Ils réclament 30'000 francs de cotisations LPP non versées
Des travailleurs accompagnés du syndicat Unia se sont rendus chez leur ancien patron pour exiger leur dû

Suite à un soupçon de faillite frauduleuse de l'entreprise de rénovation ELYRgroup, le syndicat Unia à Genève ainsi que des travailleurs sont allés réclamer leur dû auprès de leur ancien patron, à savoir des années de cotisations LPP non versées et des créances salariales. Ce dernier s'est engagé à rembourser les cotisations sociales pour que les employés lésés puissent toucher leur 2e pilier.

Le 28 mai à Genève, deux travailleurs accompagnés par une délégation de trois syndicalistes d'Unia sont allés taper à la porte de leur ancien employeur actif dans le second œuvre pour réclamer des créances salariales ainsi que la régularisation de leurs cotisations sociales. En effet, les employés en question n'ont jamais été affiliés à aucune caisse de prévoyance professionnelle, bien que la LPP ait été prélevée chaque mois sur leur salaire.
En réalité, l'affaire n'est pas nouvelle: en 2012, cinq travailleurs d'ELYRgroup (peinture, crépissage, électricité...) poussent la porte du syndicat car leur employeur refuse de leur dire à quelle caisse ils sont affiliés. Certains sont aussi concernés par des créances salariales, des 13es salaires et des vacances impayés. «Alors que la Convention collective de travail romande du second œuvre prévoit des salaires minimums à 4400 francs, certains ont touché 2700 francs net», dénonce Camila Aros, secrétaire syndicale. Les courriers envoyés par le syndicat étant restés lettre morte, la procédure a été relancée en 2013. En vain.

Soupçon de faillite frauduleuse
Mais la récente mise en liquidation d'ELYRgroup, précédée du licenciement économique de ses travailleurs fin 2013, dont la plupart ont été réembauchés par Homedesign SA et Silverlink Concept SA - deux entreprises domiciliées à la même adresse et associées de près ou de loin au patron d'ELYRgroup - ont mis la puce à l'oreille d'Unia, qui soupçonne une faillite frauduleuse pour échapper aux créances. «Ce sont les mêmes travailleurs, la même secrétaire, les mêmes locaux, les mêmes véhicules et le même patron, liste José Sebastiao, syndicaliste. Seulement, c'est une autre personne qui est inscrite sur le Registre du commerce.»
Sur les cinq travailleurs qui demandent gain de cause, quatre ont été licenciés et ont refusé un nouveau contrat dans l'une de ces nouvelles entreprises, et un a démissionné. Certains ayant retrouvé du travail temporaire, seuls deux étaient présents lors de l'action du 28 mai: Fethi et Tarek, deux frères qui se sont depuis mis à leur compte en France. «A nous deux, sur les 31 mois où nous avons travaillé pour ELYRgroup, nous estimons que le patron s'est mis 30000 francs dans la poche en ne versant pas la LPP à une caisse», dit Tarek.

Travailleurs soulagés
Après une bonne demi-heure de négociation entre syndicat, travailleurs et patron, une sortie de conflit se précise. «Il nous a promis que l'argent présent sur le compte de Homedesign SA serait transféré à la caisse supplétive pour que les cinq travailleurs puissent bénéficier de leur 2e pilier», rapporte José Sebastiao. Unia avait, dans ce cadre, rendez-vous lundi avec le comptable de l'entreprise. Si le syndicaliste se montre satisfait d'avoir réussi à récupérer le capital du 2e pilier, aucun accord n'a été trouvé pour les créances salariales. «Il nous a dit qu'il n'avait pas les liquidités nécessaires.» Cet aspect-là sera en partie réglé au Tribunal des prud'hommes puisqu'une procédure a, en parallèle, été entamée pour un travailleur victime d'arriérés importants ainsi que de non-respect des délais de congé.
«Pour nous, c'est plutôt positif, réagit Fethi. Il a donné le feu vert au comptable pour régulariser notre situation et nous en sommes très satisfaits. Nous étions aussi concernés par des arriérés de salaire, notamment des 13es salaires jamais versés, mais tout ce qui nous importe aujourd'hui, c'est de récupérer nos 30000 francs de LPP, ensuite nous pourrons tourner la page.» Les deux frères se disent soulagés. «Nous avons créé notre entreprise avec un petit capital et nous avons besoin de cet argent pour investir dans notre société, nous agrandir et enfin pouvoir accéder aux grands chantiers.» 


Manon Todesco

 

 

 

Edition n° 23/24 du 4 juin 2014

 
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