Pour des soins dentaires à la portée de tous
Une initiative a été lancée en vue de créer une assurance publique obligatoire pour le remboursement des soins bucco-dentaires

Un comité regroupant les partis et mouvements progressistes neuchâtelois a lancé une initiative populaire en faveur de la création d'une assurance publique cantonale obligatoire pour le remboursement des soins dentaires. Une démarche qui s'inspire d'une initiative similaire couronnée de succès dans le canton de Vaud. Et qui est en passe de faire des émules ailleurs en Suisse romande.

Le prix des soins dentaires représente une lourde charge pour la population, en particulier pour les personnes aux revenus modestes dont certaines n'ont plus les moyens de se faire soigner. Face à cette situation, un comité cantonal neuchâtelois regroupant les partis de gauche, l'Avivo et le Mouvement populaire des familles a lancé en février dernier une initiative populaire pour une assurance publique portant sur les soins dentaires.

Inégalités jusque dans la bouche
En termes précis, cette initiative demande que «l'Etat institue une assurance obligatoire destinée à garantir la santé bucco-dentaire de la population du canton». Cette assurance prendrait en charge les frais des soins dentaires de base mais aussi les frais des mesures de prévention pris par les collectivités publiques, notamment la mise en œuvre de séances périodiques de contrôle et d'hygiène dentaires. En revanche, les frais liés au confort esthétique ne seraient pas remboursés. Calqué sur le modèle de l'AVS, le financement de l'assurance reposerait sur un prélèvement paritaire sur les salaires, à hauteur de 1%, dont 0,5% à la charge de l'employeur. Il serait complété par une contribution des collectivités publiques. L'échéance pour le dépôt des signatures est fixée au 27 août prochain.
Unia Région Neuchâtel soutient cette initiative. «Les frais dentaires posent souvent de graves problèmes aux familles de salariés et plus particulièrement à ceux dont les revenus sont modestes», constate sa secrétaire régionale, Catherine Laubscher. «Bon nombre de personnes doivent s'endetter pour pouvoir régler leurs factures de dentiste pendant que d'autres ne voient pas d'autre choix que renoncer à se faire soigner, avec ce que cela comporte de douleurs, de dégradation de l'hygiène, de la santé.» La prévention est également pénalisée. «Dans les ménages où l'on peine à boucler les fins de mois, les contrôles annuels chez le dentiste sont la chose qui saute en premier», soulignent les initiants.

L'exemple vaudois
Après une embellie de quelques décennies, on assiste depuis plusieurs années en Suisse à une recrudescence des problèmes de santé bucco-dentaires, en particulier dans les couches les moins favorisées de la population. Un phénomène lié aux disparités sociales. Preuve parmi d'autres, selon une infographie parue dans Le Matin du 13 mai de l'année dernière, sur la base de l'Office fédéral de la statistique (OFS), la proportion des adultes auxquels il manque au moins une dent est de 32% parmi les personnes à faibles revenus contre 14% pour les revenus élevés. Autre comparaison édifiante: la proportion des enfants âgés de 1,5 à 4,5 ans souffrant de caries est de 40% pour les ménages à revenus modestes contre 16% pour ceux aux revenus élevés.
Les coûts de la santé dentaire sont estimés en Suisse à 450 francs par année par personne. Et la facture en incombe aux ménages, à hauteur de 91,8%. Selon les statistiques de l'OFS en effet, les assurances privées n'ont remboursé en 2010 que 4,6% des frais dentaires, la Lamal 1,4% et les prestations complémentaires 2,2%.
L'initiative neuchâteloise est largement calquée sur celle de la gauche vaudoise dont on rappelle qu'elle a abouti l'été dernier avec plus de 15200 signatures (sur 12000 requises). D'autres cantons, notamment Genève, Valais, Fribourg et Zurich sont en train de suivre le mouvement. A l'évidence, l'accès équitable à la santé dentaire est en passe de devenir un défi d'ampleur nationale.


Pierre Noverraz

 

Edition n° 17 du 22 avril 2015

 
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