Motus et bouche cousue
Instrumentiste à l'hôpital d'Yverdon-les-Bains Patricia Martin est aussi détentrice du secret

Instrumentiste à l'hôpital d'Yverdon-les-Bains, Patricia Martin est aussi détentrice du secret susceptible d'atténuer la douleur en cas de brûlures. Mystérieux...

Epauler les chirurgiens avec toute la méthodologie et l'organisation requises, c'est le quotidien rationnel de Patricia Martin qui travaille à temps partiel comme infirmière en salle d'opération à l'hôpital d'Yverdon-les-Bains. Un métier qu'apprécie beaucoup cette instrumentiste de 61 ans, ravie de contribuer à améliorer la santé d'autrui et aimant les contacts avec les patients. Soulager la douleur de personnes souffrant de brûlures en prononçant une mystérieuse formule qu'elle ne divulgue pas, c'est l'autre facette, celle-là ésotérique, de cette habitante de Villars-Burquin, aussi connue dans le domaine des soins pour cette activité. Patricia Martin possède en effet le secret. En d'autres termes, elle connaît des mots «magiques» agissant comme un antidouleur. «Ce don m'a été transmis par mon père d'origine jurassienne qui l'a hérité d'un homme de Pontarlier. Il l'a aussi partagé avec ma sœur et mon frère» relate, le plus naturellement du monde, Patricia Martin, familiarisée avec cette étrangeté - d'aucuns diront miracle - depuis l'enfance. «La formule, je n'ai pas le droit de vous la dire. Mais c'est une prière», poursuit l'infirmière. La méthode? La personne victime d'une brûlure appelle la guérisseuse qui lui demande alors de placer le combiné à dix centimètres de l'endroit qui fait mal. Patricia Martin prononce ensuite silencieusement les mots. «Il faut après compter 15 à 20 minutes pour que la formule agisse.» Comment? La thérapeute avoue l'ignorer et ne pas s'en préoccuper. Elle affirme néanmoins avoir toujours des résultats.

Avec ou sans la foi
«Je n'ai jamais eu de retours négatifs. Bien au contraire. Je reçois souvent des cartes de remerciements, des dessins d'enfants... », note Patricia Martin qui collabore régulièrement avec des médecins. «Hier encore, j'ai répondu à deux requêtes de milieux hospitaliers ainsi qu'à celle d'un particulier qui s'était brûlé les doigts avec une friteuse», poursuit-elle, précisant qu'il n'est pas nécessaire de croire à une religion quelconque pour que la prière fonctionne même si, pour sa part, elle se dit protestante. Et écarte l'idée d'effet placebo. «Je ne le pense pas. Ma petite fille de 18 mois s'est brûlée avec de l'eau bouillante. Arrivée à l'hôpital, elle ne pleurait même pas.» Utile pour atténuer la douleur, le recours au secret ne remplace pas pour autant, au besoin, une consultation médicale et des soins ad hoc. Patricia Martin est la première à le rappeler. Et ne voit dans l'exercice de cette pratique aucune incompatibilité avec sa profession. «Le secret est une chose à part qui relève de la spiritualité.»

Secret de famille
Travaillant autrefois au CHUV, dans le pavillon des brûlés, Patricia Martin n'a jamais usé de son secret à l'insu des patients. «Je prononce la prière seulement si on me la réclame. Question de déontologie», relève l'infirmière précisant aujourd'hui être largement sollicitée par les malades suivant des traitements de radiothérapie, souvent très douloureux. Mais ce secret est-il lourd à porter? «Non, sauf quand le téléphone ne cesse de sonner et qu'on y passe ses soirées. Heureusement, les hôpitaux possèdent généralement des listes de personnes à même d'agir. Je ne suis pas seule. J'ai néanmoins presque tous les jours des demandes.» Pas question pour autant de monnayer ses services. «J'ai un reçu un cadeau qui doit servir aux autres. Un don ne saurait être payant», continue cette femme conviviale et généreuse. Mais comment est perçue la guérisseuse par son entourage? «Dans le temps, on m'aurait brûlée sur un bûcher pour sorcellerie», sourit-elle. Et d'ajouter: «Les gens sont plutôt admiratifs et reconnaissants.» Quant à savoir pourquoi le secret ne peut être partagé avec tout le monde, elle dit l'ignorer. «Tous ne possèdent peut-être pas l'empathie ou le feeling nécessaire. Mais je ne pose pas ces questions. J'agis. C'est tout. Et je transmettrai le secret en temps voulu à mes filles.»

La vie en rose
Mariée, mère de trois enfants et grand-maman de cinq petits enfants, Patricia Martin appréhende l'existence avec optimisme et associe le bonheur au bien-être de sa famille. Aimant le rose - qui sied à sa manière de voir la vie - elle se ressource dans la nature. Et en particulier dans la marche. Elle prévoit d'ailleurs avec son mari de faire le pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle. Plus campagnarde que citadine, habile de ses mains - elle coud, tricote, brode ou encore jardine - Patricia Martin s'est fait une philosophie d'apprécier chaque jour qui passe et confie sa peur de la mort. «Je crains surtout de perdre mes proches. Si, dans ma profession, je côtoie la mort plus souvent que d'autres, elle demeure effrayante. Je suis aussi révoltée par les personnes jeunes frappées par des maladies incurables.» Pas de quoi toutefois fissurer sa foi en Dieu, elle qui trouve aussi réconfort et force au sein des Unions chrétiennes féminines. Non sans confesser ses interrogations sur ce qui se passera à l'heure du dernier souffle. «Je me pose toujours des questions. Ca reste un mystère pour tous.» Tout comme son secret... Même si là, elle a un longueur d'avance sur le commun des mortels. Mais motus et bouche cousue...


Sonya Mermoud

 

Edition n° 23/24 du 4 juin 2014

 
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