Froid neige gel des ouvriers en danger
Unia Vaud dénonce des conditions de travail dangereuses sur les chantiers. Des ouvriers témoignent

La semaine dernière, la bise glaciale et les conditions climatiques ont rendu le travail sur les chantiers extrêmement dangereux. Unia est intervenu à plusieurs reprises pour exiger l'arrêt des travaux afin de préserver la santé et la sécurité des ouvriers. Le syndicat demande que l'assurance en cas d'intempéries soit améliorée. Les critères doivent être précisés, et un fond devrait être créé, afin que ce ne soit plus aux travailleurs de supporter tous les risques.

«On a les mains en sang, à cause des crevasses dues au froid. Dans notre travail, c'est impossible de toujours porter des gants. Et le métal est gelé...» C'est par ces mots qu'un ferrailleur témoigne de ses conditions de travail ces dernières semaines. Un maçon renchérit: «On travaille avec les patrons, pas contre. Mais on vit au quotidien avec cette pression de savoir si l'on privilégie sa santé ou le rendement. J'ai un collègue qui a utilisé une scie à tour l'an dernier. C'était gelé, il y a laissé ses doigts. On est en Suisse, dans un pays plutôt carré, et pourtant on ne sait pas sur quel critère on peut faire appel à cette indemnité sur les intempéries.» Un flou qui génère dans les faits une non-application de cette disposition de l'assurance chômage et des conditions inacceptables de travail, comme l'a dénoncé Unia Vaud lors d'une conférence de presse vendredi dernier.

Conditions extrêmes
Un exemple: «On a discuté avec la direction d'Implenia pour la convaincre d'arrêter un chantier à Yverdon. Alors qu'il y avait une alerte météo, les travailleurs bétonnaient encore à moins 5 degrés (grâce aux antigels qu'ils mettent dans le béton). Lors de notre visite sur le chantier, la grue a sonné à plusieurs reprises, car les rafales de vent étaient fortes. Quant à l'impression de froid, elle est renforcée par la bise. Cela signifie que pour une température de moins 5, les ouvriers travaillent avec un ressenti de moins 15 degrés, 8 heures par jour», explique Jeronimo De Sousa, secrétaire syndical. «L'avis des travailleurs n'est jamais pris en compte. Et les entreprises se cachent derrière une loi lacunaire.» Or les risques de chute, de glissade, ou pire encore, sont grands. Un travailleur ajoute: «Et ces messieurs de la Suva qui passent généralement pour voir si on a nos casques sur la tête, ne sont pas là ces jours. On ne les voit jamais quand il pleut ou qu'il fait trop froid!»
Les maladies et l'usure au travail sont aussi liées à ces conditions météorologiques extrêmes. Jean-Michel Bruyat, secrétaire syndical, s'insurge: «Beaucoup ont des rhumatismes dès 50 ans. Ils se retrouvent à l'AI avant même la retraite.» Une étude de l'Ocirt (Office cantonal de l'inspection et des relations du travail) à Genève montre que ce sont les travailleurs du bâtiment, par rapport à d'autres professionnels, qui ont le plus grand risque d'invalidité. «Les collègues viennent travailler même malades, car ils ont la pression du patron et ce jour d'absence à leur charge», explique le ferrailleur. La Convention nationale de la construction (CN) prévoit en effet un jour de carence à charge pour l'employé en cas de maladie.
Sur les chantiers, la rentabilité est ainsi devenue plus importante que la santé des travailleurs, avec des délais de construction de plus en plus courts dus à la concurrence accrue des entreprises entre elles. Les risques d'intempéries ne sont ainsi pas pris en compte dans les délais fixés contractuellement entre le maître d'ouvrage et l'entreprise. Sébastien Genton, secrétaire syndical, rappelle qu'en cas de retard, les pénalités peuvent se monter à 50000 francs par jour. «Pour avoir le boulot, les entreprises, face à la concurrence, négocient les prix au plus bas et les délais au plus court.»

Redéfinir la disposition légale
Il est donc urgent, selon Unia, de redéfinir cette question des intempéries dans la CN qui va être renégociée cette année. «Les interruptions de travail doivent être considérées comme de force majeure et permettre le report de l'achèvement des travaux. Cela mettrait moins de pression sur les entreprises», explique Pietro Carobbio, responsable du bâtiment à Unia Vaud. Les critères doivent être également plus précis. Le syndicaliste, se basant sur l'exemple autrichien, a ainsi montré qu'il serait possible de définir la température ressentie et d'inscrire dans l'article 28 de la CN une limite précise. Au niveau des précipitations, 1 mm de pluie ou 1 cm de neige par heure devrait permettre l'interruption du chantier, et après plus de 3 heures l'arrêt du travail pour la journée.
Pour que la disposition légale sur les intempéries soit efficace, il faudrait également que les deux jours de carence à charge du patron pour obtenir l'indemnité en cas d'intempéries prévue par l'assurance chômage (Laci), ainsi que les 20% perdus par l'employé ne travaillant pas soient couverts par un fonds. «Pour l'instant, l'employeur préfère utiliser les heures supplémentaires des employés. Ce sont donc les travailleurs qui font les frais à 100% du risque intempéries», dénonce Pietro Carobbio. «On pourrait envisager que les arrêts courts, de moins de deux jours, soient compensés par les heures variables. Mais, pour le reste, ce serait aux patrons et à l'Etat, via la constitution d'un fonds intempéries, de prendre en charge la différence de salaire de 20% et les deux jours de carence pour faciliter l'accès à l'assurance chômage en cas d'intempéries.»
Un maçon témoigne: «En 15 ans de travail sur les chantiers, on ne m'a jamais demandé mon avis et je n'ai jamais eu droit à un seul jour d'indemnité pour intempéries. Chaque année, j'ai 100 heures supplémentaires que j'effectue généralement en été. Et l'hiver, on m'arrête. Et jamais quand ça m'arrange. Là, on me met en congé, mais j'aurais préféré pouvoir passer du temps avec mes enfants lors de leurs vacances.» Et Pietro Carobbio de préciser: «Ces heures supplémentaires sont généralement utilisées par l'employeur jusqu'au mois de mars, sinon elles doivent être payées à hauteur de 125%.»

Craintes des représailles
Actuellement, si plusieurs chantiers ont été arrêtés dans le canton au cours de la semaine passée, suite notamment aux interventions du syndicat, peu de travailleurs osent se plaindre ouvertement à leur direction. «J'ai un collègue grutier qui risque de se faire virer, car il a osé dire que ce n'était pas possible de travailler avec cette bise. Les gens ont peur», lance un travailleur. Preuve que la charte de la sécurité, pourtant signée par la Société suisse des entrepreneurs, n'est pas entrée dans les mœurs, puisque celle-ci prévoit que l'employé à le droit de dire «Stop en cas de danger!».


Aline Andrey

 

 

 

Edition n° 7 du 11 février 2015

 
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