Les employés les moins bien payés des EMS se rebiffent
Soutenu par les syndicats le personnel sociohôtelier des maisons de retraite genevoises demande une revalorisation salariale

Femmes de chambre, nettoyeurs ou employés de cafétéria, le personnel sociohôtelier des établissements médico-sociaux (EMS) genevois est encore rétribué au niveau de la classe 4, soit des salaires débutant à 4029 francs. Ce bas niveau de rémunération a pourtant été supprimé dans le reste de la fonction publique et du secteur subventionné.

Soutenu par les syndicats SIT, SSP, Syna et Unia, le personnel sociohôtelier des EMS genevois demande une revalorisation salariale. Femmes de chambre, nettoyeurs ou employés de cafétéria: près de 400 personnes ne sont payées qu'en classe 4, soit à des salaires débutant à 4029 francs seulement. «Cette échelle de traitement a disparu dans le secteur public et parapublic; elle a en particulier été supprimée aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) à la suite de luttes syndicales», a soulevé Yves Mugny au cours d'une conférence de presse.

Les soutiers des EMS
«Il est incompréhensible que cette classe soit maintenue alors que les fonctions ont évolué et les tâches se sont accrues dans les EMS, qui sont devenus des lieux de vie de grand âge où chaque acte du quotidien doit être encadré. Dans certaines maisons de retraite, des employés sociohôteliers sont parfois les référents des résidents avec les responsabilités qui en incombent», souligne le secrétaire syndical d'Unia. «Le travail est devenu plus compliqué; désormais nous avons des cas psychiatriques et certains résidents peuvent se montrer violents», corrobore Hasime, une employée d'EMS. «Les employés sociohôteliers sont formés pour faire face à ces nouveaux aspects du métier que sont les troubles cognitifs, la violence ou même les besoins sexuels, mais n'ont pas obtenu la rémunération qui correspond à ces compétences. Ce sont les soutiers des EMS», relève Thierry Daviaud, responsable du groupe EMS du Syndicat des services publics (SSP). «En outre, on en arrive au point où toutes les tâches du personnel de chambre sont chronométrées. Il s'agit pourtant d'un environnement médico-social et non hôtelier; il faut parfois nettoyer une chambre trois fois en une journée. C'est un stress supplémentaire qui n'est pas non plus pris en compte dans le salaire», poursuit l'infirmière. «Lorsque nous faisons une chambre, on est bien obligé d'écouter et de parler avec le résident, cela prend du temps», témoigne encore Hasime. «C'est le personnel qui est le moins bien payé qui est le plus présent auprès des résidents», appuie Corinne Béguelin, secrétaire syndicale du SSP.
«Le personnel sociohôtelier est clairement méprisé. Toutefois, dans quelques EMS, la polyvalence des tâches est reconnue et la classe 4 a été supprimée», constate Yves Mugny. «Savoir que dans d'autres établissements il n'y a plus de classe 4 est vécu comme une injustice. C'est une question de reconnaissance de la valeur du travail accompli», estime Corinne Béguelin. «Nous avons le sentiment que notre travail n'est pas reconnu à l'égal de celui de nos collègues», approuve Hasime.

Un climat de peur
Accompagnée à cette conférence de presse par une vingtaine de collègues, l'employée de maison est pourtant la seule à témoigner à visage découvert. «Il règne un climat de peur dans les EMS», explique Yves Mugny. «Il y a une énorme pression patronale sur les salariés qui veulent faire valoir leurs droits», confirme Jean-Louis Carlo, membre de la Commission administrative de la Maison de retraite du Petit-Saconnex et syndicaliste SSP.
Le ras-le-bol est cependant plus fort que les craintes. En novembre dernier, une assemblée générale du personnel des EMS a mandaté les syndicats pour entreprendre des démarches afin de supprimer la classe 4. Un passage aux niveaux 5 ou 6 permettrait aux salariés concernés de gagner 200 à 400 francs de plus par mois. Mais, le Conseil d'Etat, prétextant la mise en œuvre de Score (le projet de refonte des traitements de la fonction publique), n'entend pas pour l'heure procéder à une revalorisation salariale. «Des réévaluations de fonction ont pourtant eu lieu, par exemple aux HUG, et c'est une façon peu élégante d'évacuer le problème», estime Yves Mugny. «On espère que les élus vont se saisir du problème.» Faute de quoi, les salariés pourraient prendre des mesures de lutte. Une nouvelle assemblée générale du personnel des EMS se déterminera le 21 mai prochain. 


Jérôme Béguin

 

 

Edition n° 17 du 22 avril 2015

 
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