Le slam d'un Honorable scarabée poète
Loc Nguyen alias Honorable scarabée marie les contes et le slam en faisant claquer cette langue française

Le slam, cet art de la parole poétique est né, il y a 30 ans, à Chicago. Son créateur: un ouvrier en bâtiment, du nom de Marc Smith dont la volonté était de populariser la poésie. C'est donc un événement que celui de sa venue à Lausanne lors du Festival international du slam. Mais il ne sera pas le seul à faire «claquer» - traduction littérale de «slam» - les mots dans l'air du Théâtre 2.21. Avec lui, de jeunes poètes, des humoristes et des écrivains de tous âges. Loc Nguyen, né aussi il y a 30 ans, sera l'un d'eux et y présentera son spectacle «Règlement de contes pour enfants pervertis» qui, comme son titre l'indique, ne s'adresse pas aux moins de 12 ans.

Drôle d'insecte
Son nom de scène: Honorable scarabée. Un pseudonyme qui lui sied à merveille, lui qui se présente dans toute la sobriété d'un costard noir et qui, surtout, a fait des contes initiatiques sa marque de fabrique. «Les personnages partent de zéro pour finalement devenir des héros. Un scarabée est petit, on peut l'écraser, mais pourquoi ne serait-il pas honorable? Cela évoque aussi pour moi l'initiation des films d'arts martiaux», explique le vaudois, d'origine vietnamienne, fan de Karaté Kid comme de grande littérature. «Dans ma vie, comme dans ma carrière, je suis prêt à vivre des aventures, à apprendre, à me tromper, à avancer... comme dans les contes.» Un disciple de la vie. Un troubadour aussi, car il aime changer de logement régulièrement, rencontrer des gens, déambuler dans la ville comme dans la vie, autant de sources d'inspiration à ses écrits. Loc Nguyen a toujours un calepin dans sa poche ou l'enregistreur de son téléphone à portée de voix pour jouer avec la langue. La belle au bois dormant devient alors «La belle qui boit, dort, et ment». Les Mille et une nuits qui passent deviennent «Mille et une passes qui nuisent». «J'aime aussi mastiquer les syllabes jusqu'à ce que le jeu de mots se révèle. Je change le conte pour qu'il raconte la vie, le quotidien, la société», révèle Honorable scarabée.
C'est à l'adolescence en entrant dans la troupe de théâtre de son école que Loc Nguyen se découvre une passion pour cet art. Après le gymnase, il se forme à l'Ecole de théâtre des Teintureries à Lausanne. A sa sortie, le jeune comédien joue peu, mais devient professeur de théâtre et slameur. En 2009, un stage auprès d'un griot burkinabé, Hassane Kouyaté, lui donne l'étincelle. «J'avais déjà participé à plusieurs soirées de slam comme spectateur, mais suite à son stage, j'ai eu cette idée de mêler la magie du conte et le rythme du slam», relève Loc Nguyen dont le nom si on lui rajoutait une apostrophe deviendrait africain. Clin d'œil à son côté griot peut-être, accentué par le symbole de son patronyme qui désigne, au Vietnam, un instrument de musique à cordes proche du luth. Son côté poète sûrement. Etranges signes du destin pour ce conteur des temps modernes.

Briser les murs
«Pour moi, le slam, c'est l'art de la parole», dit-il simplement. «C'est aussi l'amour de l'écriture qui relie tous les membres de la SLAAM (Société lausannoise des amatrices et amateurs de mots, ndlr). C'est une grande famille, mais très ouverte où chacun peut trouver sa place rapidement», ajoute-t-il.
Difficile de résumer ce vaste mouvement de libération de la parole, générateur de débats notamment entre ceux qui slament en musique et les puristes qui ne jouent que de leur voix. Dans tous les cas, le slam est un lieu de rencontre et d'échanges interculturels et intergénérationnels, qui se déclame seul ou à plusieurs, parfois dans le cadre de tournois dont les règles offrent un cadre démocratique pour pouvoir s'exprimer: 3 minutes maximum par poème, pas de musique, pas de costume, pas de décors, pas d'accessoire. Brut, humble, simple. Sauvage, le slam aime s'évader des théâtres, pour investir la rue, les bars, les écoles... «Pendant le festival, on va s'échapper momentanément du Théâtre 2.21 pour descendre en ville. Chacun slamera à sa façon. Il y aura celui qui, à la manière hip-hop, se mettra en évidence pour déclamer son texte, et celle qui ira s'asseoir à côté d'une personne sur un banc pour lui adresser son texte de manière intimiste», explique Loc Nguyen qui aime briser les murs, aussi dans le cadre d'ateliers. «Dans les écoles, ou les foyers, le slam permet de débloquer l'écriture. Dans la bulle slam, dont le rythme est cousin du rap, du hip-hop, les jeunes peuvent enfin mettre les mots à l'envers, s'exprimer comme ils le veulent. Les élèves en difficulté sont ainsi valorisés. Des barrières tombent.» Le slam va même jusqu'à être utilisé à des fins thérapeutiques. A ce sujet une table ronde aura lieu lors du festival: «Le slam pour guérir, mais guérir de quoi?» Tout un poème...


Aline Andrey


La 3e édition du Festival international de slam de Lausanne aura lieu au Théâtre 2.21 du 28 au 30 novembre. Le programme en détail sur: www.lausanneslam.ch.
Chaque premier mercredi du mois, le slam s'invite au Café théâtre Bourg (exception faite du 20 novembre prochain qui est un jeudi) à Lausanne.
Honorable Scarabée, avec son compère Pablito, seront en spectacle à la Maison de quartier de Chailly le 13 décembre à 20h. Un atelier d'écriture aura lieu de 14h à 17h. Infos et réservations: www.animation-chailly.ch

 

 

Edition n° 46/47 du 12 novembre 2014

 
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