Menuiserie fondée sur une économie solidaire
Assobois à Delémont emploie exclusivement des personnes de plus de 50 ans au chômage ou en fin de droit

Fondée par une association regroupant des chômeurs de plus de 50 ans et par l'ex-député Vert Emmanuel Martinoli, la menuiserie Assobois à Delémont a pris le pari de l'économie sociale et solidaire. Elle fabrique et vend des produits de grande qualité réalisés avec du bois de la région. En se fondant sur les compétences de professionnels qui se trouvaient sans travail.

Située dans la zone industrielle de Delémont, Assobois Jura Sàrl ressemble à une menuiserie comme les autres, avec son atelier, son bureau, son dépôt. Et pourtant, cette entreprise se distingue par son fonctionnement particulier axé sur une économie solidaire. Au nombre de six, ses employés et son directeur opérationnel sont tous des personnes de plus de 50 ans ayant perdu leur emploi ou bénéficiant de mesures de réinsertion, ce qui correspond à la règle fixée par l'entreprise en matière d'embauche.

Bois indigène
Assobois a été fondée il y a un peu plus d'une année par deux acteurs, d'une part l'Association des 50 ans et plus regroupant des chômeurs et des personnes en fin de droit, et de l'autre, le médecin delémontain Emmanuel Martinoli, ex-parlementaire Vert, connu pour son engagement dans les luttes pour les causes sociales et environnementales. Les deux parties ont chacune versé la moitié des 20000 francs du capital social de la Sàrl.
Outre l'exigence d'embaucher du personnel de plus de 50 ans en quête d'emploi, Assobois s'est fixé d'autres règles, comme celles de limiter à presque rien les écarts des salaires, d'offrir des emplois stables avec contrat à durée indéterminée et de valoriser les compétences ainsi que la formation continue.
Côté production, l'entreprise privilégie l'utilisation du bois de la région. Elle a opté pour des produits de niche, des travaux sur mesure, des séries limitées. Elle fabrique principalement des caisses pour le transport de machines, d'outils et de pièces mécaniques. «Ce sont des emballages individualisés qui nécessitent que nous nous adaptions aux exigences de chaque commande. Et justement, nous avons suffisamment de souplesse et de compétence pour le faire. Nous avons aussi obtenu la certification CH-90525 qui nous permet d'exporter ces caisses outre-mer en toute conformité», se félicite Henri Montavon, directeur opérationnel. Ce Jurassien travaillait dans la vente, aux CFF, 32 ans durant. Il a été victime d'une grave maladie, de burnout au travail et d'une longue hospitalisation. «J'ai été deux ans au chômage. J'ai fait au moins 400 postulations sans suite. Partout les portes se refermaient. J'étais trop cher, trop vieux, trop qualifié.»

Autogestion au quotidien
Outre les caisses d'emballage, la petite menuiserie produit des ruches haut de gamme, des nichoirs, des puzzles, des jouets, du mobilier pour école maternelle. «Nous avons également créé des légumières qui connaissent un beau succès», note Henri Montavon. Au moment où L'Evénement syndical visitait les lieux, les ouvriers construisaient la cabane principale du marché de Noël de Saint-Ursanne. «Nous nous adaptons à toutes les demandes des clients», précise l'ébéniste Gérard Kipfer, 54 ans, heureux de pouvoir à nouveau faire valoir ses compétences tout comme son collègue Denis Jubin, 52 ans. «J'avais perdu mon emploi fixe et j'ai enchaîné les emplois intérimaires. Cela devenait intenable. Je suis vraiment content d'être ici.» Le directeur aide ses deux collègues à transporter les grands panneaux de la cabane. «Ici on s'entraide et les décisions se prennent en commun. Les ouvriers me font partager leur savoir-faire professionnel et moi je partage avec eux mon expérience de la gestion et de la vente.»
L'entreprise n'est pas subventionnée. Pour l'instant, même si son carnet de commandes commence à s'étoffer, elle n'a toutefois pas encore atteint la rentabilité. C'est pourquoi elle lance un appel aux clients et aux donateurs prêts à la soutenir.


Pierre Noverraz

Plus d'informations: http://assobois-jura.jimdo.com

 

Edition n° 50 du 10 décembre 2014

 
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