Intempéries maçons en danger
Se basant sur le résultat d'une enquête Unia le Sit et Syna réclament de toute urgence une solution au problème des intempéries

Les syndicats Unia, Sit et Syna ont présenté lundi dernier à Genève les résultats de l'enquête qu'ils ont mandatée sur la gestion des intempéries dans le domaine de la construction. 659 travailleurs se sont exprimés sur la question. Deux tiers d'entre eux ont estimé que les conditions météorologiques affectent clairement leur santé et leur sécurité. Présentation des principales conclusions de l'analyse.

Au cours de l'année écoulée, un travailleur de la construction sur six déclare avoir subi un accident dû aux intempéries et deux tiers estiment que celles-ci menacent fortement leur santé et leur sécurité. Voilà ce qui ressort notamment d'une enquête mandatée par les syndicats Unia, Sit et Syna et menée auprès de 659 ouvriers à Genève, questionnés sur leur perception des risques des intempéries pour leur santé, leur expérience des mesures de protection et les problèmes relatifs au paiement du salaire en cas d'interruption de travail. Cette analyse a été effectuée par Isabelle Probst, professeure à la Haute école de santé Vaud HESAV, HES-SO. Ses principaux résultats ont été présentés lundi dernier lors d'une conférence de presse réunissant des représentants syndicaux, l'auteur de la recherche et des ouvriers. Un maçon victime d'une chute provoquée par la présence de neige sur un chantier a notamment témoigné de son histoire (voir encadré).

Arrêts rarissimes
Différentes questions dont celles relatives aux mesures de protection ont été soumises aux interviewés âgés de 16 à 59 ans et la plupart employés dans des entreprises de 50 personnes ou plus. Des mesures qui apparaissent comme insuffisantes tout comme celles organisationnelles. «84% des participants affirment que le travail n'est jamais ou seulement parfois organisé en fonction du temps qu'il fait, 95% affirment qu'ils n'ont jamais ou seulement parfois des pauses supplémentaires en cas de froid», a relevé la chercheuse dans son rapport final. Des carences ont aussi été mises en lumière en ce qui concerne les équipements individuels. Seuls 33% des sondés relèvent toujours en disposer alors qu'un local chauffé est assuré pour 66% des répondants. Quant aux arrêts de travail liés aux intempéries, ils se révèlent très rares. La raison ? Le délai de carence de deux jours à charge des entreprises ne les incite guère à faire appel à l'assurance chômage, couvrant seulement dès le 3ème jour d'interruption les 80% du salaire des travailleurs.

Solution impérative
«95% des participants disent qu'ils ne bénéficient que parfois, voire jamais d'arrêts de travail. » Ces derniers, dans la grande majorité des cas, pèsent négativement sur les ouvriers alors pénalisés soit d'un point de vue du salaire, soit du temps de travail. «Seulement 16% répondent qu'ils sont payés normalement sans compensation en temps. Les autres affirment qu'ils doivent compenser les heures non travaillées (68%), que leur salaire est réduit (27%), ou qu'ils ne sont pas payés du tout (9%).» A noter également des inégalités liées à la taille des entreprises, les petites s'avérant plus problématiques. «Cette différence peut notamment être comprise comme une conséquence des relations de sous-traitance.»
Dans ce contexte et en vue du renouvellement de la Convention nationale du secteur principal de la construction (CN), les syndicats demandent qu'une solution soit enfin trouvée pour protéger la santé des travailleurs. «Il est urgent de mettre sur pied un nouveau système visant à contraindre les entreprises à arrêter le travail en cas de mauvaises conditions climatiques sans réduction des salaires, seule mesure efficace pour protéger la santé des travailleurs.» Et les syndicats de plaider pour la création d'un fonds de compensation en car d'arrêt de travail, demandant à la Société suisse des entrepreneurs de s'asseoir sans tarder à la table des négociations.
Ils rappellent au passage qu'une manifestation nationale se déroulera samedi 27 juin prochain à Zurich, lançant la campagne des maçons pour la CN. Un événement qui servira aussi de fer de lance à leurs revendications. 


Sonya Mermoud

 

Vie bouleversée...
Eugenio De Sousa, maçon, 42 ans, a vu sa vie professionnelle bouleversée suite à un accident de travail survenu en février 2007. Employé alors sur un chantier de la périphérie genevoise, l'homme fait une mauvaise chute, glissant sur la neige qui recouvre le sol, et se blesse à l'épaule. Un malheur qui aurait pu être évité... Eugenio De Sousa ayant, avec ses collègues, interrompu au préalable le travail en raison des mauvaises conditions météorologiques avant que le chef ne les contraigne à poursuivre, sous peine de risquer un avertissement.
Si le maçon est resté encore deux ans demi dans le domaine de la construction, il a raconté avoir souffert le calvaire, ressentant constamment des douleurs que deux opérations n'auront pas suffi à calmer. Sans oublier un état de stress et une prise de poids liés à l'immobilisation à l'origine encore d'un infarctus... «Aujourd'hui je ne suis plus le même, je me considère comme handicapé. Les problèmes financiers consécutifs à mon accident ont détruit ma famille et je ne peux plus exercer mon métier de maçon. Je suis livreur et je fais un boulot de saisonnier à l'aéroport. Tout cela à cause de la pression exercée par les employeurs pour faire toujours plus de bénéfice...», a déclaré Eugenio De Sousa.
SM

 

Edition n° 26 du 24 juin 2015

 
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