Printemps dramatique sur les chantiers
Deux ouvriers ont perdu la vie dans le canton de Vaud. Le syndicat s'inquiète face à une hausse des accidents de travail

Les accidents sur les chantiers sont en recrudescence ce printemps. Après le décès de deux ouvriers dans le canton, Unia Vaud tire la sonnette d'alarme et exige une application stricte des mesures de sécurité ainsi qu'une formation obligatoire des travailleurs.

En moins d'une semaine, deux accidents mortels sont survenus dans le domaine du bâtiment dans le canton de Vaud. Le 6 mai, un employé de 55 ans d'une entreprise de construction métallique a été écrasé par une pièce de 900 kilos, dans un hangar à Aigle. Cette pièce s'était décrochée de la grue du camion qui la soulevait. L'ouvrier est décédé sur place. Le 12 mai, à Donneloye, un jeune travailleur de 27 ans est tombé du toit où il installait une fenêtre. Blessé grièvement à la tête, il est décédé le lendemain.
Alarmé et consterné par ces deux décès, le syndicat Unia Vaud a tenu à dénoncer à la presse la semaine passée la recrudescence d'accidents sur les lieux de travail constatée depuis le début de cette année. Pour Unia, ces deux accidents ne sont que la pointe émergée de l'iceberg. Il demande en conséquence une formation en santé et sécurité obligatoire, l'application de la loi concernant les équipements de protection individuelle et le recours, par les employeurs, à l'assurance «intempéries» quand la santé et la sécurité des travailleurs sont en danger.
Le constat fait par les syndicalistes durant leurs tournées sur les chantiers est accablant: les équipements de protection individuel (EPI), tels que chaussures de sécurité, lunettes de protection, gants, ne sont parfois pas fournis aux travailleurs, ou alors ne sont pas portés; les échafaudages ne sont pas toujours terminés au moment du début des travaux; les outils de travail sont parfois vétustes ou inadaptés, et les ouvriers doivent travailler certains jours dans des situations dangereuses dues à la météo.

Double pression
L'absence de formation et surtout la pression des délais inquiète les syndicalistes. «Il n'est pas rare que nous trouvions des gens déjà actifs sur un chantier alors qu'il n'est pas encore sécurisé car il faut finir les travaux de plus en plus vite», relève Matteo Antonini, responsable de l'artisanat à Unia Vaud. Une seconde pression s'ajoute à celle des délais: la crainte de perdre son emploi. «Les travailleurs ont le droit de dire stop s'ils sont en danger. Mais c'est rare qu'ils le fassent», souligne Arben Krasniqi, secrétaire syndical à Yverdon-les-Bains. «J'ai souvent entendu dire à un travailleur, par son chef ou son patron, "si tu ne montes pas, tu rentres à la maison, je ne veux plus te voir"», poursuit le syndicaliste, qui a travaillé plusieurs années dans la plâtrerie-peinture.

Temporaires plus exposés
Matteo Antonini indique que les travailleurs temporaires sont aussi plus précarisés face à la santé et à la sécurité, d'une part par leur manque de connaissances professionnelles, beaucoup de temporaires n'étant pas du métier, et d'autre part parce qu'ils ne connaissent pas l'équipe avec qui ils travaillent.
Le responsable regrette également que la campagne de la Suva «Stop en cas de danger» reste largement inconnue. Et souhaite que le «Passeport de sécurité personnel» de la Commission fédérale de coordination pour la sécurité au travail, lui aussi peu connu, soit rendu obligatoire. Ce passeport ne se substitue pas à la responsabilité des employeurs dans la protection de la sécurité au travail, mais rappelle certaines règles et incite au suivi de cours de formation.
«Nous allons continuer à sensibiliser les salariés et les autres intervenants sur les chantiers, mais il faut une prise de conscience collective pour éviter que des drames tels que ceux qui viennent de se dérouler ne soient banalisés», ajoute encore Matteo Antonini. 


Sylviane Herranz

«Stop en cas de danger»
Pour plus d'informations sur la campagne «Stop en cas de danger» et sur les règles vitales dans les différents corps de métiers, consultez le site de la Suva: www.suva.ch

 

 

Edition n° 21 du 21 mai 2014

 
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