Trois ans sans hausse de salaire ça suffit
Les travailleurs du second oeuvre romand sont fâchés et demandent la reprise des négociations pour obtenir 150 fr d'augmentation

Ils n'ont pas touché d'augmentation salariale depuis 3 ans. Et exigent 150 francs pour tous. Avec leurs syndicats, les ouvriers du second œuvre romand refusent la proposition patronale de hausse de 20 centimes de l'heure, ou 35 francs par mois, complétée par une revalorisation à bien plaire. Ils demandent la reprise des négociations et l'ont fait savoir lors d'une action à Vevey il y a 10 jours, suivie par la remise d'une pétition aux patrons.

«On veut l'augmentation!» «150 francs? Oui!» Ce vendredi 14 novembre sur le coup de midi, à l'entrée d'un grand chantier derrière la gare de Vevey, une bonne centaine de travailleurs du second œuvre, actifs dans la région, ont crié leurs revendications et leur ras-le-bol, derrière un étendage symbolique de râpes et de presse-citrons, parsemés parmi leurs outils. Depuis 3 ans, voire plus pour certains, ils n'ont touché aucune hausse de salaire, alors que tout augmente. Et le travail aussi avec davantage de stress et une forte productivité. Avant de rentrer dans le parking, transformé pour l'occasion en salle à manger, les ouvriers, entourés de syndicalistes d'Unia et de Syna venus de plusieurs cantons romands, ont exigé que les patrons reprennent les négociations, interrompues en octobre après une offre qualifiée de «pure provocation» par Aldo Ferrari, membre du comité directeur d'Unia, lors du point presse tenu à cette occasion.
Lors de la dernière séance, les représentants patronaux de la Convention collective du second œuvre romand ont en effet campé sur leur proposition de n'accorder qu'une hausse de 20 centimes de l'heure, ou 35 francs par mois, plus une part identique à bien plaire. De leur côté, les ouvriers couverts par cette CCT, ils sont plus de 13000 sans compter les temporaires, exigent une augmentation de 150 francs. Cette hausse leur permettrait de compenser un tant soit peu la perte de leur pouvoir d'achat, due notamment à l'accroissement des primes maladie et des loyers, non pris en compte dans le calcul du renchérissement. 3500 d'entre eux, soit plus d'un quart, ont signé, en l'espace de quelques semaines, une pétition exigeant ces 150 francs pour tous. La pétition a été remise mercredi 19 novembre au siège de l'association patronale au Mont-sur-Lausanne.

«Insulte aux ouvriers»
«35 francs pour 3 ans, c'est une insulte aux ouvriers et à leur travail. Les patrons ont les moyens de payer. Nous refusons les augmentations individuelles, elles ne sont pas contrôlables. Dans le second œuvre, nous avons toujours négocié des hausses identiques pour tous. Et la base refuse d'entrer en matière sur des adaptations individuelles!» a relevé Aldo Ferrari.
«La construction et le second œuvre n'ont pas connu la crise ces dernières années, au contraire. L'économie suisse se porte plutôt bien, et le Seco prévoit une embellie. Les travailleurs y ont contribué, il est nécessaire d'en partager les fruits», a ajouté Tibor Menyhárt, secrétaire central de Syna. Il a aussi rappelé que lors de la campagne sur le salaire minimum, les employeurs l'ont combattue avec fermeté, prétendant que la question salariale était du rôle des partenaires sociaux. «Nous demandons que le partenariat social soit mis en œuvre et que les patrons reviennent à la table des négociations pour discuter d'une hausse acceptable pour toutes les parties.»

Autocollants
Il y a un mois, le 23 octobre, quelque 120 travailleurs du second œuvre s'étaient déjà mobilisés à Bulle pour dénoncer l'offre patronale et l'attitude des employeurs de la plâtrerie-peinture, les plus réticents à revaloriser les salaires, indiquaient alors les syndicats. A Vevey, Unia et Syna ont présenté un autocollant sur lequel est inscrit, sur une couche de peinture, allusion aux patrons réfractaires: «3 ans sans augmentation ça suffit!» Ils souhaitent que les travailleurs l'arborent afin que les patrons leur expliquent directement pourquoi ils refusent une hausse pourtant légitime. En espérant que cela conduise les patrons à reprendre les pourparlers. 


Sylviane Herranz



Témoignages

Rui, peintre, 49 ans
«Ce qu'il nous faut, c'est même plus que 150 francs! Moi, ça fait au moins 5 ans que je n'ai pas été augmenté. J'ai 20 ans d'expérience et touche 5200 francs brut par mois. Je dois payer la pension de mes deux enfants. Mais les patrons font comme ils veulent, et nous, au travail, ça pousse. Ça fait 32 ans que je suis en Suisse, et je n'ai jamais demandé un centime d'augmentation. C'est le patron qui devrait le faire de lui-même, il voit bien que les gens le méritent! Nous avons aussi de plus en plus de frais à notre charge. Par exemple, je ne touche rien pour venir de Lausanne, siège de mon entreprise, jusqu'à Vevey, alors qu'une partie doit être prise en charge par l'employeur.»

Tiago, plâtrier-peintre, 24 ans
«Je touche 30 francs de l'heure. Je n'ai pas de salaire mensuel, ce n'est qu'à partir de 10 ans dans l'entreprise qu'ils mensualisent. Quand on demande une augmentation, on nous répond que si on n'est pas content, il faut changer de boîte! Ce qu'on revendique est normal par rapport au coût de la vie. Et nous avons déjà 1000 francs de déduction par mois. Autre chose, je ne supporte pas qu'on nous dise qu'il faut savoir se vendre. Nous sommes des travailleurs, des êtres humains!»

Michel, installateur sanitaire, 45 ans
«Ce n'est pas normal que dans le second œuvre, il n'y ait pas eu de hausse depuis 3 ou 4 ans. Moi, j'appartiens à la convention FAC chauffage, et chaque année nous avons quelque chose. Depuis 2010, nous avons obtenu environ 200 francs. Et une amélioration des vacances! Ce n'est pas correct que dans ces métiers assez durs - sans négliger le nôtre - rien ne soit donné. Du boulot il y en a, la conjoncture est bonne, les gars du second œuvre se donnent au travail et tout augmente. L'assurance maladie ne nous demande pas si on a reçu une augmentation de salaire ou pas! Je suis marié, j'ai deux enfants, et suis seul à travailler. Mon budget d'assurance maladie est de 1000 francs...»

Propos recueillis par SH

 

Edition n° 48 du 26 novembre 2014

 
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