Jouer avec le temps au Musée international d'horlogerie
Le Musée de La Chaux-de-Fonds a créé un espace de huit bornes interactives permettant de toucher le temps du doigt et des yeux

L'exposition interactive «L'espace Instant» présentée au Musée international d'horlogerie permet aux visiteurs de tester leur faculté à mesurer le temps. Une démarche qui donne davantage à réfléchir qu'à voir, mais de manière ludique...

Le temps? On le croit concret, objectif, clairement délimité. Or il n'est qu'une notion abstraite qui n'existerait tout simplement pas sans la présence d'événements qui se succèdent et dont on peut ainsi comparer les intervalles qui les séparent. La perception du temps est donc quelque chose de variable, de subjectif. C'est cela que le Musée international d'horlogerie (MIH) à La Chaux-de-Fonds s'attache désormais à démontrer à travers une nouvelle présentation thématique dont l'inauguration a eu lieu jeudi dernier.

Avec Plonk et Replonk
Baptisée «Espace Instant», cette nouvelle exposition est composée de huit bornes interactives sur lesquelles les visiteurs sont invités à tester leur faculté de mesurer le temps, en tentant de repérer des espaces entre des successions de sons ou de lettres, par le biais de différents exercices ludiques. Plus classiquement, deux zootropes, autrement dit ces roues dans lesquelles défilent des dessins donnant l'illusion d'un mouvement, sont également à disposition du public. Dessinées par Plonk et Replonk, elles démontrent de manière simple qu'à partir d'un défilement de 22 images par seconde, nous avons l'impression d'assister à un mouvement continu et non plus à une succession saccadée d'images distinctes. Cet effet est à la base du cinéma (24 images secondes). Il s'explique par le fait que les récepteurs de l'œil humain ont besoin d'environ 50 millièmes de seconde pour imprimer dans le cerveau une image isolée. En deçà, les images se fondent les unes dans les autres.
Le concepteur de l'«Espace Instant», Ludwig Oechslin, directeur du MIH, s'est fondé pour créer ces expériences sur des études scientifiques démontrant les limites physiologiques de la perception du temps. Dans la faculté de distinguer l'espace entre deux événements, les oreilles sont le capteur le plus rapide (10 millisecondes), devant l'œil (20 millisecondes). Mais dans les deux cas, il faut le double de temps pour que nous soyons capables de déterminer dans quel ordre les deux événements identifiés se sont produits.

Le temps, un concept relatif
Pour Ludwig Oechslin, la démonstration est ainsi faite que «le temps physique n'existe pas et qu'il ne peut naître qu'avec une succession d'événements». Ainsi toute horloge fonctionne sur la comparaison d'au moins deux séries d'événements choisis comme unité de mesure. Ceux que l'homme a choisis aujourd'hui, ce sont les différentes phases du mouvement des planètes. Dans le passé, plusieurs autres systèmes ont prévalu. Les anciens Hébreux divisaient la journée en trois périodes: matin, midi, après-midi. Le découpage en 24 heures apparaîtra plus tard en Mésopotamie. Dans l'Egypte ancienne, la durée des mois était variable selon la saison et la durée des heures variait en fonction du jour et de la nuit. Autre exemple de la flexibilité du «temps compté», le calendrier républicain adopté par la Révolution française prévoyait qu'à partir de 1792, la journée serait divisée en dix heures de 100 minutes et que la minute compterait 100 secondes.
L'«Espace Instant» donne davantage à réfléchir qu'à voir. Mais de manière ludique.


Pierre Noverraz

Heures d'ouverture et informations: www.mih.ch

 

 

Edition n° 22 du 28 mai 2014

 
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