Jet favorise l'envol des jeunes
Depuis trente ans Jet Service à Lausanne conseille et soutient les jeunes en formation du canton de Vaud

Jet Service, le secteur Jeune et Travail (Jet) du Centre social protestant, offre des informations et des conseils juridiques, un soutien social et administratif aux jeunes de 16 à 25 ans et à toutes personnes en formation. Sur rendez-vous ou à l'improviste en cas d'urgence, ils sont plus de mille par année à frapper à sa porte. Les consultations sont gratuites et confidentielles.

Unique en son genre dans le canton de Vaud, Jet Service a vu le jour en 1984. «Depuis trente ans, le service effectue un travail global de prévention de la marginalisation des jeunes fragilisés, plus particulièrement au moment du passage de la vie scolaire à la formation», explique Françoise Olaya, travailleuse sociale, dans son bureau lausannois. «Nous accueillons le jeune tel qu'il est et faisons souvent avec lui un bilan financier, social et familial.»
Précurseur, ce service du Centre social protestant, a cocréé d'autres structures d'insertion professionnelle et déployé des actions de prévention de l'endettement notamment en milieu scolaire. Depuis quelques années, les consultations sont de plus en plus nombreuses et les situations de plus en plus complexes. En cet après-midi du mois de juillet, nous assistons aux entretiens de la permanence sociojuridique. Récits entre rupture familiale, problèmes de bourses d'études et de permis de travail.

Du devoir d'entretien des parents
Une jeune femme, cheveu court et mèche bleue, entre dans le bureau. C'est son deuxième entretien ce mois-ci. Melissa, 18 ans bientôt, vient de terminer son gymnase, et s'apprête à commencer des études en droit. Suite à des désaccords profonds avec ses parents, elle a quitté la maison et est logée par une amie depuis une dizaine de jours. Ses questions portent sur les allocations familiales et surtout le devoir d'entretien de ses parents. «Celui-ci ne prévoit pas le paiement d'un logement et se calcule en fonction de leurs revenus», explique la juriste Claudia Frick. «Vu le revenu de votre père et la composition familiale, il n'est pas sûr que le juge vous donnerait gain de cause si vous deviez le saisir.» Dans tous les cas, intenter un procès contre ses parents reste extrêmement rare. «En trente ans, j'ai eu connaissance de trois cas. Même dans les pires situations, c'est une démarche très difficile à entamer pour un jeune», relèvera plus tard Françoise Olaya. Melissa ajoute, de surcroît, que suite à son premier entretien à Jet Service, elle a revu ses parents pour faire le point: «Ils m'ont dit que la porte était toujours ouverte et qu'ils ne m'imposeraient plus certaines restrictions, comme de ne plus voir une certaine personne. De mon côté, je vais faire un effort. Je pense, comme vous me l'avez conseillé, faire une liste écrite de ce dont j'aurais besoin pour que le climat familial soit supportable.» Melissa, d'une maturité impressionnante, conclut l'entretien: «Je vous remercie pour vos réponses claires. Jusqu'à présent j'avais entendu beaucoup d'informations fausses...»

D'obscures décisions de bourse
Le deuxième entretien réunit une jeune fille et sa mère devant la juriste et la travailleuse sociale Alev Ucar. La perplexité règne autour de la table face à une décision de bourse dont le montant est plus faible que les années précédentes. Les discussions vont bon train, des papiers manquent, la mère ne comprend pas. «Ils ne tiennent pas compte des frais de trajet de mon mari», souligne la mère de famille de 4 enfants. «Sans la bourse, je ne sais pas comment on va faire...» L'inquiétude se lit sur son visage. En examinant la situation, les collaboratrices de Jet Service pensent qu'une réclamation est possible même si ce n'est pas gagné d'avance, le décompte de l'Office des bourses n'étant pas clair.
Problème de bourse aussi pour un jeune homme, skate dans son sac à dos et t-shirt aux couleurs jamaïcaines. Il a redoublé sa première année de gymnase, et est en échec à nouveau à la fin de sa deuxième année. «On ne peut pas redoubler deux années de suite, donc je suis exclu du gymnase», relève-t-il avec un calme surprenant. «Mon père s'en fiche. Ma mère, tant que je fais quelque chose, ça lui va...» Il a pris rendez-vous à Jet Service car l'Office des bourses lui demande de rembourser le montant, 600 francs environ, qu'il a reçu pour le mois de juillet, ses cours ayant pris fin à la mi-juin. La juriste s'étonne de la démarche procédurière de l'Office, mais confirme que ce dernier est dans son droit. Le jeune homme remboursera donc. Quant à son avenir professionnel? Il ne sait pas. La travailleuse sociale, Christine Dupertuis lui conseille de se rendre au service d'orientation rapidement. Il parle apprentissage, gymnase du soir, armée... Quand on lui demande s'il a un rêve, son regard s'illumine et sa réponse fuse: entrer dans la police scientifique.

