Les employés de Cartier et de Tag Heuer trinquent
Cartier impose le chômage partiel pour ses 230 employés. Tag Heuer restructure ses activités et licencie 46 personnes en Suisse

Double coup de massue dans le secteur de l'horlogerie. Alors que Cartier, à Villars-sur-Glâne, imposera le chômage partiel à ses 230 employés en raison de baisse de commandes dès le 1er novembre, on apprenait quelques jours plus tard qu'une restructuration chez Tag Heuer comprenait le licenciement de 46 personnes à La Chaux-de-Fonds et le recours au chômage partiel dans le Jura. La faute à un contexte économique morose dans la branche? Un argument non valable selon Unia.

Les mauvaises nouvelles s'enchaînent dans l'industrie horlogère romande. Le 18 septembre dernier, la manufacture Cartier de Villars-sur-Glâne dans le canton de Fribourg a informé son personnel, les syndicats ainsi que les instances cantonales qu'elle aurait recours au chômage partiel pour l'ensemble de ses travailleurs, soit 230 personnes, à partir du 1er novembre. Concrètement, ces derniers seront donc contraints de chômer trois jours par semaine, et ce, pour une durée qui n'a pas été précisée par l'entreprise de montres et de bijoux de luxe. Une mesure que Cartier justifie par une baisse des commandes et une diminution de l'activité en général. La conséquence pour les employés du site fribourgeois est une perte de salaire de 6%. Pour le syndicat Unia, si le chômage partiel est préférable aux licenciements, ce n'est pas pour autant aux travailleurs, ni à la collectivité, de faire les frais de cette baisse de régime. «L'horlogerie est un secteur qui a engrangé beaucoup de revenus ces dernières années et dont la situation économique est florissante, remarque Armand Jaquier, secrétaire régional d'Unia Fribourg. Au lieu de faire payer les salariés, Cartier, qui en a sans aucun doute les moyens, devrait assumer financièrement ce ralentissement des ventes.» Effectivement, la maison Cartier appartient aujourd'hui au groupe Richemont, le géant mondial du luxe basé à Genève, qui a engrangé l'an passé selon nos confrères de La Liberté un bénéfice de près de 2,5 milliards de francs...
Unia a déjà eu plusieurs contacts avec les salariés de Villars-sur-Glâne, qui sera, semble-t-il, le seul site de production de Cartier concerné par le chômage partiel. «Notre objectif est de construire, avec ces deriers, une prise de position, explique le syndicaliste. Pour ce faire, nous avons des contacts réguliers avec nos membres et des non-membres afin d'envisager les suites à donner à cette situation.»

Tag Heuer restructure
Autre annonce qui laisse pour le moins pantois: le licenciement de 46 travailleurs chez Tag Heuer, notamment sur son site neuchâtelois de La Chaux-de-Fonds, dans la production et l'administration, et la mise au chômage partiel de 49 autres employés à Chevenez (Jura). Comme Cartier, Tag Heuer appartient à un grand groupe de luxe, le français LVMH. La marque emploie près de 600 personnes en Suisse. L'entreprise motive cette restructuration par un repositionnement stratégique consistant à suspendre la production de son chronographe CH 80 et à concentrer son activité sur l'horlogerie moyen de gamme, c'est-à-dire les montres allant jusqu'à 4000 francs. Dans un communiqué de presse, le directeur général de Tag Hauer, Stéphane Linder, reste plutôt optimiste, rappelant que les ventes «ont même grimpé depuis le début de l'année». Une information contradictoire alors que dans ce même communiqué, Tag Heuer affirme avoir «décidé de s'adapter au ralentissement de la croissance de l'industrie horlogère suisse et d'ajuster la production de mouvements mécaniques»...
Si Unia avait été informé au préalable de cette restructuration, le syndicat ne s'attendait pas à une telle ampleur. Ne souhaitant pas, la semaine dernière, communiquer davantage sur le sujet, les régions d'Unia Neuchâtel et Transjurane ont informé qu'une rencontre entre les partenaires sociaux devait avoir lieu le 3 octobre. «L'objectif de cet entretien est d'obtenir un plan social pour les travailleurs des trois sites touchés», a expliqué Catherine Laubscher, responsable de la section neuchâteloise.

L'horlogerie en bonne santé
Peut-on, dès lors, mettre ces deux cas sous le compte d'un contexte économique prétendu morose dans la branche? En parallèle de cette actualité, des analystes de Kepler Cheuvreux et de Vontobel ont revu leurs prévisions à la baisse dans le cadre d'une étude sectorielle: selon eux, la croissance de l'industrie horlogère suisse, en berne depuis 2013, ne repartirait pas avant 2015... au plus tôt. De même, les exportations horlogères ne devraient croître cette année «que» de 3,5 à 4%, au lieu des 5,5 à 6% annoncés. Pour Pierluigi Fedele, membre du comité directeur d'Unia en charge de l'industrie, ces chiffres sont loin d'être dramatiques, contrairement à ce que laissent entendre les patrons de la branche. «Les exportations horlogères ont augmenté de 2,9% par rapport à l'an passé, informe-t-il. Il est évident que nous ne sommes plus confrontés à des taux de croissance à deux chiffres comme c'était le cas entre 2010 et 2012, mais nous ne sommes pas dans une situation où l'on peut décréter que la croissance est en berne. L'horlogerie est un secteur qui est en bonne santé, c'est pourquoi il est faux de parler de "reprise" de la croissance quand elle ne s'est jamais arrêtée.» Quant à Tag Heuer, pour le syndicaliste, on ne peut pas dire que les licenciements soient liés à des difficultés économiques, d'autant que les employés du site jurassien ont été engagés il y a moins d'un an. «Ce sont des erreurs stratégiques qui ont mené aux licenciements: ils ont voulu jouer dans la cour de l'horlogerie de haut de gamme et ils se sont plantés...» 


Manon Todesco

 

 

Edition n° 41 du 8 octobre 2014

 
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