A la rencontre des autres
Journaliste indépendante florence Hügi exerce entre autres activités celle de recueuilleuse de récits de vie

Journaliste indépendante, Florence Hügi exerce, entre autres activités, celle de recueilleuse de récits de vie. A la découverte de quelques bribes de son histoire

Une fois n'est pas coutume, Florence Hügi accepte d'inverser les rôles. De se raconter un peu. Non sans s'interroger ponctuellement sur la pertinence de la démarche. Sur l'intérêt de ses propos. Modeste. Préférant valoriser les autres - au centre de ses différentes activités professionnelles - plutôt que de se mettre en avant. Manquant de confiance en elle, alors même qu'une de ses casquettes vise justement à promouvoir cette assurance auprès des adultes qu'elle forme. L'histoire du cordonnier le plus mal chaussé... Cette journaliste indépendante de 41 ans, à la plume élégante et sensible, a pourtant déjà un riche parcours. Un chemin qui l'a conduite à travailler durant une quinzaine d'années pour différents médias - presse écrite et RTS - à s'engager sur le terrain de l'égalité des chances pour les Hautes écoles sociales de Suisse occidentale, avant de lancer, en 2013, sa propre entreprise, Filigranes. Une structure où elle propose ses compétences de formatrice en communication, de coach lors de changements professionnels ou personnels, et de recueilleuse de récits de vie. Alors qu'elle intervient aussi à Recif à Neuchâtel, un centre de rencontres et d'échanges interculturels, où elle aide les participants à se familiariser avec le quotidien helvétique. Une dernière tâche jugée des plus enrichissantes, au cœur des raisons de l'exil...

Une forme de cohérence
«Quand je regarde dans le rétro, je suis assez contente. Je me rapproche d'une forme de cohérence», souffle l'énergique et polyvalente quadragénaire qui, aimant les défis, apprécie l'indépendance que lui offre sa société. Et n'accepte que les mandats qui lui font plaisir. Comme encore la tenue d'une rubrique, «Mauvais genre», deux fois par mois pour le journal La Liberté et le Quotidien jurassien. Un miroir des rapports sociaux entre hommes et femmes. Une question de genre qui passionne Florence Hügi, lauréate du Prix Femmes et Médias 2013 pour sa chronique, acceptant d'endosser l'étiquette de féministe si elle signifie «être humaniste». Mais moins celle de militante... Autant d'activités fédérées par la recherche de sens, la défense de valeurs de justice, d'égalité et de solidarité de la journaliste, qui accorde une importance primordiale à la sincérité. Et apprécie par-dessus tout son travail de recueilleuse de récits de vie. «De véritables cadeaux... Une chance extraordinaire», s'enthousiasme-t-elle, ravie de mettre ses talents d'écriture au service de personnes désireuses de se raconter.

Question de transmission
«Leurs motivations varient. Il s'agit le plus souvent de transmettre, de laisser une trace, un témoignage à la famille, dans un souci de mémoire. Ou, pour certaines personnes de décharger de leurs épaules un vécu trop lourd.» Des initiatives qui, affirme Florence Hügi, ne s'apparentent pas à une forme de narcissisme. «Ces microhistoires s'inscrivent dans la grande histoire. Prises dans leur contexte, elles favorisent des questionnements sur les racines, les origines.» Plus que d'écouter, la «confidente» - diplômée de l'Université de Fribourg en la matière - s'implique activement dans la démarche, invite son interlocuteur à clarifier sa pensée, à nourrir ses réflexions, à aller au-delà du factuel. Sans juger. Dans un esprit de partage. De coconstruction. Et avant de transcrire et de rédiger le manuscrit final qui sera soumis au narrateur, sachant qu'interviendront aussi son regard, son filtre, ses émotions... «Au-delà de l'écriture, ce qui me plaît particulièrement dans cette activité, c'est la rencontre», poursuit la scribe notant que le métier n'est pas à banaliser à travers l'exemple d'une personne qui, au cours du récit, a fait une décompensation psychologique. «Cette anecdote donne la mesure de l'importance de ce travail. Et interroge sur la manière dont on s'engage dans cette profession, assez sacrée.»

Chapitres à écrire
Plusieurs heures d'entretien sont nécessaires avant d'aboutir à la rédaction et à la création d'un livre signé, tiré à 5 ou 10 exemplaires, voire beaucoup plus s'il est publié. Comme celui admirablement rédigé par la journaliste sur la chanteuse et comédienne Yvette Théraulaz, «Histoire d'elle», paru aux Editions de l'Aire. Un ouvrage qui aura généré plus de 22 heures de discussions nourries...
Pour se ressourcer, Florence Hügi privilégie les balades en forêt ou au bord de l'eau. Mais trouve aussi dans les formations qu'elle suit, notamment une sur la «thérapie sociale», matière à la dynamiser. Pratiquant plus aisément l'humour que la diplomatie, passionnée de voyages sac à dos à la découverte des autres, Florence Hügi conjugue le bonheur avec la notion de couple - même si ce chapitre manque actuellement à son existence. Et confie avoir peur... de sa part d'ombre. Des pans de sa personnalité qu'elle couchera peut-être un jour sur papier. A moins qu'elle n'en confie le soin à une recueilleuse de récits vie, une voie qu'elle aurait tendance à privilégier. Question de distance. Pour mieux se rapprocher d'elle? 


Sonya Mermoud

 

 

Edition n° 10 du 4 mars 2015

 
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