C'est un non au salaire minimum légal
Après l'échec de dimanche les syndicats vont poursuivre la bataille pour des salaires dignes au niveau des CCT

L'initiative syndicale pour des salaires minimums a été rejetée par 76,3% des votants. Mais l'Union syndicale suisse, comme Unia, souligne qu'elle a apporté des succès sur le terrain, avec des hausses de salaire obtenues dans une trentaine d'entreprises ou branches. Retour sur cette votation du 18 mai, et sur les suites à donner à la campagne contre les bas salaires.

L'initiative syndicale pour des salaires minimums à 4000 francs, ou 22 francs de l'heure, a subi dimanche un verdict sans appel. A l'échelle suisse, où 55% des citoyens se sont déplacés aux urnes, l'initiative a été repoussée par 76,3% des votants. Avec des rejets de plus de 80% dans de nombreux cantons suisses alémaniques. Les Romands, mis à part le Valais où l'initiative a été repoussée par 82% des voix, et les Tessinois ont voté plus favorablement au salaire minimum que la moyenne suisse.
L'initiative a fait son meilleur score à Bâle-Ville où elle a obtenu 37,7% des voix. Ce canton est suivi par le Jura (35,9%), Genève (33,9%), le Tessin (32%), Neuchâtel (31,9%), Vaud (28,3%), Schaffhouse (25,5%), Zurich (25,4%), Fribourg (24,9%) et Berne (23,8%). Tous les autres cantons se situant dans la moyenne suisse (23,7%) ou bien dessous.
En Valais, l'initiative cantonale pour un salaire minimum à 3500 francs, soumise au vote le 18 mai également, n'a guère remporté plus de succès que l'initiative fédérale. Son score est de 19,3% de oui, contre 18% pour la fédérale. Ainsi, 1,3% des votants, soit un millier de personnes, ont refusé l'initiative fédérale pour les 4000 francs, mais accepté le salaire cantonal à 3500 francs. Cette faible différence ne permet pas de déduire que c'est le montant du salaire exigé par l'initiative fédérale qui est la cause de son échec.
Pour l'Union syndicale suisse (USS) et Unia, son rejet ne concerne pas le principe même d'un salaire minimum, mais son inscription dans une loi. Tous deux, fortement déçus du résultat, soulignent l'impact qu'a eu la «campagne de la peur» des opposants. Ces derniers, patronat et partis de droite en tête, ont brandi comme avant chaque votation pour plus de justice sociale, la menace de prétendus risques pour les emplois. L'USS et Unia relèvent néanmoins que la campagne pour l'initiative a permis des avancées notables en matière de salaire (voir encadré). Et s'engagent à poursuivre le combat pour des salaires dignes, au niveau des conventions collectives de travail cette fois. 


Le point avec Vania Alleva, coprésidente d'Unia et vice-présidente de l'Union syndicale suisse.

Avec seulement 23,7% d'acceptation, le résultat de l'initiative pour les salaires minimums est une grosse déception. Comment analyser un tel échec?
La campagne des opposants à l'initiative a été centrée sur la peur, notamment en matière de perte d'emploi, et a malheureusement porté ses fruits. Cependant, à plusieurs reprises, les adversaires ont souligné qu'ils n'étaient pas contre le principe d'un salaire minimum, mais que celui-ci devait être fixé dans les différentes branches par les partenaires sociaux. Nous les prenons au mot, ils ont aujourd'hui une responsabilité pour faire avancer les choses, car il est clair que le scandale des bas salaires est toujours d'actualité en Suisse.
Il est vrai que nous avons vécu une défaite dans les urnes, mais il est important de souligner que la campagne a été un succès sur le terrain. Le salaire minimum à 4000 francs a été thématisé et personne ne nie que vivre avec un revenu inférieur est extrêmement difficile en Suisse. D'autre part, avec la pression de notre campagne, les salaires ont pu être augmentés dans de nombreuses branches et entreprises. L'initiative a ainsi eu un effet direct pour des milliers de travailleuses et de travailleurs.

