Des lettres et des chiffres
Comédienne professionnelle Tiffany-Jane Madden se produira au théâtre de l'Arsenic à Lausanne

L'héroïne des «Noces imaginaires d'Iphigénie», un spectacle récemment présenté à Evian, s'apprête à incarner une confidente vendant de la drogue dans «Janine Rhapsodie», une pièce inspirée du «Misanthrope» de Molière*. Entre deux répétitions, la jeune comédienne de 29 ans endosse le costume de l'interviewée. Avec fraîcheur et naturel. Dévoilant quelques traits de sa personnalité, marquée par une identité multiple. Née à Genève d'un père irlando-écossais et d'une mère française, Tiffany-Jane Madden revendique ses multiples appartenances et une proximité avec la culture britannique. Des racines qui, relève-t-elle, explique aussi ses goûts artistiques et son amour du théâtre, auquel elle se consacre désormais. Une passion déjà cultivée à l'adolescence, défiant une nature alors plutôt introvertie. Timide. «A l'âge de 14-15 ans, je n'étais pas très bien intégrée dans ma classe. J'avais de la peine à communiquer. J'ai suivi des cours de chant, piano et théâtre. Ils m'ont aidé à nouer des liens, à sortir de ma bulle», confie Tiffany-Jane Madden. Première approche concluante... L'élève - déjà remarquée pour son aisance à s'exprimer lors d'exposés - est jugée drôle. De quoi lui donner l'envie, en parallèle à ses études, de poursuivre dans cette voie, même si elle ignore encore qu'elle en fera sa profession.

Hypermacho hors jeu
«Comme j'avais assez de facilité dans toutes les branches, je me suis d'abord orientée vers les sciences et j'ai entamé des études en pharmacie.» Mauvais choix. Tiffany-Jane Madden acquiert rapidement la certitude qu'elle ne suit pas le bon chemin et bifurque dans les Lettres, sections français moderne et philosophie, avant de s'inscrire à l'Ecole supérieure d'art dramatique la Manufacture, à Lausanne. Le virage est pris... Et le plaisir est au rendez-vous, couronné d'un diplôme décroché en 2012. Depuis, la comédienne s'est produite dans différentes pièces, sans afficher de préférences particulières pour un genre ou un autre. «Je n'ai pas encore assez d'expérience en la matière. Tout me plaît. Dans tous les cas, il faut s'approprier le personnage. Mais ce que j'apprécie le plus, c'est l'esprit d'équipe, la bienveillance générale, avec un bon guidage du metteur en scène», relève l'artiste, prête à s'essayer aux rôles les plus divers, avec toutefois un penchant pour les êtres complexes. Propos qu'elle temporise néanmoins. «Je refuserais peut-être quand même de jouer dans un spectacle hypermachiste. Je ne souhaiterais pas incarner une femme surenchérissant ce type de propos. Tout dépend au fond du message final.»

L'amour de la logique
Souvent indissociable de la scène, le trac n'épargne pas Tiffany-Jane Madden. Qui, lorsqu'elle y est soumise avant de monter sur les planches, se laisse totalement envahir par cette émotion. «Je l'accepte. Je surenchéris même. Une façon de l'apprivoiser avant de retrouver mon calme et éviter qu'elle ne me paralyse.» Quant à ses attentes à l'égard du public, l'artiste le préfère réactif, si le texte s'y prête. «Une manière d'être ensemble, une connexion stimulante. Les silences sont parfois inquiétants», poursuit la jeune femme qui, si elle juge viable sa profession, aimerait travailler davantage encore. «Je ne suis pas pour autant angoissée. C'est le lot des intermittents du spectacle.» Mais plutôt que de devoir passer par la case chômage pour assurer ponctuellement sa subsistance, la Genevoise mise sur une formation de... comptable. «Ça peut paraître étrange, une artiste séduite par les chiffres. Mais cette situation correspond bien à ma personnalité, paradoxale. J'aime quand les choses se trouvent à leur place. J'aime la logique. Elle m'apporte une certaine détente. J'ai besoin de cette part pragmatique. Elle me rassure.» Un commentaire qui ne remet aucunement en cause le choix professionnel de la jeune femme opposant, au vertige de l'oisiveté forcée, «la satisfaction de faire quelque chose».

Capable de tout...
Réceptive aux ambiances, manquant parfois de patience et pouvant faire preuve de nervosité, Tiffany-Jane Madden confie avoir un caractère tributaire de son environnement. «Je suis d'humeur variable. Plutôt optimiste et pleine d'énergie quand je travaille. Avec une tendance à la démotivation et la mollesse dans le cas contraire. Mais je suis assez influençable. Un sourire, un visage ouvert me dynamisent.» Son atout? Une grande faculté d'adaptation. «Je ne réagis pas forcément bien aux contrariétés. Mais, une fois digérées, je vais de l'avant. Je suis alors capable de tout», affirme la comédienne qui associe le bonheur à la liberté, sous réserve qu'elle ne nuise à autrui. Quant au rôle qu'elle rêverait de jouer, c'est celui de Médée. L'héroïne d'une tragédie grecque qui assassine ses propres enfants. «Cette histoire touche à la folie. Intéressante, car elle permet d'explorer ses propres failles et limites, sans oublier au final qu'il ne s'agit là que du théâtre», note Tiffany-Jane Madden qui, interrogée sur son «talon d'Achille», évoque sa fragilité. Une fragilité révélatrice d'une personne hypersensible, très émotive... terreau souvent favorable à l'épanouissement de grands comédiens alors à même d'incarner une gamme élargie et nuancée de sentiments.


Sonya Mermoud

* «Janine Rhapsodie», au théâtre de l'Arsenic du 5 au 15 mars prochain, Lausanne. Informations: www.arsenic.ch

 

 

Edition n° 8/9 du 18 février 2015

 
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