De vieux chiens sous son aile
Fondatrice du refuge l'Oasis des vétérans accueillant de vieux chiens Marina Tami consacre son existence à ses compagnons

Un concert d'aboiements rend impossible une arrivée discrète. Dans la vaste cour attenante à la ferme l'Oasis des vétérans, à Vaulruz (FR), plus d'une cinquantaine de chiens préviennent leur maîtresse de la venue d'un visiteur. Une joyeuse bande de poilus de toutes tailles et races, usés par la vie et parfois déglingués, se précipitant devant les grilles qui délimitent leur territoire. Sereine, rappelant certains de ses amis à quatre pattes à l'ordre, prodiguant l'une ou l'autre caresse au passage, Marina Tami déverrouille le portail du refuge. Bienvenue dans son EMS pour vieux chiens. Des seniors abandonnés par leur propriétaire en raison de leur grand âge, d'autres qui n'ont pu suivre leur maître au home ou qui se retrouvent orphelins, suite à leur décès. Sans oublier une ribambelle de toutous, huit bougies au compteur et plus, provenant de refuges qui ne sont pas parvenus à les placer. Marina Tami rayonne sur cette sympathique meute, connaît les prénoms de chacun, identifie même leur aboiement et confie ne jamais se lasser de cette turbulente équipe, elle qui a ouvert cet espace depuis dix ans déjà, concrétisant une passion de longue date.

Toujours contents!
Son histoire d'amour pour la race canine plante ses inoffensifs crocs dans l'enfance déjà. Petite, celle qui adore regarder l'émission animalière «30 millions d'amis» fait des pieds et des mains pour que ses parents l'autorisent à prendre un chien. Et, à douze ans, obtient la permission tant désirée. Le coup de foudre avec ce premier compagnon se révèle précurseur d'innombrables autres. «J'ai toujours eu la passion des animaux en général et des chiens en particulier. J'aime leur fidélité, leur amour inconditionnel. Ils sont toujours contents. Je peux passer des heures à les admirer», déclare cette femme de 56 ans qui, avant d'ouvrir son Oasis, accueillait déjà beaucoup de vieux clébards, dans sa grande maison. Pas moins d'une vingtaine de séniors et d'éclopés arrachés à des refuges... La Veveysane habite alors au Tessin avec son époux, un riche avocat, et leurs trois enfants. Après son divorce, en 2000, l'idée d'ouvrir un refuge prend forme. «Elle a germé quand une personne m'a envoyé de l'argent pour prendre soin de son chien qui, si je ne l'avais recueilli, aurait été euthanasié. Ne supportant pas l'idée que de fidèles compagnons meurent avant l'heure ou dépérissent seuls et vieux dans des box, j'ai décidé de me lancer dans l'aventure.» D'abord dans la région de Lugano, puis à Vaulruz ou elle acquiert, en 2004, la ferme actuelle, déménage sa ménagerie et, désargentée, mange son pain noir les deux premières années de l'entreprise. Mais Marina est une femme têtue et optimiste, surmonte un infarctus, s'accroche à son projet et retombe sur ses pattes.

Sans état d'âme
«La raison du nom du refuge? L'Oasis pour exprimer détente et repos; les vétérans en raison de l'âge des pensionnaires mais aussi avec une notion de petite guerre... avec leur précédent maître.» Et Marina Tami de plaider en faveur de la castration et la stérilisation des bêtes, proliférant. Et de condamner le trafic lucratif qui entoure l'élevage de chiens de race...
En dix ans, quelque 1000 chiens ont transité par l'Oasis ou y ont vécu leurs derniers jours, aimés de Marina Tami et de ses collaborateurs. «Nous cherchons d'abord à replacer ceux qui sont en bonne santé mais aussi les autres. En général, s'ils ne partent pas les premiers mois, ils terminent leur vie ici», relève cette passionnée tout en gratifiant Sirius d'une gratouille. Un bichon, la mine chagrine, un rien timide, qui vient de débarquer. «Les propriétaires de chiens ne se rendent pas toujours compte de l'attachement que leur porte leur animal. Souvent ils amènent leur bête ici en lui disant "tu verras comme tu y seras bien" et s'en vont, sans état d'âme. C'est triste. Il n'y a plus beaucoup de respect de la vie», déplore la Vaudoise, le regard ombrageux, tirant sur sa cigarette. Heureusement, nombre d'autres se montrent plus responsables.

Tel maître...
Parmi les candidats à l'adoption des protégés de Marina Tami, des personnes âgées préférant prendre de vieux animaux de peur qu'ils ne leur survivent. Et aussi des jeunes couples, pour voir si une présence canine leur convient. «On conseille les intéressés dans leur sélection. Mais c'est souvent le chien qui choisit. Et ces duos fonctionnent bien», note la responsable validant le dicton populaire «Tel maître, tel chien!» Quant au financement de l'entreprise - entre nourriture, frais de personnel et vétérinaires, entretien et rénovation des locaux -, il est assuré par des abonnements au journal de l'Oasis, des parrainages et l'accueil de pensionnaires provisoires durant les absences de leurs propriétaires.
Entre les chiens pris sous son aile et les siens - onze dont des chihuahuas qu'elle affectionne particulièrement -, Marina Tami mène une existence où de longues vacances ne figurent jamais ou presque au calendrier. Mais peu importe à cette amie des bêtes, qui associe le bonheur à sa manière de vivre, à la liberté intérieure dont elle jouit, acquise en réalisant son rêve. Et qui confie, quand elle quitte son Oasis, se sentir alors comme un chien dans un jeu de quilles...

Sonya Mermoud


Davantage d'informations: www.oasis-des-veterans.com

 

 

Edition n° 35 du 27 août 2014

 
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