Un succès sur toute la ligne
Unia fête ses 10 ans d'existence. Retour sur les visées et principaux événements qui ont marqué la vie du syndicat

Unia souffle ce mois-ci ses dix bougies. Pour marquer cet anniversaire, le syndicat publie un livre retraçant les événements clefs de son histoire et organise, pour les militants, une grande fête le 6 décembre à Berne. Ainsi que différentes rencontres régionales tout au long de l'année prochaine. Une occasion aussi de tirer un bilan sur les dix ans d'existence du plus grand syndicat interprofessionnel de Suisse comptant près de 200000 membres dont une moitié d'origine étrangère. Entretien avec Vania Alleva et Renzo Ambrosetti, coprésidents d'Unia, et retour en images sur quelques temps forts de l'organisation.

Avec près de 200000 membres âgés en moyenne de 30 à 50 ans - dont la moitié d'origine étrangère représentant 150 nationalités -, Unia est le plus grand syndicat interprofessionnel de Suisse. Organisant les salariés dans une centaine de branches de l'économie privée - dans les secteurs de la construction, du tertiaire, des arts et métiers et de l'industrie -, ce syndicat a été créé il y a dix ans. Et s'occupe aujourd'hui de 270 conventions collectives de travail couvrant 1,4 million de personnes. Fort de plus de 100 secrétariats disséminés dans l'ensemble du pays, Unia emploie environ 1000 collaborateurs, dont un tiers à la Caisse de chômage, et gère un budget annuel de 140 millions de francs. Vania Alleva et Renzo Ambrosetti, coprésidents du syndicat reviennent sur la création d'Unia et ses dix premières années d'existence tout en relevant les nouveaux défis qui l'attendent. Interview.

Quels ont été les protagonistes qui ont présidé à la création d'Unia et leurs motivations?
Renzo Ambrosetti: Unia a été créé par les syndicats qui l'ont précédé, par la FTMH, le SIB, la FCTA, la petite Unia et l'ACG. L'objectif était avant tout stratégique: nous voulions devenir plus forts sur les lieux de travail et dans les conventions collectives de travail (CCT) et conquérir le secteur des services, alors proche du désert syndical. Un but majeur, cet important pan de l'économie n'ayant cessé de croître au cours de ces quarante dernières années, employant un grand nombre de femmes, et souvent marqué par des conditions de travail précaires.

Les risques liés à une telle fusion - perte de membres, bureaucratie, cultures différentes - ont-ils pu être évités?
RA: Oui. La création d'Unia est un succès sur toute la ligne. Il est vrai, au début, qu'on a assisté à un recul des adhésions mais de courte durée. Nous avons ensuite recruté davantage de personnes, surtout dans le secteur tertiaire qui aujourd'hui compte plus de 50000 membres, soit le double de 2004. Les cultures différentes ont été un atout. La nouvelle identité et la marque Unia se sont étonnamment vite instituées. Les militants ont apporté des éléments positifs de leur histoire. Les divisions ont pu ainsi être évitées. Nous avons aussi, avec Unia, garanti une large présence sur le terrain, concrétisée par une centaine de secrétariats disséminés dans tout le pays, et avons professionnalisé notre façon de travailler.

Après dix ans d'existence, quel bilan Unia peut-il tirer? Quelles sont ses forces et faiblesses?
Vania Alleva: La réunification des forces dans les secteurs traditionnels a permis d'enregistrer plusieurs progrès. Dans les arts et métiers, la présence syndicale et la mise en œuvre des CCT ont été renforcées. Dans la construction, nous avons été capables de tenir la confrontation au niveau d'une branche entière lors des conflits qui ont eu lieu pendant les négociations pour la Convention nationale en 2007 et 2011. Dans l'industrie, nous sommes plusieurs fois parvenus à générer des mobilisations impressionnantes contre des licenciements collectifs. La construction syndicale dans le secteur tertiaire va, quant à elle, de l'avant. Mais face au fait qu'en Suisse 70% des salariés travaillent dans ce secteur, nous devons encore continuer à nous y investir et grandir, parvenir à intéresser davantage de femmes. Notre force provient du fait que nous sommes un syndicat proche des travailleurs et attentif à leurs attentes. Il est aussi nécessaire que nous améliorions le réseau des militants - quelque 10000 actifs aujourd'hui. Un objectif en bonne voie mais qui reste un grand défi.

Comment comptez-vous procéder à ce sujet?
VA: Nous devons en premier lieu continuer à travailler à la présence et l'enracinement d'Unia sur les lieux de travail, à améliorer la protection des militants et les impliquer davantage dans les campagnes et thématiques que nous abordons, en étant proches de leurs préoccupations.

Quels progrès notables a amené Unia dans le secteur conventionnel?
RA: Le syndicat est notamment signataire d'une importante CCT dans la branche des temporaires, couvrant quelque 300000 travailleurs. Une avancée majeure pour cadrer cette forme de travail précaire. Nous avons aussi amélioré les salaires minimums dans les branches conventionnées, en particulier dans l'hôtellerie-restauration, et introduit un salaire minimum dans l'industrie des machines, inexistant depuis 75 ans!

