Unia refuse la discrimination des travailleurs immigrés
Le syndicat s'oppose au projet d'application de l'initiative contre l'immigration de masse présentée par le Conseil fédéral

Le Conseil fédéral a présenté son projet de mise en œuvre de l'initiative UDC votée le 9 février 2014. Pour Unia, cette révision de la loi sur les étrangers, qui réintroduit le système des contingents pour la main-d'œuvre immigrée, ouvre la porte à des abus patronaux.

Présenté le 11 février par le Conseil fédéral, le projet de mise en œuvre de l'initiative «contre l'immigration de masse» a provoqué une levée de boucliers dans la gauche et les syndicats. En retenant la formule des contingents pour tous les travailleurs étrangers à partir d'un séjour de quatre mois, le gouvernement a décidé d'appliquer strictement le texte voté le 9 février 2014. En parallèle, Berne espère ouvrir des négociations avec Bruxelles afin d'assouplir le régime de libre circulation avec l'Union européenne (UE). «Nous sommes opposés à cette proposition de loi», explique Vania Alleva, coprésidente du syndicat Unia. «Dès le départ, nous étions opposés à toute sorte de statuts discriminatoires. Nous avons besoin, au contraire, de plus de protection pour les salariés, comme l'a clairement montré le vote du 9 février 2014. Or, le projet du Conseil fédéral élimine aussi les contrôles des salaires et des conditions de travail en cas de pénurie de personnel qualifié. Cela ouvre la porte aux abus», assure la dirigeante syndicale.

Nouvelle votation indispensable
«Il est anormal qu'un projet de loi soit présenté avant même que des négociations avec l'Union européenne n'aient commencé. Cela ne va pas jouer. Une nouvelle votation va s'avérer indispensable et elle aura lieu. D'ici là, nous allons travailler à renforcer la protection de tous les travailleurs. Notre position reste inchangée: les accords bilatéraux sont importants, les conditions de travail et les salaires doivent être garantis», souligne Vania Alleva.
Mis en consultation jusqu'à fin mai, le projet gouvernemental sera ensuite présenté aux Chambres fédérales qui en débattront certainement l'année prochaine. Un référendum est possible. Par ailleurs, un comité a lancé en décembre dernier l'initiative «Sortons de l'impasse! Renonçons à rétablir des contingents d'immigration», qui demande à ce que le texte voté le 9 février 2014 soit abrogé.

Un plan à éprouver
Le Conseil fédéral a aussi exposé un plan d'action visant à donner une priorité nationale à l'embauche. Les offres d'emploi de l'administration fédérale seront communiquées aux Offices régionaux de placement avant leur publication officielle, ce qui, pour Johann Schneider-Ammann, devrait donner un coup de pouce aux chômeurs.
De même, le ministre en charge de l'Economie espère faire travailler plus de personnes handicapées, alors que la dernière révision de l'assurance invalidité semble avoir épuisé ce potentiel. Dans les autres dispositions prévues, relevons que le conseiller fédéral entend faciliter l'emploi des réfugiés et personnes admises provisoirement. Schneider-Ammann espère aussi élargir l'offre de formation dans le domaine médical. Cela demandera des moyens financiers. La réforme prévue de la fiscalité des entreprises va pourtant faire perdre des milliards à la Confédération et aux cantons.
Après le lâchage du franc, des négociations toujours pas ouvertes avec l'UE et un plan pour l'emploi à éprouver, le Conseil fédéral, semble naviguer à vue.


Jérôme Béguin

 

 

Edition n° 8/9 du 18 février 2015

 
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