La convention revêt une importance fondamentale
Mauro Moretto s'exprime sur la Convention collective nationale de travail dans l'hôtellerie-restauration

La Convention collective nationale de travail (CCNT) pour l'hôtellerie-restauration souffle ses quarante bougies. Conclu aujourd'hui avec 27000 entreprises, concernant 200000 salariés, cet accord garantit une couverture sociale solide. Des acquis qui n'ont pas été de soi. Entretien avec Mauro Moretto, responsable suppléant du secteur tertiaire à Unia et responsable national du secteur de l'hôtellerie-restauration.

La Convention collective nationale de travail (CCNT) dans l'hôtellerie-restauration a vu le jour en 1974 alors que la Suisse subit les effets du choc pétrolier de 1973. Au cours des décennies qui suivirent, le secteur et l'accord qui le régit ont connu des destinées variables, soumis aux impacts de l'actualité, avec notamment, en 2008, la crise financière mondiale ou encore le franc fort, mettant régulièrement le partenariat social à l'épreuve. Aujourd'hui, la CCNT offre une protection à 200000 salariés. Elle a été conclue entre les associations des travailleurs - Unia, Hotel & Gastro Union et Syna - et celles des patrons, GastroSuisse, Hotelleriesuisse et SCA Swiss Catering Association. Responsable suppléant du secteur tertiaire à Unia, Mauro Moretto revient sur les améliorations amenées par cette convention et celles qui doivent encore être apportées.


QUESTIONS/REPONSES

Quel a été l'apport de la conclusion de la CCNT dans l'hôtellerie-restauration?
La CCNT a apporté mille choses, offrant un cadre à un secteur précaire et garantissant une couverture quasi totale dans la branche. Avant la conclusion de cet accord, seuls le Code des obligations et la Loi sur le travail régissaient le domaine, bien moins généreux. Pour illustrer ces propos prenons les années 1996 à 1998, durant lesquelles on a assisté à un vide conventionnel entraînant des conséquences négatives en chaîne: résiliation de contrats de travail, baisse des salaires - à l'époque, le salaire minimum s'élevait à quelque 2300 francs -, augmentation des horaires hebdomadaires de travail de 42 ou 45 heures à 50 heures. Le 13e salaire, qui n'était déjà pas la norme, a disparu comme l'assurance automatique de perte de gain. Sans oublier aussi alors la fin des contrôles. Autant dire que la CCNT établit des garde-fous et revêt une importance fondamentale.

Quand sera renouvelée la CCNT et quelles améliorations doivent encore figurer dans cet accord?
La CCNT actuelle est entrée en vigueur en 2010. Les quatre premières années succédant sa conclusion, elle ne peut être résiliée. Nous avons prolongé ce délai de deux ans. Théoriquement elle peut donc être dénoncée au 1er janvier 2016. Une situation qui serait catastrophique pour le secteur... Dès aujourd'hui, nous œuvrons à son renouvellement et négocions différentes améliorations. Parmi celles-ci, le renforcement des contrôles pour l'application de la CCNT et du dispositif d'exécution. Autre objectif prioritaire: les salaires. Actuellement, le salaire minimum s'élève à 3407 francs, versé 13 fois. A noter à ce chapitre qu'en 2012, nous avons trouvé un accord pour que le 13e soit versé à tout le personnel dès le 1er jour de travail. Nous désirons par ailleurs renforcer la formation. Depuis 2010, il est possible de bénéficier de nombreuses formations subventionnées par un fonds de la convention mais peu de personnes en profitent. Nous allons travailler dans ce sens avec le but de doubler le nombre de personnes y accédant, soit de 1000 à 2000.

Avec ses quarante ans d'existence, la convention est-elle considérée comme encore jeune ou déjà âgée?
Il faut d'abord noter qu'il ne s'agit plus du même accord que celui signé en 1974. Il a souvent été renouvelé et l'est encore aujourd'hui. Jeune ou âgée: la réponse est double. D'un côté, ces quatre décennies lui donnent un certain ancrage historique. D'un autre, au regard de l'importante rotation du personnel et des patrons dans le secteur, il revêt un caractère plutôt jeune. Notamment dans le sens qu'il faut constamment informer les membres et les sensibiliser à son importance. La CCNT, rappelons-le, est bonne pour tous.

Un travail de sensibilisation proactif?
Oui. Dès l'an prochain, nous allons mener une nouvelle campagne soulignant les acquis sociaux garantis par la convention. Un accord qui n'est pas tombé du ciel et qui nécessite le soutien du plus grand nombre d'employés. En étant aussi, par exemple, membres d'Unia...


Propos recueillis par Sonya Mermoud

 

 

Edition n° 50 du 10 décembre 2014

 
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