Quelle est votre plus grande victoire sur le terrain politique?
RA: La campagne référendaire menée contre le vol des rentes, en d'autres termes contre la baisse du taux de conversion dans le deuxième pilier. Unia a été le moteur de ce référendum. Le syndicat a aussi remporté plusieurs victoires à des niveaux cantonaux contre l'extension des horaires d'ouverture des magasins.

Est-ce vraiment le rôle d'Unia de s'engager dans ce type de campagnes?
VA: Notre mission première s'exerce sur les lieux de travail et auprès des salariés. Dans l'établissement et l'amélioration de CCT. Mais parallèlement, plusieurs thématiques, décidées au niveau politique, nécessitent notre implication, qu'il s'agisse de questions liées aux assurances sociales, au renforcement des mesures d'accompagnement dans le cadre de la libre circulation, à la loi sur le travail, au statut des salariés... Nous devons nous engager sur les deux terrains.

Le syndicat peut-il compter sur des alliés? Qui sont-ils?
VA: Nos partenaires se regroupent autour de toutes les forces sociales existantes, ONG et autres associations féminines, de migrants... qui se battent pour davantage d'équité et de justice sociale. Les partis politiques progressistes, soit la gauche en général, sont aussi nos alliés.

Quels sont aujourd'hui les principaux défis que doit relever Unia?
VA: L'acceptation, le 9 février dernier, de l'initiative dite contre l'immigration de masse nous montre qu'il est indispensable de protéger davantage les conditions de travail. Il faut mieux nous armer contre le dumping salarial et les licenciements. Nous devons aussi continuer à mener une lutte déterminée contre toute forme de permis précaire et discriminatoire et maintenir avec l'Union européenne des relations réglementées. On se trouve à un carrefour où nous devons nous engager clairement sur deux voies: améliorer les conditions à l'interne et, parallèlement, renforcer notre collaboration avec les forces progressistes pour une Europe sociale.

Entre 2004 et 2013, Unia a été impliqué dans 110 conflits de travail entre grèves, pauses de protestation, actions diverses... Le syndicat n'est-il pas trop prompt à l'offensive? Qu'en est-il du sacro-saint principe de la paix du travail?
RA: Il est important d'être capable, si nécessaire, d'entrer en conflit pour être pris au sérieux. La situation au niveau du patronat a évolué. Sa position s'est durcie. On est aujourd'hui confronté à des employeurs qui ne mettent plus le partenariat social au cœur des priorités. Il est de plus en plus difficile de garantir de bonnes conditions de travail en recourant uniquement au dialogue social. Raisons pour lesquelles les luttes peuvent s'avérer nécessaires. La grève reste toutefois la dernière carte à jouer. Nous sommes toujours pour la voix conventionnelle, mais il faut respect et bonne foi.

Que fait Unia au niveau international?
RA: Le syndicat est présent dans différentes instances syndicales internationales et de branche. Nous nous impliquons notamment beaucoup dans la nécessité d'établir des salaires minimums. Et travaillons avec nos partenaires pour garantir, dans l'Union européenne, le principe non discriminatoire qui veut qu'à travail égal, on touche un salaire égal.

Dans une société toujours plus individualisée, la notion de solidarité a-t-elle encore un avenir?
VA: Elle doit avoir un avenir. Aussi est-il important de la vivre par des expériences d'engagement collectif. C'est la seule manière de la faire grandir. Mais il est vrai qu'aujourd'hui il est plus difficile de rassembler les personnes. L'individualisme ambiant laisse croire qu'on peut se passer de solidarité alors même qu'au travail, dans notre quotidien, on est confronté à des pressions énormes qu'on peut - véritablement - seulement gérer ensemble. La solidarité est nécessaire pour conquérir la dignité.

Comment voyez-vous Unia dans dix ans?
VA: J'imagine le syndicat encore davantage enraciné dans le monde du travail. Je le vois combatif, avec une présence accrue de femmes.

Une vision pour le moins optimiste...
VA: On a en besoin pour avancer dans ce sens. Et c'est la direction choisie...


Propos recueillis par Sonya Mermoud



Morceau d'histoire
La création d'Unia, le développement des conventions collectives de travail, les principales actions et grèves menées, les campagnes politiques, les réseaux de militants... Pour célébrer son dixième anniversaire, Unia publie en français, allemand et italien un livre intitulé «Une nouvelle dynamique syndicale. Dix ans d'Unia». Cet ouvrage signé par différents protagonistes syndicaux relate la création d'Unia et les principaux événements qui ont marqué sa première décennie d'existence. Comptant 143 pages, la publication, illustrée de photos et graphiques, peut être commandée sur le site Unia-Webshop: www.unia-shop.ch au prix préférentiel de 25 francs (frais postaux inclus) pour les membres d'Unia et les lecteurs de L'Evénement syndical.

 

 

 

Edition n° 49 du 3 décembre 2014

 
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