Franc fort le syndicat à l'affût
Unia a réagi à l'annonce de deux entreprises de diminuer les salaires ou d'augmenter les horaires de ses employés

Weckerle Cosmetics au Locle et HL Technology à La Chaux-de-Fonds ont annoncé la semaine dernière vouloir diminuer les salaires, déjà très bas, de leurs employés, majoritairement frontaliers. A Porrentruy, Solo Swiss a licencié 5 collaborateurs en raison du franc fort.

Aux aguets, Unia Neuchâtel a convoqué immédiatement les médias la semaine dernière après avoir eu vent de la volonté de deux entreprises, Weckerle Cosmetics au Locle et HL Technology à La Chaux-de-Fonds, de diminuer les salaires, déjà très bas, de leurs employés, majoritairement frontaliers. HL Technology a proposé aux employés de «choisir» entre une diminution de leur revenu de 10% ou une compensation en temps de travail de 4 heures supplémentaires non payées par semaine. Le même jour Weckerle annonçait vouloir baisser de 10 à 20% les salaires de ses temporaires et indiquait que le personnel fixe serait également touché par cette mesure. Les intérimaires, qu'ils vivent en Suisse ou soient frontaliers, seront désormais payés au tarif minimum de la CCT temporaire, à 16,46 francs de l'heure.
Le 29 janvier, des syndicalistes d'Unia région Neuchâtel se sont rendus devant les entreprises pour informer les salariés de leurs droits. «Les travailleurs étaient abasourdis par ces nouvelles. Ces mesures signifient que les directions font porter les risques des taux de change entièrement sur les employés», dénonce Francisco Pires, secrétaire syndical d'Unia. Le syndicat a demandé à Weckerle (qui emploie quelque 70 personnes) et HL Technology (qui compte environ 80 employés) de renoncer aux baisses de salaire via des congés-modifications. Une procédure qui prévoit l'accord du salarié, mais qui de facto est généralement acceptée par ce dernier par peur de perdre son emploi.
Lundi 2 février, à l'heure où nous mettions sous presse, Francisco Pires annonçait que l'entreprise HL Technology avait décidé de suspendre sa décision. «Le personnel nous a remercié pour notre intervention», note le syndicaliste. Par contre, Unia n'a pas encore fait plier Weckerle qui avait donné le week-end aux travailleurs fixes pour réfléchir aux mesures annoncées. Ces derniers devaient donner réponse, individuellement, lundi. Du côté des temporaires, certains ont déjà vu leur salaire abaissé. «Nous allons tenter d'obtenir un rendez-vous avec la direction pour qu'elle revienne en arrière», indique le syndicaliste.
Pendant ce temps, à Porrentruy, l'entreprise de fours industriels Solo Swiss licenciait cinq collaborateurs sur 75 en raison du franc fort et n'écartait pas l'idée d'une délocalisation.

Cercle vicieux
A Genève, en revanche, l'entreprise genevoise Volailles Importation est revenue sur sa décision de baisser les salaires des travailleurs frontaliers (lire ci-dessous). Unia rappelle que réduire les seuls salaires des frontaliers est illégal, tout comme le paiement des salaires en euros. Une mesure essentielle également pour les travailleurs résidant en Suisse qui risqueraient sinon d'être pénalisés sur le marché de l'emploi, puisque les frontaliers coûteraient 20% moins cher. Quant à la baisse des salaires pour tous, via des congés-modifications par exemple, Unia souligne le danger d'une telle disposition pour l'ensemble de l'économie, car elle diminue le pouvoir d'achat et donc la demande intérieure. Avec pour conséquences, le risque d'une récession.
Or d'autres possibilités existent. Comme, par exemple, le recours au chômage partiel en cas de problèmes liés au franc fort, comme le permet le Seco depuis la semaine dernière. Du côté syndical, on relève l'importance d'informer les travailleurs. Armand Jaquier, secrétaire régional d'Unia Fribourg, souligne que les salariés doivent prendre garde à ne pas entrer dans la logique des directions qui veut faire porter tous les risques sur leur personnel. Yves Defferrard, responsable industrie d'Unia Vaud renchérit: «Comme en 2008 et en 2011, il faut impérativement que les commissions du personnel convoquent l'ensemble du personnel et le syndicat avant de négocier quoi que ce soit avec leur direction. Il en va de leur protection, de leur crédibilité et de la bonne marche de l'entreprise.»
Les secrétaires syndicaux se disent également très préoccupés par les effets collatéraux pour les petites entreprises sous-traitantes sans commission du personnel. «Les travailleurs devraient nous signaler rapidement les éventuelles modifications de contrats. Car ce ne sont pas à eux de payer les pots cassés», ajoute Yves Defferrard.
La solidarité entre résidents et frontaliers est aussi requise face aux dissensions qui commencent à se faire sentir, selon les propos d'un militant syndical dans l'horlogerie, domaine qui connaît une forte pression sur les salaires puisque le revenu médian a diminué ces dernières années. Trois délégués syndicaux, actifs dans le secteur de la chimie, relèvent, par contre, un certain calme au sein de leur entreprise suite à l'annonce de la BNS. Sûrement grâce aux achats des matières premières en euros...


Aline Andrey

 

 

 

Edition n° 6 du 4 février 2015

 
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