Des améliorations nécessaires dans la vente
Enquête menée dans le commerce de détail. Unia estime nécessaire d'améliorer les conditions de travail

Unia a mandaté une étude pour évaluer les conditions de travail dans certaines des plus grandes entreprises du commerce de détail. Si des progrès ont été réalisés, il reste encore beaucoup à faire en la matière. Notamment au niveau des salaires et de la mise en œuvre de facilités propres à favoriser la conciliation entre vie professionnelle et familiale. Le syndicat a établi une liste de mesures prioritaires à prendre tout en réclamant la conclusion de conventions collectives de travail dans la branche.

Quelles sont les conditions de travail actuelles dans la vente? Quelles améliorations doivent être apportées? Pour répondre de manière pointue à ces questions, Unia a mandaté une étude auprès de grandes enseignes du commerce de détail. Cet exercice fait office de suivi, une analyse similaire ayant déjà été effectuée en 2007. «Nous avons contacté 15 entreprises. 6 ont répondu favorablement à la demande», précise Natalie Imboden, responsable du commerce de détail à Unia. L'enquête consistait à comparer, sur la base d'indicateurs objectivement mesurables, les conditions de travail des sociétés participantes - à savoir Coop, Aldi, Lidl, H&M, Volg et une chaîne de chaussures qui a souhaité rester anonyme - concernant au total quelque 70000 employés. Huit points principaux ont été abordés: les salaires, les horaires de travail, la conciliation entre vie professionnelle et familiale, la formation, l'égalité des chances, les assurances sociales, le partenariat social et la santé et la sécurité au travail.

Vie professionnelle et familiale problématique
«Les conclusions? On remarque que les conditions de travail varient passablement d'une entreprise à l'autre. Il y a d'importantes divergences. Coop se révèle néanmoins le meilleur élève suivi de Lidl, Aldi et Vog. Le commerce de chaussures ferme la marche, précédé de H&M», poursuit la syndicaliste. Non sans relever que le géant orange - reconnu pour ses bonnes prestations sociales - est signataire d'une Convention collective de tavail (CCT), garante de meilleures conditions de travail. Un point notable, le critère du «partenariat social» étant le plus mal noté dans l'analyse - seul Lidl a aussi conclu un accord avec un syndicat - reflétant bien la situation dans la branche où les CCT sont l'exception.
Parmi les autres faiblesses constatées dans toutes enseignes parties prenantes de l'enquête: le manque de mesures propres à favoriser une meilleure conciliation entre vie professionnelle et privée. Comme le soutien à la prise en charge des enfants, des horaires de travail respectueux de la vie familiale et planifiables ainsi que de bonnes prestations de congé de maternité et paternité.

Majorer les salaires
Autre domaine à améliorer de manière générale, celui des salaires, en particulier pour la main-d'œuvre qualifiée, et les activités de formation et de perfectionnement. «Il est indispensable d'augmenter les rémunérations dans le commerce de détail, la plus grande branche à bas salaires. D'abord parce que les gains de productivité n'ont pas, jusqu'ici, été suffisamment répercutés. Ensuite parce qu'il faut pallier le risque bien réel de pénurie de spécialistes», souligne Natalie Imboden. Et de relever que ce secteur reste celui qui compte le plus grand nombre de bas salaires. «Sur les 320 000 personnes qu'il emploie, 50000 perçoivent toujours moins de 4000 francs mensuels x 12.» A noter que si Lidl se distingue par des rémunérations relativement plus élevées que le reste de l'échantillon analysé, l'enseigne n'emploie en revanche quasi que des collaborateurs à temps partiel. Unia insiste ainsi sur la nécessité de valoriser aussi financièrement la formation et d'encourager le perfectionnement. Comme il revendique l'égalité salariale effective entre hommes et femmes. Une exigence d'autant plus urgente que le commerce de détail est un des principaux employeurs des femmes et que l'écart avec leurs homonymes masculins s'élève à 944 francs! «L'heure est donc venue de réaliser le principe "un salaire égal pour un travail de valeur égale" qui figure depuis 33 ans dans la Constitution. Il s'agit de relever les salaires féminins et de remanier en conséquence les systèmes salariaux», déclare Natalie Imboden. Une hausse des salaires qui ne semble pas excessive, sachant que dans le commerce de détail, les dépenses totales de personnel représentent 17,1% seulement du chiffre d'affaires (2012).

Pour une CCT de branche
Enfin, au regard des résultats de l'analyse, le syndicat réclame une halte à l'extension des heures d'ouverture des magasins et à l'augmentation du travail du soir et du dimanche. «Ces dernières années, le travail du soir et du dimanche a massivement augmenté. Or, la grande majorité des employés n'ont aucune envie de travailler à de tels moments», affirme la syndicaliste alors que dans le commerce de détail on compte déjà six jours de labeur sur sept. «Il faut absolument limiter les nocturnes... freiner l'élargissement des horaires.»
Dans tous les cas, pour Natalie Imboden, l'amélioration générale des conditions de travail passe, à terme, par la conclusion d'une CCT pour toute la branche. Dans l'intervalle, les employeurs sont invités à rechercher, avec les syndicats, des solutions pour améliorer la situation du personnel et l'image de la branche. Une priorité sachant qu'aujourd'hui déjà, 13% des entreprises du secteur signalent avoir de la peine à trouver des spécialistes. «Soit un taux supérieur à la moyenne des professions des services. Or, dans le commerce de détail, branche orientée clients et où la qualité est cruciale, le succès dépend directement des collaborateurs.»


Sonya Mermoud

 

 

Edition n° 51/52 du 17 décembre 2014

 
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