Pour une meilleure protection des apprentis
La Commission de la jeunesse de l'USS lance une pétitiion réclamant une amélioration des conditions de travail des apprentis

Une meilleure protection des apprentis: voilà l'exigence prioritaire de la Commission de la jeunesse de l'Union syndicale suisse (USS) qui, pour atteindre cet objectif, lance une pétition. Cette initiative a été présentée le 26 juin dernier lors d'une conférence de presse tenue à Berne. A cette occasion, Véronique Polito, secrétaire centrale de l'USS, a brossé un tableau du marché de l'apprentissage, relevant que la demande des entreprises en la matière n'avait jamais été aussi forte. «Les pouvoirs publics, les associations patronales et les entreprises engagent des spécialistes de la communication et dépensent des millions en campagnes publicitaires pour rendre l'apprentissage un peu plus "sexy" qu'il en a l'air auprès des jeunes.» Et la syndicaliste de chiffrer que l'an dernier, 8500 places d'apprentissage étaient toujours vacantes à la rentrée, soit 1500 de plus qu'en 2012. Et d'en déduire que cette situation devrait conduire à une amélioration des conditions de travail des jeunes. «Hélas!, il n'en est rien», a déploré Véronique Polito avant de lister les principaux problèmes notamment recensés via une enquête menée par Unia auprès de plus de 1500 apprentis (voir aussi ci-après).

Trop d'heures supplémentaires
Parmi ces problèmes, la question de la durée du travail qui devrait, en principe, ne pas excéder 9 heures par jour au maximum, les heures supplémentaires devant rester exceptionnelles. L'étude réalisée par Unia montre cependant que 55% des jeunes effectuent plus d'heures que celles autorisées, dont 21% chaque mois, 17% plusieurs fois par mois et le solde chaque semaine. 88% d'entre eux travaillent aussi régulièrement le week-end, soit le samedi et parfois le dimanche. Et Véronique Polito d'évoquer les conséquences néfastes d'horaires atypiques pour la santé des apprentis. La surveillance de l'apprentissage - qui devrait garantir la qualité de la formation comme le respect des dispositions légales - présente aussi des carences. 57% des sondés relèvent être régulièrement laissés sans assistance durant la formation et seuls 19% ont eu connaissance d'un contrôle des autorités ad hoc sur leur lieu d'activité. «Les services cantonaux de surveillance de l'apprentissage sont en sous-effectifs: les commissaires peuvent rarement effectuer des visites de routine et n'interviennent généralement que dans des situations ou quand des problèmes (graves) sont déjà survenus.» Autre critique formulée: le fait que les commissaires proviennent parfois d'associations patronales. «Ce qui est positif du point de vue de la connaissance des métiers pose problème en cas de conflit entre l'employeur et son apprenti... Le jeune se retrouve alors sans soutien et possibilité réelle de se défendre.»

Risque d'accident élevé
Au chapitre de la sécurité, la situation a aussi été jugée insatisfaisante. «La Suva a constaté que les apprentis étaient exposés à un risque d'accident anormalement élevé - 137 accidents pour 1000 apprentis contre 85 chez les autres travailleurs.» Au total, chaque année, on dénombre 25000 accidents professionnels chez les jeunes, soit un sur huit! Et trois décès par an. Des chiffres qui ont conduit la Suva à lancer une campagne de prévention ciblée.
La planification d'une nouvelle baisse de l'âge de la protection pour autoriser les travaux dangereux dès 15 ans et sur la base d'une dérogation par métier inquiète aussi la Commission de la jeunesse de l'USS. Cette dernière ne s'oppose pas catégoriquement au projet sous réserve que le Conseil fédéral prévoie des mesures compensatoires pour renforcer la sécurité des apprentis. Mais elle craint que celles-ci ne soient pas mises en œuvre avec sérieux dans les cantons.
Autant de raisons qui l'ont poussée à lancer une pétition réclamant, résume Véronique Polito «au moins un contrôle annuel dans chaque entreprise formatrice, une surveillance indépendante de l'apprentissage, des critères stricts pour les autorisations à former et pas d'économies sur le dos des apprentis»

.
Sonya Mermoud

 

Haro sur les brebis galeuses...
Un tiers des apprentis insatisfaits de leur salaire - surtout en dernière année où ils estiment être capables d'effectuer 75% du travail d'un employé qualifié; un quart des interviewés dénonçant le fait que les heures supplémentaires effectuées ne font ni l'objet d'indemnisation ni de compensation en temps libre; 16% d'entre eux jugeant leur formation insuffisante, voire médiocre; 79% relevant encore n'avoir jamais vu de contrôle des Offices cantonaux de la formation professionnelle... Président de la Commission de jeunesse d'Unia, Paul Maetschke a détaillé les résultats de l'enquête menée par le syndicat. Et évoqué aussi quelques cas isolés particulièrement choquants. Comme celui d'une apprentie peintre en carrosserie confinée, durant ses quatre ans de formation, à des travaux de nettoyage et privés pour son chef et, sans surprise, recalée à l'examen final. Ou encore celui d'une assistante en promotion de l'activité physique et de la santé, employée par un fitness en construction et dès lors attelée à des travaux de chantier... «De telles situations sont moralement inacceptables et illégales. Les Offices de formation ont clairement ici un rôle à jouer», a martelé le syndicaliste estimant la formation professionnelle duale bien trop précieuse «pour qu'on laisse des brebis galeuses et de mauvais formateurs la traîner dans la boue».
SM

 

Edition n° 27/28 du 2 juillet 2014

 
Imprimer l'article
 
Haut de la page