Le scénariste c'est la vie
Le réalisateur valaisan Gaël Métroz voyage porté par sa passion du cinéma et le vent

Rencontrer Gaël Métroz, ce nomade des temps modernes, dans un buffet de gare tombe sous le sens. Une petite escale entre Liddes, son village et point de chute valaisan, et Madrid où il part en repérage avec sa future épouse, une scénariste espagnole qu'il a rencontrée en Inde, une semaine seulement après avoir quitté son compagnon de route le sâdhu Suraj Baba. Ça ne s'invente pas.
Son épopée indienne, qui aura duré 18 mois, a donné lieu à son dernier long-métrage - Sâdhu - après six mois de montage en plus pour défricher les 240 heures de tournage et son sauvetage inespéré des flammes par un pompier genevois... Après son lancement en 2012, le film sera projeté à nouveau lors du week-end de documentaires au Palais de Rumine à Lausanne.*
Gaël, 30 kilos de matériel de tournage sur le dos, «la vie comme scénariste», a suivi Suraj dans son pèlerinage. Une rencontre et une histoire d'amitié improbable entre ce Suisse sans racines et ce sage hindou atypique. «A cheval entre l'Orient et l'Occident, il nous permet de nous identifier, de nous mettre dans sa peau et d'aller plus loin en soi», explique le cinéaste, qui aime raconter des histoires et faire vivre des émotions aux spectateurs. «Au fond, ce n'est pas l'exotisme qui m'attire. C'est ce qui nous lie en tant qu'être humain. Dans mes films, je crois que je tente de rapprocher les cultures, montrer les liens, les similitudes qui unissent les hommes.»

Le bonheur?
Sa question initiale en toile de fond de cette grande épopée indienne, des sources du Gange à la Kumbha Mela (le plus grand rassemblement religieux au monde) jusqu'à la solitude des lacs tibétains (le cimetière des sâdhus, ces sages indiens en quête de vérité): «Est-on vraiment plus heureux dans le dépouillement?»
Six ans plus tard, la réponse n'est pas claire. Ni pour lui, ni pour Suraj, ni même pour ce vieux sâdhu de 80 ans qui, à la veille de mourir, partageait encore ses doutes. «Ce moment avait beaucoup remué Suraj», se souvient Gaël qui a partagé les tourments psychologiques, physiques et spirituels de son compagnon de route. «Je suis arrivé à un tournant de sa vie. C'est unique dans une vie de documentariste. Je crois que nous nous sommes mutuellement transformés.» Le bonheur, pour lui? «Je ne le cherche pas. Ce n'est pas mon but. Je crois que ma quête est plutôt celle de me sentir vivant. Et le bonheur en découle», lance Gaël Métroz qui se sent profondément terrien.
Actuellement, il balade sa caméra entre l'Espagne, la Laponie, le Congo et l'Afghanistan où il souhaite tourner une fiction: une histoire d'amour entre une femme et un taliban, un «Roméo et Juliette en zone tribale». «Je souhaite montrer à quel point nos cultures sont proches. Montrer que ces gens ont des vies, des douleurs. Même si, bien sûr, je n'avalise ni le conflit, ni les méthodes.»
Athée, il est toutefois fasciné par les religions et dit avoir foi en l'homme. «Je ne sais pas ce qui se passe après. Mais je sais qu'ici, dans ce monde, il y a beaucoup à faire.» Et «le bon gars» qu'il souhaite être de dénoncer cette dichotomie qui s'installe dans le monde et de résumer une géopolitique meurtrière dans cette région qu'il connaît si bien, lui qui a vécu longtemps au Pakistan chez ses amis Kalash. Un attachement qui a donné lieu à un documentaire du même nom (Kalash) empreint - malgré la rudesse de la vie dans une zone à hauts risques - de ce «bonheur contagieux» qui semble habiter chacun des gestes de cette tribu magnifique.

Une vie pétrie d'imprévus
«Mes pays de cœur, comme le Pakistan ou le Soudan, je n'ai jamais décidé d'y aller. C'était plutôt des pays que je voulais traverser rapidement», explique Gaël Métroz, devenu nomade après des études de littérature et d'histoire de l'art. Avec un prix littéraire en poche, un bagou irrésistible qui lui ouvre les portes de la radio et un désir de photographie, l'autodidacte se lance dans le journalisme comme un prétexte au voyage. Son premier périple l'emmène à travers le Soudan à dos d'âne. «Dans ma tête, j'étais immortel. Et je crois que c'est toujours ce que je ressens. Je n'ai pas l'impression d'avoir l'âge de mes artères. Plutôt 24 ans, que 36. Même si ce voyage-là, je ne le referais pas. Passer plusieurs jours sans eau et sans nourriture... Et quand un âne ne veut plus avancer, il ne veut plus avancer», rit celui qui semble porté par le vent, avec l'énergie et la curiosité d'un enfant, toujours prompt à l'improvisation, et n'ayant pas peur de se perdre (ce qui lui arrive surtout dans les villes, même à Sion, avoue-t-il).
«J'aime les imprévus dans la vie, même les maladies», souligne Gaël. En Ethiopie, terrassé par la malaria, il lit «L'usage du monde» de Nicolas Bouvier. Ce sera les prémisses de son film sur les traces de l'écrivain voyageur. Nomad's Land sortira quelques années plus tard. Un premier succès pour le passionné qui voyage, aujourd'hui, pour le cinéma.


Aline Andrey

* Ciné au Palais!, du 7 au 8 février 2015, Palais de Rumine, Lausanne. Entrée libre. Projection de nombreux documentaires, dont Sâdhu, le samedi 7 février à 18h30, en présence du réalisateur. Plus d'informations: www.cineaupalais.ch

 

 

Edition n° 5 du 28 janvier 2015

 
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