La préretraite dans le second oeuvre romand fête ses 10 ans
Pour célébrer le succès et la stabilité de la caisse de retraite anticipée Resor près de 200 retraités ont été invités

Dix ans après la création de la Fondation Resor, qui gère la caisse de retraite anticipée du second œuvre romand, l'heure est au bilan. Avec quelque 30000 assurés et plus de 1000 travailleurs qui ont pu jouir d'une retraite dès 62 ans, le succès et la santé de Resor sont au beau fixe. Quelques défis s'imposent toutefois, notamment la valorisation de cette préretraite auprès des plus jeunes ou encore le manque de main-d'œuvre à prévoir. Explications et témoignages de jeunes retraités.

C'est dans le magnifique cadre du château de Glérolles à Saint-Saphorin, au bord du lac et sous les vignes, que la Fondation Resor a convié le 6 juin dernier près de 200 jeunes retraités pour fêter les dix ans de la caisse de retraite anticipée du second œuvre romand. Une initiative née d'une volonté forte des partenaires sociaux d'assurer une préretraite digne aux salariés actifs dans des métiers physiquement exigeants, tels que menuisiers, peintres ou encore carreleurs. «L'objectif à l'époque était de trouver d'autres voies que celles de l'assurance chômage et de l'assurance invalidité pour les travailleurs âgés du bâtiment, note Aldo Ferrari, président du Conseil de fondation Resor. Nous voulions une sortie digne pour les salariés de nos métiers dans lesquels il y a 25% de probabilité d'être invalide entre 45 et 65 ans.» Concrètement, les travailleurs ont la possibilité de partir à la retraite trois ans plus tôt, soit à 62 ans.
Aujourd'hui, plus de 1000 travailleurs ont bénéficié de la retraite anticipée. De même, la fondation compte 30000 assurés (contre 10000 à sa création) actifs dans 3500 entreprises de Suisse romande de Bâle et du Tessin (contre 1600 en 2004). Par mois, cela représente 1,5 million de francs de rente versés à quelque 350 préretraités. «Les partenaires sociaux ont su trouver un équilibre judicieux entre des prestations attractives et des cotisations supportables», relève Gabriel Décaillet, secrétaire général de la Fondation Resor. En effet, une cotisation de 0,9% du salaire est payée chaque mois par l'employeur et par l'employé dans les entreprises faisant partie de Resor afin de rendre possible cette rente-pont de trois ans. Pendant celle-ci, Resor continue à cotiser pour les travailleurs au 2e pilier, et à 65 ans, ils passent à l'AVS.

Défis et élargissements à venir
En dix ans, la fondation n'a cessé de grandir pour rassembler aujourd'hui dix cantons et dix conventions collectives de travail. Des plâtriers, peintres, menuisiers, charpentiers et ébénistes de Suisse romande en 2004, Resor a accueilli depuis, entre autres, les carreleurs et les paysagistes genevois, les tailleurs de pierre et les marbriers de Neuchâtel ou encore les poseurs de sol tessinois et bâlois. Et l'expansion se poursuit encore. «D'autres régions ainsi que d'autres métiers ont fait part de leur intérêt pour une intégration future, informe Gabriel Décaillet. La fondation est passée d'une idée un peu folle à une institution reconnue.»
Si la Fondation Resor a su prouver sa stabilité, sa solidité et son équilibre financier, il lui reste quelques défis à relever, comme la valorisation de cette préretraite auprès des plus jeunes afin de fidéliser les collaborateurs mais aussi l'adaptation à l'évolution du marché du travail: aspirations de travail à temps partiel chez les hommes, flexibilisation du départ à la retraite, mobilité accrue des salariés. Aldo Ferrari évoque aussi le manque de main-d'œuvre à prévoir: «La votation du 9 février ainsi que le vieillissement de la population auront un impact indéniable sur nos métiers et notre fondation en termes de financement des assurances sociales.» Voilà pourquoi il est nécessaire que d'autres branches hors des frontières romandes rejoignent l'aventure Resor.

Manon Todesco


Témoignages

Bernard Famy, retraité, préretraité en 2009
«La préretraite m'a changé la vie, je fais les choses différemment maintenant. Mais c'est quand même difficile de couper le cordon alors je retourne manger avec les collègues de temps en temps. J'ai commencé à travailler à 16 ans, et je suis resté ensuite 33 ans dans la même entreprise à Genève en tant que staffeur (faux plafonds, décoration plâtre, ndlr). Depuis, j'ai remplacé le mouvement du travail par celui des loisirs: je fais du ski, de la randonnée et je m'occupe de ma maison. A 67 ans, je ne suis toujours pas fatigué!»

Claude Vaucher, préretraité à 63 ans
«J'ai eu des problèmes de dos qui m'ont valu l'interdiction de porter du lourd, donc en tant que tapissier décorateur, la préretraite coulait de source. Si j'avais su, je l'aurais même prise plus tôt. Depuis, je profite de la vie et de ma famille. Il n'y a plus de stress, plus d'obligations.»

François Robert, préretraité depuis 2 ans
«Arrivé à un certain âge, le travail est pénible, on ne fait plus ce qu'on veut donc la préretraite est une bonne occasion d'arrêter avant d'être handicapé. J'étais menuisier au Locle et suis syndiqué à la FOBB puis à Unia depuis 50 ans. Au début, je ne pensais pas vraiment à la retraite anticipée et puis mon patron (M. Walser, vice-président du Conseil de fondation Resor, ndlr) me l'a suggérée, je l'ai donc prise 6 mois après mes 62 ans. Même si le salaire est plus bas, je ne regrette rien. J'ai beaucoup de hobbies, comme le vélo, le ski, le jardin et j'aide mon fils à construire sa maison. Il faut que cela continue pour que les jeunes puissent en profiter!»

Jean-Daniel Chenaux, préretraité depuis le 1er novembre
«La retraite anticipée est une très bonne chose car, passé 60 ans, on commence à être fatigué. Aujourd'hui je fais le baby-sitter, je garde mes trois petits-enfants et c'est super. En tant que menuisier machiniste à Gruyéria à Bulle, je me suis engagé au sein du syndicat et j'ai milité pour cette retraite anticipée. Avec Roger (cf. ci-dessous), on faisait du travail d'information auprès de nos collègues et on essayait de mobiliser du monde pour agir au sein du syndicat.»

Roger Macheret, retraité, préretraité à 62 ans
«Je n'aurais jamais pu travailler plus de 62 ans. J'ai fait un infarctus à 59 ans et ensuite j'étais très diminué physiquement. Il me fallait ou traîner la patte pour aller à l'AI ou trouver un arrangement avec mon patron; j'ai préféré la seconde option. En 2004, ça faisait 14 ans qu'on bataillait pour obtenir la préretraite. Au début, on a pris part aux négociations, mais ensuite, on a laissé faire les permanents. Cette avancée a beaucoup stabilisé le métier et fidélisé les collaborateurs.»

Propos recueillis par MT

 

 

Edition n° 25 du 18 juin 2014

 
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