Remobilisation sur le front de l'asile dans le canton de Vaud
Des militants ont occupé les locaux de l'Evam et manifesté dans les rues lausannoises pour dénoncer les conditions de survie

Le mercredi 11 juin, une quarantaine de personnes ont occupé pacifiquement le hall d'entrée de l'Etablissement vaudois d'accueil des migrants (Evam) afin de dénoncer les pratiques de l'institution. En fin d'après-midi, ils étaient 500 à manifester pour une véritable politique d'accueil des migrants dans le canton de Vaud.

Mercredi dernier, dans une ambiance caniculaire, quelque 500 personnes ont manifesté dans les rues de Lausanne pour une véritable politique d'accueil des migrants. Le matin même, une quarantaine de personnes choquées par les mesures appliquées dans l'Etablissement vaudois d'accueil des migrants (Evam) occupait son hall d'entrée et remettait une lettre à sa direction s'insurgeant contre la guerre d'usure menée contre les requérants d'asile. Les militants ont dénoncé une série de problèmes dont: le déplacement fréquent de logement, pour priver les requérants de tout repère et de tout ancrage social - mesure appelée politique de «dynamisation» par l'Evam; les punitions arbitraires et disproportionnées, telles que l'exclusion des structures d'hébergement; le non-respect des avis médicaux de la Policlinique médicale universitaire (PMU); la radiation de l'assurance maladie dès que le requérant débouté quitte, même brièvement, les structures d'urgence; la fermeture de ces structures, dont des abris PC, pendant la journée, obligeant les migrants à une errance ponctuée d'interpellations policières.
«La détérioration des conditions de vie des requérants est générale et liée aux décisions politiques. Mais, en ce qui concerne notamment ce concept de "dynamisation" de l'Evam, c'est totalement arbitraire et décidé par lui seul et certainement par le conseiller d'Etat Leuba», souligne Vincent Trunde, membre du «groupe du 11 juin» qui a lancé cette action, et secrétaire syndical d'Unia. «Par cette action, nous ne voulons pas accuser les collaborateurs de l'Evam, mais leur montrer qu'ils peuvent aussi agir et qu'ils ne sont pas seuls.»

Occupation pacifique
La vidéo réalisée sur les lieux par le syndicaliste est riche en informations. Dans le hall d'entrée de l'Evam, plusieurs banderoles ont été déployées, des boissons offertes, des tracts distribués et les interventions nombreuses, dont musicales. Durant cette occupation symbolique et pacifique qui aura duré trois heures environ sans bloquer l'accès des bureaux, Graziella de Coulon, membre du collectif Droit de rester, a débattu avec Erich Dürst, directeur de l'institution qui a nié tous les points soulevés par les militants. Il a rappelé notamment que l'Evam n'avait pas d'autres possibilités que de loger des migrants dans des abris PC. Ce à quoi, la militante a répondu que c'était du devoir de l'Evam de «revendiquer d'autres financements et de ne pas accepter de mettre des gens sous terre». Michaël Rodriguez, membre du «groupe du 11 juin», a aussi interpellé le directeur: «De nombreux collaborateurs de la PMU ne cachent pas leur colère de devoir se battre contre l'Evam pour que ce dernier tiennent compte de leurs certificats médicaux. Et, bizarrement, quand on lit le document interne (de l'Evam, ndlr) qui a fuité, on est loin de votre conte de fées.»
Ce document interne rédigé par des collaborateurs de l'Evam refusant «d'être les témoins passifs de la déshumanisation systématique de l'accueil des migrants» dénonce: «L'Evam, tout comme les autres instances officielles, privilégie l'aspect dissuasif en dégradant au maximum les conditions d'accueil des bénéficiaires dans l'espoir que les migrants tentent leur chance dans un autre pays d'Europe.» Les conditions de vie des requérants d'asile - déjà fragilisés par leurs traumatismes suite à des années de violence, de guerre, de torture - sont particulièrement ardues, et le bilan tragique. «En fin d'année 2013, un homme est décédé dans l'indifférence générale des autorités dans un abri PC de la région lausannoise. Les tentatives de suicide au sein des différents foyers se multiplient... Un homme a tenté de s'immoler au SPOP, le Service de la population, un autre est mort en tombant d'une fenêtre du Foyer d'aide d'urgence de Vennes alors qu'il devait retourner en Italie. Un jeune Syrien est monté sur le toit d'une école menaçant de sauter s'il n'était pas entendu par les autorités. La facture financière, sociale et humaine de cette politique est énorme», alerte ce document.

Commission d'enquête demandée
Cette politique de dissuasion n'atteint, en outre, pas son but. Le Manifeste pour l'établissement d'un véritable accueil des migrants du «groupe du 11 juin» souligne: «En 2008, une délégation du Grand Conseil vaudois avait jugé les conditions de vie au centre de Vennes "inhumaines sur la durée". Six ans plus tard, rien n'a changé, et certaines personnes hébergées à Vennes lors de la visite des parlementaires y sont encore!»
Les militants, par ce Manifeste, demandent ainsi le lancement d'une commission d'enquête indépendante chargée d'investiguer sur les dysfonctionnements de l'Evam - une requête qui figure aussi dans un postulat déposé le 10 juin signé par plusieurs députés; que le dossier migratoire soit retiré des mains du PLR Philippe Leuba et remis à un conseiller d'Etat de la majorité rose-verte; l'abolition du régime de l'aide d'urgence; la levée de l'interdiction de travail frappant les requérants d'asile déboutés; un plan urgent de protection de la santé des migrants, et l'augmentation du nombre de collaborateurs de la PMU chargés du suivi des demandeurs d'asile, actuellement débordés; l'arrêt immédiat de la détention dite «administrative»; la création de zones «hors contingents 9 février», car suite aux résultats des votations les réfugiés seront soumis à ces contingents, une négation du principe même du droit d'asile.
En conclusion, le Manifeste rappelle le «devoir de désobéissance civile lorsqu'un régime politique en place, fut-il "démocratique", viole les droits fondamentaux d'une partie de la population».


Aline Andrey

 

 

Edition n° 25 du 18 juin 2014

 
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