salaire minimum brut de 5350 francs pour ses employés afin de lutter contre la paupérisation des travailleurs. De même, le rapport entre le plus bas et le plus haut salaire ne dépasse pas 1:2,5.
A Onex, sa maire Carole-Anne Kast assure que 200 à 500 personnes (sur 18000) verraient leur situation s'améliorer si un salaire minimum à 4000 francs était instauré. «Il y a des personnes qui travaillent mais qui ont besoin de l'aide sociale pour boucler les fins de mois, c'est une réalité!» Quant à la ville de Genève, l'aide sociale représente environ 3 millions de francs, auxquels s'ajoutent plusieurs dizaines de millions de francs de subventions indirectes sous forme de prestations offertes à des personnes à bas revenu (crèches, activités sportives pour les enfants, aide au logement, etc.). «On comble un déficit de la part du patronat», remarque Esther Alder, conseillère administrative. «Nous voulons que les travailleurs de nos communes puissent vivre de leur salaire, poursuit Sandrine Salerno. Aujourd'hui, c'est le combat de la gauche mais ce devrait être celui de toute personne politique engagée.»

100 millions d'économie
28% des personnes vivant en Suisse étant à l'aide sociale, le salaire minimum se révélerait aussi être une source d'économie, note Alessandro Pelizzari. «Des études montrent que près de 100 millions de francs seraient épargnés aux structures d'aide sociale si un salaire minimum était instauré.» Et Sandrine Salerno d'ajouter: «Il est regrettable que ce soient les contribuables, à travers les impôts, qui soutiennent les plus vulnérables à cause de certains employeurs qui ne jouent pas le jeu.» Un effort financier qui est réalisable, estime Carole-Anne Kast. «Vu les dividendes que touchent les actionnaires et le montant des bonus versés aux top managers, je pense qu'il n'y a aucun problème pour payer des salaires corrects.» 


Manon Todesco

 

Edition n° 20 du 14 mai 2014

 
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