Je voyage tous les soirs
Assistante de production à La ligne de coeur émission phare de la radio romande Danièle Werren réceptionne les téléphones

Assistante de production à La Ligne de cœur, émission phare de la radio romande, Danièle Werren réceptionne les téléphones des auditeurs. Avec l'empathie qui la caractérise...

Nombre d'abonnés à La Ligne de cœur, émission phare de la RTS, auront certainement déjà entendu son nom. Ou eu l'occasion de s'entretenir avec Danièle Werren, chargée de réceptionner les appels des personnes désireuses de témoigner sur les ondes. Célèbre dans l'anonymat, cette assistante de production ne se limite toutefois pas à jouer les standardistes. Avant que ses interlocuteurs ne passent à l'antenne, elle échange sur les sujets qui motivent leur appel. Avec l'empathie et la capacité d'écoute qui la caractérisent. Et quand bien même cette femme de 44 ans doit parfois en éconduire certains. «Les raisons? Il y a des gens qui rencontrent de trop grandes difficultés à s'exprimer oralement ou qui, discussion faite, n'ont au final, rien à dire. D'autres sont intervenues récemment et n'ont pas de nouvelles choses à raconter. Ou entendent utiliser ce support pour polémiquer sur des questions politiques ou religieuses. Des thèmes qui ont leur place dans l'émission, mais plutôt sous l'angle philosophique», relève Danièle Werren non sans préciser combien elle apprécie son travail. «J'aime cette complicité avec les auditeurs. Avec eux, je voyage tous les soirs. On y apprend beaucoup sur le plan humain.»

Le pouls de la société
Questions amoureuses, relationnelles, familiales, existentielles, travail, santé, racisme, homosexualité... Tous les sujets importants de la vie trouvent place dans l'émission animée par Jean-Marc Richard, alimentée par les appels des intéressés et aussi régulièrement par les interventions d'invités sollicités sur des thèmes en particulier. Des personnes que Danièle Werren se charge alors de trouver. «La Ligne de cœur, c'est le pouls de la société, une espèce de baromètre. Un lieu d'échanges, de rencontres et de partage. Un reflet du quotidien de tout un chacun», poursuit la dynamique, enthousiaste et souriante travailleuse de l'ombre, à l'aise dans ce laboratoire social. Et soulignant l'authenticité comme la profondeur des témoignages, «parce que la radio le permet - on n'est qu'une voix, il n'y a pas de visage - et qu'on ne se sent pas jugé». L'assistante de production relève également la solidarité entre les auditeurs, nombre d'entre eux lui demandant les coordonnées des personnes qui témoignent. «Le profil de ces dernières? Il y a une majorité de femmes et de personnes âgées. Les hommes appellent davantage lors des soirées thématiques.» L'audience - 70000 personnes en moyenne par soirée - est en revanche totalement mixte et concerne toutes les catégories de la population.

De petits en petits métiers
Exerçant ce métier depuis dix ans déjà, Danièle Werren est arrivée à ce poste par des chemins pour le moins détournés. Entamant des études dans un domaine, bifurquant dans un autre, s'exerçant à mille et un petits métiers tout en se mariant au passage, en donnant naissance à deux filles aujourd'hui âgées de 18 et 19 ans et en changeant plusieurs fois de pays de résidence. Dans le rétroviseur...
Née en Algérie d'un père suisse et d'une mère canadienne, Danièle Werren a grandi au Congo-Kinshasa où ont déménagé ses parents alors qu'elle avait une année. «Je garde d'excellents souvenirs de cette tranche de vie - des amis africains, une ouverture sur le monde, la nature, la chaleur, etc. - mais je vivais alors dans une cage dorée, accédant à tout sans trop de réflexion.» A 17 ans, la jeune femme part seule au Canada où elle a de la parenté et continue ses études en sciences humaines avant d'opter pour la criminologie et enfin les sciences politiques. Sans, au final, y trouver son compte. Et abandonnant ces différentes voies pour suivre en Suisse, en 1992, son époux d'origine ivoirienne, rencontré lors de son cursus, et qui compte de la famille dans nos frontières. De 1992 à 1996, Danièle Werren - qui a eu dans l'intervalle deux enfants - gagne sa vie avec différents boulots: serveuse, vendeuse, employée dans des cuisines, aux nettoyages, dans une compagnie d'assurances... avant de s'installer avec les siens en Côte d'Ivoire où elle restera deux ans. Une expérience marquante.

L'Afrique, sa vie...
«Je voulais mieux approcher et connaître la communauté africaine. J'ai été frappée par l'absence de solidarité, les jeux de pouvoir, mais aussi par une joie de vivre inconditionnelle et une capacité à se contenter du peu qu'on a, sans se démoraliser. Avec alors souvent pour corollaire une attente qui fige l'action. Empêche de rebondir.» De retour à Lausanne en 1998, la voyageuse travaille dans des domaines hétéroclites avant d'être engagée, en 2003, à la RTS. Parallèlement, elle reprend, à temps partiel, des études à la Haute école de travail social et de la santé de Lausanne couronnées d'un master en la matière. Un nouveau chapitre pour cette quadragénaire optimiste, amoureuse de la vie, aimant les gens et les paysages maritimes et se ressourçant en voyageant dans sa tête. Une personnalité conviviale, riche, complexe, tenace et dispersée à la fois, toujours fascinée par le continent noir. «L'Afrique c'est ma vie, mais je ne la comprends pas. Je rêve que les humains parviennent à s'accepter comme ils sont et non seulement à se tolérer», conclut Danièle Werren qui, exceptionnellement, a accepté de se dévoiler un peu. Elle qui généralement n'aime pas parler de sa vie; elle qui, hors de son job, boude le téléphone et confie qu'elle n'appellerait jamais la Ligne de cœur.


Sonya Mermoud

 

Edition n° 22 du 28 mai 2014

 
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