Adecco sous enquête pour usage de faux
Le Ministère public tessinois met sous enquête le numéro un du travail temporaire suite à une dénonciation d'Unia

Le Ministère public tessinois va enquêter sur les agissements de la filiale tessinoise d'Adecco. Une enquête pénale pour usage de faux, déclenchée d'office au vu de la gravité de l'affaire: la falsification de contrats de travail. Cette procédure fait suite à la victoire d'anciens travailleurs frontaliers temporaires qui ont, avec Unia, porté plainte contre la société.
L'affaire s'est déroulée à Lugano et remonte à 2010. A cette époque, sept employés temporaires frontaliers travaillant dans une même usine dénoncent les agissements d'Adecco au syndicat Unia. Ils ne reçoivent pas la totalité du salaire (près de 20 francs l'heure) inscrit dans leur contrat de travail. Deux d'entre eux ont même reçu un deuxième contrat avec un salaire revu à la baisse par rapport au premier. Le premier étant celui envoyé par Adecco aux autorités cantonales chargées de délivrer les permis de travail dans le cadre des accords bilatéraux.

Dumping salarial
«Adecco payait quelque 20% de moins que ce qui était stipulé dans les contrats envoyés aux autorités», précise Francesco Bonsaver, qui signe un dossier sur le sujet dans le journal tessinois d'Unia, Area. «Suite à la réaction du syndicat, Adecco a versé certains arriérés. Mais pas tous. Dans deux cas, la justice a dû être saisie.» Résultat: en mai dernier, l'autorité judiciaire a donné raison au syndicat et a permis aux deux anciens travailleurs engagés par Adecco de recevoir quelque 10000 francs chacun d'arriérés de salaire. La société de travail temporaire affirme de son côté «opérer dans le respect de la loi», même si des «erreurs et des irrégularités ne peuvent pas être exclues».
«Adecco a voulu donner l'image qu'elle respectait la lutte contre le dumping salarial. Alors qu'au contraire la société pratiquait une sous-enchère éhontée», note Pierluigi Fedele, membre du comité directeur d'Unia et responsable de la Convention collective de travail (CCT) de la branche de location de services entrée en vigueur en 2012 et qui couvre quelque 270000 personnes (ce qui en fait la première CCT en termes de nombre de travailleurs assujettis). «Dans ce secteur, il y a énormément de bas salaires. En Suisse alémanique et en Suisse romande, la CCT est de plus en plus appliquée. Par contre, au Tessin, c'est la jungle. La pression sur les salaires y est maximale.» 


Aline Andrey

 

Edition n° 42/43 du 15 octobre 2014

 
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