Syndicalisme et solidarité sans frontières
Des syndicalistes indiens et chinois parlent de leurs luttes à leurs collègues en Suisse

Deux syndicalistes asiatiques ont fait des interventions très remarquées au 55e Congrès de l'Union syndicale suisse tenu récemment à Berne. Shalini Gera a dénoncé l'exploitation des travailleurs des cimenteries Holcim en Inde. Et Dongfang Han a montré que les luttes ouvrières en Chine prenaient une ampleur considérable, dopant désormais la progression d'un syndicalisme indépendant.

Terrible témoignage que celui de Shalini Gera, face aux 400 délégués du récent Congrès de l'Union syndicale suisse, à Berne. Cette avocate du syndicat indien PCSS (Pragatisheel Cement Shramik Sangh), accompagnée de deux collègues, a dénoncé l'exploitation dont sont victimes les travailleurs dans l'industrie du ciment, notamment dans la filiale du cimentier suisse Holcim à Jamul, en Inde. Les trois quarts des 1200 ouvriers de production de l'entreprise sont des temporaires engagés par des sociétés externes de travail intérimaire. Depuis plus de vingt ans, ces temporaires se battent pour obtenir des contrats fixes. Et pour cause, leurs salaires sont en général trois fois inférieurs à ceux de leurs collègues. «Ils vivent dans une extrême pauvreté et dans une précarité quotidienne. Ils sont entassés dans de misérables cabanes, sans commodités ni hygiène. Ils n'ont pas non plus d'assurances sociales», précise Shalini Gera. «Et lorsqu'ils font valoir leurs droits syndicaux pour demander un meilleur statut, ils sont licenciés séance tenante.» D'autre part, les membres des syndicats réclamant qu'on respecte leurs droits sont fréquemment la cible de fausses accusations et de tentatives de criminalisation de leur lutte. Exemple: six militants syndicaux ont récemment été condamnés à plusieurs mois de prison pour avoir exigé des contrats fixes pour les intérimaires mais aussi pour avoir exprimé leur solidarité active envers des paysans dépouillés de leur terre.
La firme ACC-Holcim a été condamnée en deuxième instance par les tribunaux indiens en mars 2011. Mais l'entreprise a fait recours. Début 2012, le syndicat des intérimaires a déposé une plainte contre Holcim en Suisse, auprès du Seco (Secrétariat d'Etat à l'économie), pour infraction aux règles de l'OCDE pour les entreprises multinationales. Une plainte à laquelle aucune réponse n'a encore été donnée.

Percée syndicale en Chine
A la tribune du congrès, Dongfang Han, syndicaliste et journaliste chinois a tenu à briser les clichés ordinairement appliqués à la Chine. «Non, le travailleur chinois n'est pas cet ouvrier servile, asservi et misérable qui vole votre travail.» L'orateur a souligné que le monde du travail chinois était en pleine mutation. Les luttes et les grèves massives pour les améliorations des salaires et des conditions de travail se multiplient. Et souvent avec succès. «Les travailleurs sont en marche. Ils ont beaucoup moins peur qu'avant. Ils n'hésitent plus à bousculer les autorités, à narguer la police. Bravant les interdits, des ouvrières et des ouvriers commencent à créer leurs propres syndicats et ceux-ci deviennent de plus en plus nombreux et forts. Ou alors, ils secouent le syndicat officiel inféodé au pouvoir. Ils le forcent à sortir de son immobilisme, à se plier à la volonté de la base, à défendre réellement le droit et les intérêts des travailleurs.»
A la clé de ce changement, Dongfang Han a évoqué le rôle de catalyseur joué par les réseaux sociaux dont l'un, voué au syndicalisme engagé, rassemble... 300 millions d'utilisateurs. Il a également parlé de l'influence du gouvernement dont l'appel à la relance de la consommation intérieure est utilisé par les travailleurs pour légitimer leurs luttes.
A noter que les syndicats représentés par Dongfang Han et par l'avocate indienne Shalini Gera sont soutenus par plusieurs fédérations membres de l'USS, ainsi que par Solidar Suisse - l'ancien Oseo - et le Solifonds.


Pierre Noverraz

 

 

Edition n° 46/47 du 12 novembre 2014

 
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