Les assistantes médicales genevoises exigent une CCT
Des assistantes médicales ont manifesté à Genève pour demander aux médecins de revenir à la table des négociations

Les assistantes médicales genevoises sont en colère, et elles l'expriment. Le 16 octobre au soir, elles étaient une trentaine à manifester au centre-ville, avec le soutien du syndicat Unia, pour exiger de l'Association des médecins genevois (AMG) qu'elle revienne à la table des négociations. En effet, depuis que cette dernière a dénoncé la convention collective de travail (CCT) en 2006, conclue avec l'Association genevoise des assistantes médicales (Agam) et Unia, la profession est en situation de vide conventionnel depuis 97, et malgré plusieurs tentatives ces dernières années, toutes les négociations ont échoué. Le texte prévoyait des minima salariaux selon les années d'expérience ainsi qu'une durée de travail hebdomadaire de 40 heures. L'AMG revendique, elle, une augmentation du temps de travail et une baisse des salaires de 13 à 18%.

Métier en danger
Les conséquences de cette absence de protection conventionnelle sont multiples. D'abord, la mise en danger de cette profession liée à la dégradation des conditions de travail et notamment à l'effondrement des salaires: selon une étude de l'Office cantonal de l'inspection et des relations du travail (Ocirt), 32% du personnel gagne aujourd'hui moins que l'ancien minimum conventionnel, un chiffre qui atteint 48% dans les grandes structures telles que les permanences et les groupes médicaux. Ce qui explique la baisse de l'attractivité pour le métier d'assistante médicale mais aussi la hausse des reconversions professionnelles vers des métiers mieux rémunérés.
Partant, les risques en matière de santé publique sont réels: face à la pénurie d'assistantes médicales diplômées, les cabinets médicaux embauchent du personnel non qualifié, comme des secrétaires médicales, pour procéder à des gestes médicaux techniques. «La sécurité des patients risque ainsi de ne plus être assurée», alerte Unia dans un tract.

Une CCT ou un CTT
Aujourd'hui, les assistantes médicales tapent du poing sur la table et exigent de l'AMG qu'elle négocie une CCT. «Nous ressentons une grande colère et une grande déception par rapport à nos patrons, dénonce Nawal Jos, présidente de l'Agam. Ils ne comprennent pas que c'est dans l'intérêt de leur cabinet et de leurs patients de régler ce conflit. Nos anciens salaires étaient loin d'être faramineux et ne mettaient pas en danger la bonne marche des cabinets.» Pour les assistantes médicales, la priorité est de se mettre à la table des négociations avec l'AMG dans le but d'aboutir à de vraies avancées «afin de promouvoir et de consolider la profession», selon les mots de leur présidente. «Nous ne sommes pas gourmands, insiste Alessandro Pelizzari, secrétaire régional d'Unia; nous voulons simplement un retour à la même CCT, comprenant évidemment l'évolution salariale depuis 2007.»
Et si les médecins refusent? «Nous demanderons à l'Etat d'édicter un contrat type de travail (CTT), comme le prévoient les mesures d'accompagnement contre la sous-enchère, afin de sécuriser les salaires à l'embauche», prévient le syndicaliste. Pour ce faire, l'Etat genevois devra constater la sous-enchère abusive et répétée. «Jusqu'ici, les autorités cantonales ont toujours fui leurs responsabilités, relève Nawal Jos. A M. Maudet d'assumer sa prérogative d'actionneur de CTT et que l'Etat ait le courage de nous soutenir.» 


Manon Todesco

 

Edition n° 44 du 29 octobre 2014

 
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