Des travailleurs des duty free réclament leur dû
Le personnel de The Nuance Group à l'Aéroport de Genève a mené une action pour dénoncer la violation de ses droits

Depuis plusieurs années, les employés des boutiques situées en zone hors-taxe à Cointrin réclament la juste rémunération de leurs heures supplémentaires ainsi que du travail du dimanche, en vain. Leurs conditions de travail précaires entre sous-effectif, non-respect des temps de pauses et surveillance, les ont poussés à mener une première action syndicale afin que la direction accepte de négocier. Pari gagné.

«Mon employeur me doit au moins 30 000 francs d'arriérés de salaire.» «Il m'arrive de terminer à minuit et de recommencer à 5h du matin, du coup je dors dans la salle de pause.» «Pendant trois ans, je n'ai pris que deux semaines de vacances par an, au lieu des cinq semaines contractuelles. Elles ne m'ont jamais été payées en contrepartie.»
Ces témoignages sont ceux de trois employés de The Nuance Group, titulaire d'une concession commerciale à l'Aéroport de Genève qui exploite toutes les boutiques de duty free à Cointrin. Un groupe qui emploie environ 120 vendeurs dans six boutiques et dont le chiffre d'affaires s'élève pour l'année 2013 à plus de 2 milliards de francs.
Las des conditions de travail auxquelles ils sont soumis et dans l'attente, depuis des années, que des arriérés de salaire leur soient versés, quelques employés - soutenus par le syndicat Unia - ont organisé une action de sensibilisation de la clientèle de l'Aéroport le 17 juillet dernier afin de dénoncer les violations de leurs droits.

Des milliers de francs non payés
En effet, entre 2007 et 2012, The Nuance Group n'a pas rémunéré le travail du dimanche avec les suppléments de salaires qu'imposaient la Convention collective de travail, dénonce Unia. Même cas de figure pour les heures supplémentaires, c'est-à-dire qu'elles ont toujours été payées, mais à 125% au lieu de 150%. «Nous sommes employés à 40% mais nous travaillons jusqu'à 200 heures par mois», confirme l'une des collaboratrices, qui a préféré, à l'image de ses collègues, conserver l'anonymat.
The Nuance Group a été épinglé par la Commission paritaire du commerce de détail en 2008 puis par la Chambre des relations collectives de travail en 2010 qui a confirmé l'irrégularité. Si l'amende a bien été payée par la société, les rattrapages des sommes non versées aux employés n'ont, eux, jamais eu lieu, bien que la société ait mis à jour ses contrats depuis 2012. «Aujourd'hui, nous sommes là pour exiger le paiement des arriérés de salaire, revendique Audrey Schmid, secrétaire syndicale d'Unia. Les montants divergent selon les travailleurs mais en moyenne, cela représente 5000 francs par personne et par an.» Pour la syndicaliste, cette situation est d'autant plus grave que l'entreprise est concessionnaire de l'Aéroport de Genève.

Employés surveillés
Au-delà de ces arriérés de salaires impayés, ce sont les conditions de travail qui ont poussé les travailleurs à se mobiliser. «Les problèmes de sous-effectif contraignent les employés à prendre des pauses trop tard dans la journée et les temps de repos entre deux journées de travail ne sont pas respectés», énumère Audrey Schmid. Deux autres éléments ont mis le feu aux poudres dernièrement: le probable rachat des boutiques hors-taxe par la société Dufry, sans que les employés n'aient été officiellement informés, ainsi que le sentiment de ces derniers d'être surveillés. «On nous espionne, nos pauses, notre façon de nous habiller, notre façon de faire, rapporte une employée. Il ne fait aucun doute que les caméras servent à surveiller le personnel: dès que nous discutons entre collègues, bien que ce soit pour le travail, nos supérieurs débarquent dans le magasin car ils refusent que nous parlions.» Le personnel demande aujourd'hui que ses droits soient respectés. «Il y a trop de travail, trop de pression et trop de mobbying: il faut que cela cesse. Et pour ce faire, nous attendons une amélioration du management qui n'est pas du tout qualifié.»
Suite à cette action, The Nuance Group a réagi dans un courrier adressé à Unia. Si la société y conteste la plupart des faits qui lui sont reprochés, le management local de celle-ci s'engage toutefois à rencontrer le syndicat. «Des négociations devraient se tenir dans les prochaines semaines», se réjouit Audrey Schmid.


Manon Todesco

 

 

Edition n° 31/32 du 30 juillet 2014

 
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