Unia va se saisir des négociations dans les branches pour rehausser les salaires dans les CCT. Mais le résultat en Valais, où le salaire minimum cantonal à 3500 francs n'a pas non plus passé la rampe ce week-end, ne risque-t-il pas d'affaiblir la revendication des 4000 francs?
Le non du 18 mai n'est pas un non au salaire minimum ni aux 4000 francs. C'était clairement un non au salaire légal, comme le montre le résultat en Valais. Etant donné que durant toute la campagne un des principaux arguments des opposants était la défense du partenariat social, nous allons nous engager fortement dans ce sens. Et exiger par exemple une CCT dans le commerce de détail, avec des salaires dignes et justes.

Beaucoup de syndiqués se sont engagés dans cette campagne avec l'espoir de gagner. Or jusqu'à ce jour, presque aucune initiative fédérale n'a obtenu de succès en votation. Est-ce vraiment un instrument adéquat pour faire avancer les revendications des travailleurs, d'autant que durant les campagnes, le syndicat s'éloigne des entreprises et des lieux de travail?
En tant que syndicat, nous devons toujours envisager tous les instruments possibles pour faire avancer les salaires et les conditions de travail ainsi que leur protection. L'important, c'est que si l'on choisit la voie de l'initiative, il faut voir si l'on peut construire quelque chose, être au clair sur ce qu'on peut obtenir, aussi en cas de défaite en votation. Aujourd'hui, on a perdu au vote mais on est arrivé à fixer les 4000 francs comme le salaire minimum de référence. Chaque personne en Suisse sait qu'un tel montant correspond à un salaire digne. C'est sur cela que nous pouvons continuer à travailler.
Il faut aussi du temps pour faire avancer les choses. Dans les années 80, l'initiative sur l'assurance maternité n'avait par exemple recueilli que 15% des votes. Mais aujourd'hui, le congé maternité existe.


L'assemblée des délégués de l'Union syndicale suisse fera vendredi le bilan de l'initiative. Quelles sont les perspectives?

Nous allons certes analyser la campagne encore plus profondément. Et discuter des suites à donner à ce qui a été entrepris. Les salaires minimaux restent d'actualité et nous allons poursuivre notre lutte pour leur introduction dans les CCT de branche et d'entreprise. La question de la discrimination salariale entre hommes femmes sera aussi tout particulièrement au centre du débat vendredi. Si l'initiative avait passé, cela aurait un peu amélioré les choses, mais le problème n'aurait de loin pas été résolu. 


Propos recueillis par Sylviane Herranz



Des salaires à 4000 francs, c'est possible!

Malgré le verdict des urnes, les syndicats sont satisfaits des résultats collatéraux obtenus grâce à la pression de l'initiative pour un salaire minimum de 4000 francs, même si le sort de la majorité des 330000 personnes touchant un salaire inférieur n'est pas encore réglé. Mais des pas en avant ont été réalisés dans une trentaine d'entreprises ou de branches.
Ainsi, les hard-discounters Lidl et Aldi ont augmenté respectivement à 4000 et 4200 francs (x13 mois) leurs salaires de départ. Coop et Migros ont relevé les leurs de 100 francs en les portant à 3800 francs (x13). Chez Bata, le salaire est passé de 3600 francs (x12) à 4063 (x12), et H&M a fixé son salaire horaire à 22 francs de l'heure comme le demandait l'initiative. Les fleuristes qualifiés doivent passer de 3700 francs (x12) à 4000 francs (x12) en 2017 ou 2018.
Les salaires vont aussi être relevés dans le commerce de détail à Genève, les boulangeries, les soins à domicile en Suisse alémanique, chez Elvetino (restauration ferroviaire), dans la sécurité, les carrosseries, les cliniques privées genevoises, les librairies et les paysagistes de Suisse alémanique. Dans le secteur industriel, des hausses des minimas ont été annoncées, notamment à la fonderie Stadler, dans les boucheries Bell, dans l'industrie graphique ou encore horlogère pour ce qui concerne Neuchâtel.
SH


La liste détaillée de ces exemples peut être téléchargée sur le site

 

Edition n° 21 du 21 mai 2014

 
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