Dans les boulangeries Rivera on peine à toucher son gagne-pain
Pour obtenir les versements de salaires impayés Unia et SIT ont fait le siège de boulangeries genevoises

Exploitant trois boulangeries dans la campagne genevoise, la société Rivera a pris l'habitude de payer certains de ses employés avec des retards de plusieurs mois. Les syndicats Unia et SIT sont intervenus jeudi dernier. Avec un premier succès à la clé.

Jeudi 8 janvier, des permanents d'Unia et du SIT (Syndicat interprofessionnel des travailleurs) se sont levés tôt pour se rendre dans la campagne genevoise faire le siège des boulangeries Rivera. Cette petite entreprise familiale d'une quinzaine d'employés exploite trois établissements, à Jussy, où se trouve le four à pain, ainsi qu'à Corsier et Meinier.
A Jussy, pendant que des secrétaires syndicaux distribuent des tracts aux clients et passants, Sylvain Tarrit du SIT empoigne un mégaphone: «Plusieurs employés de vos boulangeries attendent le paiement de leurs salaires depuis plusieurs mois! Ce n'est pas normal Monsieur Rivera!» Sont aussi présents à l'action des employés et des ex-salariés qui témoignent: «J'ai commencé à travailler l'été dernier à l'essai et, après deux mois, le patron m'a dit que mon CFC de boulanger n'avait aucune valeur, que mon travail ne méritait pas ce prix-là. Il m'a proposé de m'engager en tant qu'aide-boulanger avec 1000 francs en moins par mois. Je n'ai pas accepté et il m'a jeté dehors», raconte Yann. «Je suis allé voir le syndicat SIT qui a découvert que le supplément de nuit ne m'avait pas été réglé.» Un dossier a été depuis déposé aux Prud'hommes. «C'est le pire patron que je n'aie jamais vu», lâche le jeune boulanger. «C'est un Monsieur sans scrupules qui embauche de jeunes femmes qui ont des enfants, qui sont en difficulté et qui ne peuvent pas changer de travail. Tous les mois, on lui réclame notre paie», confie Stéphanie. «Je ne suis pas payée depuis le mois de septembre. J'ai une petite fille et c'est très difficile, il faut se nourrir, mettre de l'essence dans la voiture et je suis menacée d'être expulsée de mon appartement», se plaint la jeune mère de famille.
«Rivera engage surtout des frontaliers qui sont plus manipulables. Pendant deux ou trois mois, ces travailleurs perçoivent normalement leurs rémunérations, mais ils ne sont ensuite payés qu'irrégulièrement. Ils ne peuvent plus assumer leurs factures et finissent par jeter l'éponge en quittant l'entreprise. Cela fait des années que cela dure», explique Artur Bienko, secrétaire syndical d'Unia. «Le paiement des salaires se fait un peu à la tête du client», confirme Natacha*, employée depuis trois ans. «Nous subissons des intimidations et certaines de mes collègues n'osent plus réclamer leur rétribution. Aujourd'hui, je n'ai toujours pas reçu celle de décembre, mais je n'ai pas envie de partir, j'aime mon métier.»

«On va serrer les Rivera de près»
«Je n'ai absolument pas d'argent», se justifie Celso Rivera, cogérant de l'entreprise avec son père Emilio. Outre de visibles problèmes de gestion, le chiffre d'affaires de la société serait insuffisant pour assurer l'exploitation des trois enseignes, d'où le recours à des expédients dont les travailleurs font les frais: rémunérations ne respectant pas la convention collective, versées irrégulièrement, voire pas du tout. Et le serpent se mord la queue: Rivera ne s'étant pas acquitté des primes, l'assurance perte de gain n'a pas couvert les salaires des employés en arrêt maladie. «Je viens de verser les primes, ils vont bientôt toucher leur traitement», assure Celso Rivera. Pour le reste, le jeune patron «espère trouver de l'argent» et compte restructurer sa société.
En fin de matinée, après des discussions sur les situations de sept employés, les secrétaires syndicaux ont accepté de lever le siège. Celso Rivera a d'ores et déjà signé deux reconnaissances de dettes, dont une de 35000 francs pour une des salariées lésées, et a pris des engagements sur un calendrier des versements. Un accord a aussi été trouvé sur la compensation du travail de nuit. «Maintenant que les Rivera sont dans le collimateur des syndicats, ils vont faire attention», présume Sylvain Tarrit. «Quoi qu'il en soit, on va les serrer de près.»

Jérôme Béguin

 

Edition n° 1/2/3 du 14 janvier 2015

 
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