Mecalp Technology une pause prolongée vire à la grève
Opposés à une baisse des salaires sous prétexte de franc fort des décolleteurs genevois ont mené un mouvement de grève

La société genevoise Mecalp Technology entendait sous prétexte de franc fort réduire de 10% les salaires de ses soixante employés et augmenter le temps de travail de trois heures par semaine sans compensation. Soutenus par Unia, les travailleurs ont mené une grève, la première en Suisse romande consécutive à l'abandon du taux plancher.

Ce qui ne devait être qu'une simple pause prolongée d'avertissement est devenu une grève de deux jours à Mecalp Technology. Active dans le décolletage pour l'industrie automobile, cette société d'une soixantaine d'employés sise à Meyrin (GE) appartient au groupe français Bontaz-Centre. «Des travailleurs nous ont informé que la direction avait annoncé sous prétexte de franc fort des modifications des contrats de travail comprenant une baisse des salaires de 10%, qui seraient dorénavant versés en euros, ainsi que des heures supplémentaires non payées le samedi. Nous avons sollicité en vain l'employeur pour une rencontre», explique Alessandro Pelizzari, secrétaire régional d'Unia. Le syndicat et les salariés conviennent alors d'un débrayage d'avertissement mardi 10 mars à midi durant le relais entre l'équipe du matin et celle de l'après-midi, l'usine pratiquant les trois-huit. Le matin de ce jour-là, cependant, tout ne s'est pas passé comme prévu. «Le directeur a voulu nous convoquer individuellement dans son bureau pour nous faire signer de nouveaux contrats», raconte un décolleteur. «Nous avons décidé d'y aller tous ensemble et il nous a renvoyés dans les ateliers. Ensuite, il a déboulé et m'a montré du doigt en hurlant: "Toi, tu prends ta lettre de licenciement et tu t'en vas!" Je n'ai pas bougé.» Deux autres salariés sont mis à la porte de la sorte. Alertés, les permanents d'Unia rappliquent sur-le-champ. Le travail cesse, commence la grève.

Première victoire
Des discussions s'engagent. En fin de matinée, en sortant du bureau du directeur, Alessandro Pelizzari rassemble autour de lui la quinzaine d'ouvriers présents pour un topo. «Les trois collègues ne seront pas licenciés; il n'y aura pas de baisse des salaires et ils ne seront pas payés en euros. C'est une première victoire de votre mouvement», lance le secrétaire syndical. Soulagement. «Par contre, l'exigence d'augmenter le temps de travail de 40 à 43 heures est maintenue.» Cette dernière nouvelle mécontente pour le moins les travailleurs. «Lors de la précédente crise du franc, en 2011, on nous avait baissé notre salaire de 8%. Il n'a jamais été augmenté depuis. Aujourd'hui, ça recommence. On nous demande des efforts, de son côté le patron n'en fait aucun», lâche un ouvrier.
L'équipe de l'après-midi arrive. Déterminée, une assemblée du personnel désigne trois délégués avec un mandat de négociation et un second round s'ouvre dans le bureau du directeur. Dans l'après-midi, un protocole d'accord qui prévoit la suspension de la prolongation du temps de travail est signé par un administrateur de Bontaz-Centre. Coup de théâtre, quelques heures plus tard, le président du groupe, Yves Bontaz, se refuse à le ratifier. La grève reprend de plus belle le lendemain.

Mouvement suspendu
Contacté ce jour-là, Alessandro Pelizzari indique que «la dernière exigence initiale, celle d'augmenter le temps de travail, a été revue à la baisse, passant de trois à deux heures supplémentaires par semaine, mais elle reste injustifiée aux yeux des ouvriers». «Cette lutte n'est pas simple avec trois équipes de travail différentes et elle est même très dure pour des grévistes mis constamment sous pression», s'exclame le secrétaire régional. «Malgré les difficultés, les salariés, tous des travailleurs frontaliers, il faut le relever, se montrent prêts à se battre pour leurs conditions de travail. C'est très important dans la mesure où il s'agit de la première grève en Suisse romande consécutive au franc fort.»
A la fin de cette seconde journée, les grévistes ont décidé de suspendre leur mouvement et de porter le cas devant la Chambre des relations collectives de travail (CRCT). L'institution a ouvert une conciliation dont le résultat sera connu d'ici quelques semaines. En attendant, les parties doivent s'abstenir de toute communication extérieure. 


Jérôme Béguin

 

Edition n° 12 du 18 mars 2015

 
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