Le personnel de Parker Hannifin déterminé à sauver les emplois
Lors d'une assemblée générale extraordinaire les travailleurs ont adopté le contre-projet à la délocalisation

Après que Parker Hannifin à Carouge (GE) ait annoncé son intention de délocaliser une partie de son activité en Italie et/ou en République tchèque, entraînant la suppression de près de 80 emplois, le personnel s'est fortement mobilisé. Organisés avec Unia, les travailleurs ont élaboré un contre-projet proposant de relocaliser sur un site moins onéreux et d'optimiser la production afin de faire des économies. La direction devait se prononcer lundi.

Le coup de massue. A la mi-mai, la direction de Parker Hannifin - multinationale américaine basée à Carouge (GE) qui produit des électrovannes - a annoncé à ses employés un plan de restructuration. Alors qu'aucune difficulté économique ne semble le justifier, celui-ci prévoit la délocalisation de la production en Italie et/ou en République tchèque (ce n'est pas encore tout à fait clair), provoquant le licenciement à Carouge de 59 salariés et d'une vingtaine de travailleurs temporaires sur quelque 120 employés au total. Le but est, sans surprise, de diminuer le coût de la main-d'œuvre. Seul le service de recherche et développement resterait à Genève, mais rien n'est assuré sur le long terme. Ces mesures s'inscrivent dans un plan de restructuration beaucoup plus large qui vise à supprimer 1500 emplois en Europe occidentale, notamment en France voisine, à Annemasse et à Contamine-sur-Arve, où plus de 150 postes ont été supprimés dernièrement.

Forte mobilisation
Déterminés à maintenir leurs emplois, les salariés de Parker à Carouge, soutenus par Unia, se sont très vite mobilisés. Au gré de plusieurs assemblées générales, une commission d'entreprise ainsi qu'un comité d'action ont été formés. Le 17 juin dernier, la commission, soutenue par de nombreux experts externes, a présenté lors d'une assemblée générale extraordinaire son contre-projet à la délocalisation. Quelque 80 travailleurs étaient présents, tous vêtus de blanc.
«Certes, la différence de salaires entre la Suisse et l'Italie ou la République tchèque est de 40 et 80%, amorce le secrétaire de la commission d'entreprise, qui présente le contre-projet. Mais nous devons montrer que notre savoir-faire, tout comme la qualité et les années d'expérience ne se délocalisent pas.» L'exposé cherche à démontrer que les économies projetées par Parker en délocalisant ne tiennent pas la route. «En Suisse, on travaille 10% de plus qu'en Italie, on a donc une meilleure productivité, continue-t-il. De même, la Suisse reste plus chère mais elle est plus stable comparée à la République tchèque où, même si les salaires sont bas, leur évolution est très rapide.» Pour faire des économies sans délocaliser, le contre-projet suggère deux axes d'action: l'optimisation de la production, qui passe par une réorganisation de l'espace de travail, et le déménagement de l'entreprise sur un site moins onéreux. Des possibilités de terrains ont déjà été trouvées à Plan-les-Ouates et à Vernier et, avec l'aide de l'Etat, permettraient de faire une économie de 500000 francs à l'année sur le bâtiment. «Ces deux aspects plus quelques départs à la retraite et la délocalisation du comité de direction en Italie nous feraient économiser 3,5 millions de francs, ce qui revient aux économies que Parker prétend faire si 100% de la production est transférée en République tchèque, avec une marge d'erreur de 15%.»

Un contre-projet crédible
«Notre contre-projet est cohérent et réaliste, insiste Lamine Bouchakhchoukha, président de la commission d'entreprise. Il faut y croire et se battre pour préserver nos emplois.»
Le contre-projet a été approuvé à l'unanimité par l'assemblée. Munis de pancartes et accompagnés par les klaxons, les travailleurs ont ensuite formé un cortège et se sont rendus dans le bureau de la direction pour le lui remettre. A cette occasion, ils l'ont invité à prendre sérieusement en compte leurs propositions visant à empêcher les suppressions de postes. A l'heure où nous mettions sous presse, lundi, la direction devait se prononcer sur le contre-projet. Si elle ne se montrait pas prête à entrer en matière, le personnel, qui se réunissait en fin de journée, avait déjà averti que des mesures de lutte pourraient être décidées.
Manon Todesco


Témoignage

Gianni, employé depuis 27 ans chez Parker, responsable du département Prototype et Mécanique, membre de la commission d'entreprise
«Aujourd'hui je suis optimiste car tout le personnel est uni et fait corps derrière ce contre-projet, ce qui n'était pas le cas au départ: beaucoup étaient fatalistes et ne voyaient pas l'utilité de se battre. Ils ont été étonnés du travail qui a été fait. Nous avons un contre-projet qui tient la route. Cet après-midi, beaucoup de personnes pas concernées par les licenciements étaient là, et c'est une bonne chose. Cela redonne du baume au cœur après le coup de massue reçu suite à l'annonce de ce plan de restructuration. Maintenant, tout dépend des intentions de Parker. Si la direction n'est pas disposée à négocier, les employés sont prêts à se battre pour passer à d'autres actions.»
MT

 

 

Edition n° 26 du 25 juin 2014

 
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