La CCT du commerce de Nyon est un garde-fou essentiel
L'une des rares conventions collectives du commerce de détail vient d'être prolongée jusqu'à fin 2016

Le secteur de la vente ne bénéficie d'aucune convention collective nationale de travail (CCNT). Seuls les cantons de Genève et Neuchâtel ainsi que les villes de Lausanne et Nyon offrent une CCT aux salariés de la branche. Le point sur la convention nyonnaise, prolongée récemment jusqu'à l'année prochaine

«On est un peu un village gaulois», s'amuse Fabrice Chaperon en présentant la convention collective de travail (CCT) du commerce de détail de la ville de Nyon. Il faut dire que le secteur de la vente ne bénéficie d'aucune convention nationale, seuls les cantons de Genève et Neuchâtel ainsi que les villes de Lausanne et Nyon offrent une CCT aux salariés de la branche. Entrée en vigueur en 2011 après de longues négociations entre Unia et la Société industrielle et commerciale (SIC) de Nyon, celle de la ville de La Côte avait été obtenue en échange d'une prolongation des horaires d'ouverture des commerces d'une heure par jour, ce qui avait provoqué des débats au sein du syndicat. «En échange de cette concession, la nocturne hebdomadaire a été supprimée et la CCT a permis, ce qui est loin d'être négligeable, de fixer un salaire minimum de 3500 francs, de limiter le temps de travail à 41 heures par semaine avec un samedi par mois de congé et de rendre obligatoire l'assurance perte de gain», détaille le responsable du secteur tertiaire d'Unia Nyon et, par ailleurs, secrétaire de la section locale. «Un autre avantage, c'est qu'Unia est devenu un partenaire social; nous sommes consultés pour d'éventuelles modifications de la CCT et les droits syndicaux sont reconnus, notamment celui d'informer le personnel. De plus, nous menons des contrôles paritaires pour nous assurer que les conditions de travail et salariales sont respectées», poursuit notre interlocuteur. «Pour vraiment juger si la contrepartie valait la peine, il suffit de savoir qu'au centre commercial Signy, distant de seulement 1,5 km, les horaires sont encore plus étendus, sans aucune compensation, ni les avantages d'une CCT. Un peu plus loin, à l'Outlet d'Aubonne, on trouve des salaires de 3000 francs à peine pour 44 heures de travail hebdomadaires, dont deux nocturnes par semaine. De plus, ce centre commercial emploie de nombreux auxiliaires qui, bien que travaillant à plein temps, sont payés à l'heure. Pour certains, cette situation précaire dure depuis cinq ans. Au moins, à Nyon, la CCT oblige à mensualiser à partir de la seizième heure de travail hebdomadaire», explique Fabrice Chaperon.
«Bien sûr, la CCT est loin d'être parfaite. Les salaires sont encore trop bas. En outre, sur le plan des congés, la CCT n'offre que deux jours de plus aux quatre semaines qu'impose la loi. C'est insuffisant vu la flexibilité demandée aux employés, les exigences de la clientèle et une charge de travail élevée. Mais pour améliorer la CCT, il nous faut être plus forts et, pour cela, gagner des adhérents et des militants», souligne le secrétaire syndical.

Les patrons veulent davantage de nocturnes
La CCT vient d'être prolongée de force obligatoire jusqu'à fin 2016. Toutefois, la SIC aimerait obtenir cinq nocturnes par année alors que le règlement communal, défini par le syndic en accord avec les partenaires sociaux, prévoit, à choix, deux ouvertures prolongées jusqu'à 22h ou quatre jusqu'à 20h. Unia consulte actuellement le personnel de la vente sur cette demande. «Nous nous plierons à l'avis des vendeurs et vendeuses et, début avril, nous rencontrerons la SIC et négocierons en fonction du mandat que nous aurons reçu», assure Fabrice Chaperon. «Les premiers retours que nous avons montrent que les travailleurs ne s'opposeraient pas à de nouvelles nocturnes si elles offrent des compensations. Cependant, trois nocturnes consécutives en fin d'année, comme le demande la SIC, paraissent de trop à certaines vendeuses qui peinent à concilier travail et vie familiale. Le salaire n'est pas tout, il y a aussi la qualité de vie, nous y sommes attentifs», indique le permanent syndical.
Et quelle est sa propre opinion? «Je pense que l'extension des horaires ne sert à rien. Ce qui importe aux consommateurs, comme l'ont démontré des études, c'est d'abord l'offre et les prix. Ensuite, si les commerces de la ville ont un atout à jouer, pour moi, c'est d'organiser des animations pour renforcer l'attractivité du lieu», répond le Nyonnais.
«La CCT de Nyon est un garde-fou essentiel dans un secteur qui connaît de nombreux abus», conclut Fabrice Chaperon. Maintenant, il s'agit pour le village gaulois de s'attaquer aux Romains. «Depuis une année, je me rends une fois par mois à Signy. Les adhésions commencent à rentrer. Quand Unia sera représentatif, nous pourrons aller voir la direction avec un mandat de négociation.» Autre projet: celui de mettre sur pied un comité du personnel de la vente.
Dans le district lémanique, le secrétaire régional mène sa barque d'une main sûre.

Jérôme Béguin

 

Edition n° 13 du 25 mars 2015

 
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