Sans permis de travail
Une jeune femme d'origine camerounaise s'assied. Après son bachelor d'ingénieur en environnement, elle a obtenu un stage dans la gestion des déchets de l'EMS où elle a travaillé comme aide-infirmière durant ses études. Le service de l'emploi a refusé sa demande de permis de travail, puis a accepté, avant de se rétracter, car la jeune femme avait un contrat de travail mixte, entre stage et soins. Or, depuis qu'elle est diplômée, elle ne peut être engagée, en vertu de la Loi sur les étrangers, que comme ingénieure. Parallèlement, le Service de la population (Spop) refuse de prolonger son permis de séjour. Pour Claudia Frick, une seule solution: l'EMS doit prouver qu'il a besoin d'elle en sa qualité de spécialiste. «Mais le terme de stage, à durée déterminée et dont le salaire est bas, m'inquiète», ajoute la juriste. La jeune diplômée est anxieuse: «Les six mois qu'on nous laisse pour trouver du travail après notre diplôme sont en train de filer. Et depuis le mois d'avril je n'ai plus le droit de travailler, ni de toucher aucune aide du chômage, alors que j'ai cotisé pendant mes six ans d'études. Et je ne peux pas repartir maintenant au Cameroun. Pour venir étudier ici, je me suis endettée jusqu'au cou.» Elle se tient la tête entre les mains et soupire: «C'est compliqué!» La juriste lui conseille de négocier une modification de son contrat de travail avec la direction de l'EMS puis de la recontacter pour la soutenir dans ses démarches pour obtenir un permis de séjour.

Apprenti sans papiers
Tout aussi compliqué, la situation d'un jeune Africain, débouté de l'asile, apprenti cuisinier. Une histoire de décompte de l'Etablissement vaudois d'accueil aux migrants (Evam) qu'il ne comprend pas. Entre son salaire qu'on lui retient et les frais qu'on lui déduit, telle l'assurance maladie d'un montant de 408 francs (un forfait qui contient prime, franchise et participation). Un mode de calcul collectif appliqué par l'institution à tous les requérants, en l'occurrence au désavantage du jeune homme. «Le même système forfaitaire est appliqué pour les loyers, l'Evam gagne dans certains cas et perd dans d'autres...», ajoute la juriste. Reste que l'Evam n'a jamais fait le nécessaire pour faire supprimer le risque accidents de son assurance de base, alors que le jeune homme est en apprentissage depuis 4 ans.
Au détour des imbroglios administratifs, il raconte son parcours, sinueux, douloureux... Puis la séance se termine sur une inquiétude: sa convocation au Spop. La juriste le rassure. Au vu de sa situation, une arrestation n'est pas envisageable. Et l'apprenti sera accompagné par Françoise Olaya. Celle-ci, après 30 ans à Jet Service, relève le courage des jeunes rencontrés. «Malgré les difficultés, ils sont, la plupart du temps, déterminés et motivés, et tiennent à rétablir leur situation pour se maintenir en formation. Ce, malgré les problèmes familiaux, les soucis financiers importants et la complexité toujours accrue des démarches administratives.»

Aline Andrey

Pour davantage d'informations: www.csp.ch

 

Restriction sur les bourses

Le CSP, et son secteur Jet Service, s'inquiète des retombées de la révision de la Loi vaudoise sur l'aide aux études et à la formation professionnelle entérinée le 1er juillet dernier par le Grand Conseil vaudois. L'organisation regrette en particulier l'accès plus restreint aux bourses d'indépendant (qui ne tient donc pas compte des revenus des parents). Avant, il fallait avoir travaillé pendant 18 mois pour les moins de 25 ans, et 12 mois pour les autres, pour pouvoir bénéficier d'une bourse d'indépendant. Avec la nouvelle loi, il faudra que le jeune ait travaillé pendant 6 ans, ou alors qu'il soit pourvu d'un CFC et de deux ans d'activités lucratives, pour avoir une possibilité de toucher une bourse d'indépendant. Le durcissement de l'octroi des bourses touche aussi les apprentis et étudiants d'origine étrangère dont les parents ont un permis N, et F, s'ils dépendent de l'aide sociale. Un obstacle de plus pour l'intégration de ces jeunes. «La nécessité de réduire ou péjorer des dispositions existantes pour se conformer à l'Accord intercantonal en matière de bourses d'études n'a pourtant pas été clairement démontrée. Le CSP Vaud regrette que la marge de manœuvre cantonale n'ait pas été utilisée pour maintenir certains acquis (...)», indique le communiqué. Un assouplissement toutefois, la situation financière réelle des parents devrait être prise en compte à l'avenir dans le calcul de l'octroi d'une bourse. Alors qu'aujourd'hui, le calcul se base sur le barème du minimum vital (sans tenir compte des dettes par exemple).
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Cocréateur de nombreux programmes d'insertion

En trente ans, Jet Service a cocréé d'autres structures pour répondre aux besoins des jeunes. Son travail de terrain lui a permis parfois «de faire remonter au niveau politique les dysfonctionnements du système et d'améliorer ainsi les dispositifs d'aide», précise la travailleuse sociale Françoise Olaya.
Entre autres structures: l'Association jeunes et travail (AJT), Mobilet' à l'origine d'un des premiers semestres de motivation du canton, ou encore TEM (Transition école-métier) qui, avec les conseillers aux apprentis, a pour mission de prévenir les ruptures d'apprentissage. Jet Service a été aussi partie prenante du programme de recherche JAD (Jeunes adultes en difficulté) à l'origine du programme «Forjad». Celui-ci permet aujourd'hui aux jeunes adultes entre 18 et 25 ans à l'aide sociale (revenu d'insertion) du canton de Vaud de suivre une formation en obtenant un soutien financier via une bourse d'études et en bénéficiant de la mesure «Accent» (Accompagnement en entreprise).
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Edition n° 33/34 du 13 août 2014

 
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