Le personnel de Parker passe à l'action
La directiion de l'entreprise ayant refusé d'entrer en matière sur le contre-projet les travailleurs ont débrayé le 26 juin

Estimant que le contre-projet ne permet pas de faire des économies à court terme, la direction de Parker Hannifin à Carouge l'a rejeté et maintient sa volonté de délocaliser la production. Très remontés, quelque 80 travailleurs ont décidé de débrayer jeudi dernier afin que la direction prenne au sérieux le plan de sauvegarde des 80 emplois menacés. Le conseiller d'Etat en charge de l'Economie sollicite une médiation pour sortir du conflit.

Le personnel de Parker Hannifin Manufacturing Switzerland SA voit rouge en ce jeudi 26 juin. Après avoir appris la veille que leur direction refusait d'entrer en matière sur le contre-projet élaboré par la commission d'entreprise, près de 80 travailleurs ont débrayé en fin de matinée pour exprimer leur mécontentement. Pour rappel, Parker Hannifin a annoncé à la mi-mai un plan de restructuration prévoyant la délocalisation de la production sur ses sites italien et tchèque, engendrant le licenciement de près de 80 personnes. Déterminés à maintenir ces emplois, les travailleurs avaient soumis à leur direction un contre-projet consistant à relocaliser la production sur un site moins onéreux et à moderniser les processus de production afin de conserver la main-d'œuvre dans le canton. «La direction carougeoise a reconnu que le contre-projet tenait la route mais les économies prévues sont, à leur sens, trop sur le long terme alors que les dirigeants américains exigent du court terme, rapporte Alessandro Pelizzari, secrétaire général d'Unia. Ils se sont énormément investis dans ce contre-projet et ils veulent se battre pour sauver les emplois.»

Combat «légitime»
La réaction suite à l'annonce de ce débrayage ne s'est pas fait attendre. Après avoir contacté sa faîtière Swissmem, la direction de Parker a convoqué la commission d'entreprise quelques minutes avant l'action pour lui rappeler le principe de paix du travail imposé par la Convention collective de travail de l'industrie des machines. «Nous sommes dans une situation légitime, celle de la perte de 80 emplois, et nous exerçons notre droit constitutionnel de grève», s'indigne Lamine Bouchakhchoukha, président de la commission d'entreprise. Quant au syndicat, il se dit prêt à en assumer les conséquences s'il devait y en avoir.

Résolution déposée au Grand Conseil
Malgré les pressions de la direction, à 13h30, les travailleurs ont formé un cortège et se sont rendus, dans le bruit et la bonne humeur, devant le Grand Conseil afin d'y déposer une résolution. Le texte demande au Conseil d'Etat d'intervenir en tant qu'arbitre dans ce conflit et de soutenir la lutte pour le maintien des emplois industriels à Genève. Aussi, il demande au gouvernement de mettre un expert neutre à disposition afin d'analyser le contre-projet des salariés.
A coups de slogans improvisés, tels que «Etat, aidez-nous à sauver 80 familles», ou encore «Parker, si t'es champion, délocalise la direction», les grévistes ont invité les députés se rendant à leur séance à voter en faveur de leur résolution. Avec succès, car le Grand Conseil a voté l'urgence sur cette question en début de session.

Délégation reçue par Pierre Maudet
Ministre en charge de l'Economie, Pierre Maudet a devancé la résolution et reçu une délégation du personnel de Parker Hannifin et d'Unia après la manifestation. Le conseiller d'Etat, sensible à la place industrielle genevoise et aux arguments des travailleurs, a annoncé lors de cette rencontre qu'il solliciterait la Chambre des relations collectives de travail (CRCT) pour tenter une médiation entre les parties en conflit. A l'heure où nous mettions sous presse, lundi, une première séance devait avoir lieu en début de semaine. Les instances de conciliation prévues par la CCT de l'industrie des machines seront aussi sollicitées. Satisfaits de cette rapide intervention, les travailleurs et le syndicat se félicitent que leur lutte commence à porter ses fruits.

Manon Todesco


Témoignages


Olivier, responsable d'atelier, 10 ans d'ancienneté

«80 emplois, ça fait mal, on ne peut pas laisser passer ça! On est bel et bien mobilisé et on fera ce qu'il faudra jusqu'où on pourra pour les sauver. Même si l'espoir est infime, on s'y accroche et on y croit.»

Alexia, opératrice intérimaire depuis 1 an
«Même en tant qu'intérimaire, il me semble important de soutenir les salariés dans cette lutte. Cela ne nous coûte rien de les aider. Je pense surtout à ceux qui travaillent chez Parker depuis 25 ans et qui n'ont plus que 10 ans à travailler avant la retraite. Moi, je suis confiante pour la suite, je retrouverai toujours quelque chose, c'est pour ces collègues que je m'inquiète.»

Christophe, magasinier depuis 1998
«Beaucoup d'entre nous sont rentrés jeunes chez Lucifer (nom de l'entreprise avant le rachat par Parker Hannifin, ndlr). On a tout donné pour cette boîte, pensant qu'on y resterait jusqu'à la retraite. Mais on s'aperçoit que l'emprise américaine ne nous a pas protégés mais plutôt tués. Si on ne s'était pas alliés au groupe Parker, nous n'aurions jamais connu ça. On a perdu notre identité, et Lucifer est bien loin. Aujourd'hui, tout ce qui nous reste c'est le combat pour sauvegarder les emplois et, dans le cas contraire, partir avec une belle somme afin de pouvoir reconstruire quelque chose pour les années qu'il nous reste à travailler.»
Propos recueillis par MT

 

 

Edition n° 27/28 du 2 juillet 2014

 
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