Volailles Importation envisageait de plumer ses employés frontaliers
Une société a annoncé à ses employés vivant en France qu'elle pourrait baisser leur salaire en raison du franc fort

Employant environ 80 personnes, dont une grande majorité de frontaliers, les Etablissements Fournier - Volailles Importation conditionnent des poulets fermiers suisses vendus dans des grandes surfaces genevoises. Le lendemain de l'abandon du cours plancher entre le franc suisse et l'euro, la direction a annoncé à ses employés frontaliers qu'elle se réservait le droit de baisser leur salaire. Face à la dénonciation de cette affaire par Unia, la direction a dit s'être ravisée.

Les travailleurs frontaliers des Etablissements Fournier - Volailles Importation n'ont eu qu'une journée pour se réjouir de l'augmentation de leur pouvoir d'achat en France. Le 16 janvier, au lendemain de l'annonce de l'abandon du cours plancher entre le franc et l'euro, ces employés ont reçu une circulaire de la direction leur annonçant qu'elle se «réserve le droit de diminuer les salaires au prorata de la différence entre le taux plancher et le nouveau taux». «Nos produits suisses vont se retrouver face à des produits importés devenant subitement moins chers, donc plus attractifs. Le tourisme d'achat transfrontalier va encore se développer», se justifiait l'entreprise de Perly-Certoux qui, malgré sa raison sociale, conditionne des poulets fermiers suisses. «Nous allons subir une énorme pression de nos clients suisses pour baisser les prix», craint la société. «Votre pouvoir d'achat comme frontalier s'est accru massivement sans aucune contre-prestation.» Un dernier argument qui ne vole pas très haut.
«Je ne suis pas convaincu par ce raisonnement», déclare Ibrahim Diallo, secrétaire syndical d'Unia Genève après que le syndicat ait dénoncé ce cas dans un communiqué la semaine dernière. «Les produits de cette entreprise bénéficient du label Genève Région - Terre Avenir (GRTA) et ne sont pas concurrencés par le tourisme d'achat. Les Genevois sont attachés aux produits locaux et préfèrent consommer de la viande suisse. Dans l'industrie, le franc fort peut certes mettre des boîtes en difficulté, mais dans ce secteur-là, dont toute l'activité est en Suisse, cela m'étonne. J'ai le sentiment que l'objectif pourrait être d'augmenter les bénéfices», indique le permanent syndical, qui rappelle aussi que dans ce domaine, les salaires sont déjà très bas.
«Nous allons organiser le personnel, qui est en grande majorité composé de travailleurs frontaliers», dit-il. Une assemblée du personnel appelée par Unia devait se tenir hier, mardi, alors que ce journal était déjà sous presse, pour discuter des mesures à prendre afin de s'opposer à une éventuelle baisse des salaires. «Cette solution n'est de toute façon pas légale», ajoute Ibrahim Diallo.

Discriminatoire et illégal
En effet, réduire le salaire des seuls travailleurs frontaliers est discriminatoire et contraire à l'accord sur la libre circulation avec l'Union européenne. De plus, reporter le risque économique résultant de la variation du taux de change sur les salariés n'est pas non plus conforme à la loi. Les tribunaux de Bâle-Campagne l'avaient souligné en 2012 lorsque l'entreprise Stöcklin Logistik avait baissé de 6% le salaire de ses employés vivant en France voisine.
«C'est le premier cas de ce type dans le canton depuis l'annonce de la fin du cours plancher et ça ne sera certainement pas le dernier. Il faut se mobiliser et par une action franche et claire faire passer le message aux patrons que nous n'accepterons pas les baisses de salaire d'une partie des travailleurs», conclut Ibrahim Diallo.
Après l'écho médiatique rencontré par cette affaire, le directeur de l'entreprise Fournier - Volailles Importation semble se raviser. Selon le journal Le Temps du 24 janvier, à qui l'employeur s'est adressé par courriel, le directeur dit n'avoir fait que dessiner des pistes pour assurer la survie de son entreprise, tout en se rendant compte «qu'aucune de ces solutions n'est bonne car elles nuiraient à notre réputation et créeraient un climat très nocif au sein du personnel». Et d'en appeler à une réponse globale, politique et pragmatique. A suivre... 


Jérôme Béguin

 

 

Edition n° 5 du 28 janvier 2015

 
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