Professeurs de portugais sous le seuil de pauvreté
Ils travaillent en Suisse et gagnent entre 2300 et 2700 francs par mois

Ils travaillent en Suisse et gagnent entre 2300 et 2700 francs par mois. A bout, ces enseignants ont interpellé leur consulat et l'Union européenne sur le dumping organisé par leur gouvernement

«On est venu pour travailler, pas pour mendier.» «Les enseignants de portugais vivent en Suisse en dessous du seuil de pauvreté!» «Nous sommes en train d'étouffer.» «Nous méritons un salaire digne!» Une trentaine de professeurs de portugais et de parents d'élèves ont crié leur désespoir le 24 mars dernier devant le Consulat du Portugal au Grand-Saconnex près de Genève. Les messages des pancartes brandies durant la manifestation affichaient leur ras-le-bol d'une situation qui ne fait qu'empirer. Elle a débuté avec la crise qui sévit dans leur pays, ayant comme conséquence des coupes dans leur salaire et des frais qui ne sont plus remboursés, par exemple les appels téléphoniques aux parents ou simplement le matériel nécessaire à l'enseignement, tels que cartouches d'encre ou feuilles de papier. L'abandon du taux plancher en janvier «a été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase», notent les enseignants dans un communiqué où ils disent leur désarroi.
En Suisse, 85 professeurs enseignent à quelque 10000 élèves la langue et la culture du Portugal, dont environ 3000 à Genève. Ils sont payés par le gouvernement portugais et travaillent pour l'Institut Camões, organisme gérant l'ensemble des cours dans les pays où la communauté portugaise est forte. Les professeurs de langue portugaise tentent depuis longtemps d'être entendus, sans succès, par leur gouvernement. Car avec des salaires de 2300 à 2700 francs, pour un travail à plein temps, il est impossible de vivre en Suisse.
Lors de la manifestation du 24 mars, l'association de parents d'élèves portugais, solidaire des enseignants, a remis une lettre au Consulat pour dire ses préoccupations face à cette situation risquant d'aboutir à la disparition des cours.
«Après la manifestation, quelques professeurs et parents se sont rendus à la délégation permanente de l'Union européenne auprès de l'ONU», explique José Sebastiao, membre de l'association des parents d'élèves et syndicaliste d'Unia, le syndicat ayant apporté son appui logistique à la manifestation. «C'est la première fois que cela se fait, nous avons remis une lettre à cette instance pour dénoncer le dumping organisé par un membre de l'Union européenne, le Portugal, sur ses salariés. Le secrétaire de la délégation a pris le courrier des enseignants et nous a promis de la faire suivre à Bruxelles.»


Sylviane Herranz

 

 

Edition n° 14/15 du 1 avril 2015

 
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