Ceva plus de 200 ouvriers licenciés
Unia Genève exige l'ouverture d'une procédure de consultation comme le prévoit la loi en cas de licenciement collectif

Après plusieurs cas de dumping salarial dénoncés par les syndicats, le chantier de la liaison ferroviaire Cornavin - Eaux-Vives - Annemasse (Ceva) refait parler de lui. Eaux-Vives Infra, société contrôlée par la multinationale française du BTP Vinci, congédie ses 206 collaborateurs sans respecter la procédure de consultation prévue lors d'un licenciement collectif, tant par le Code des obligations que par la Convention nationale du secteur de la construction

«On était en train de manger à midi lorsque le chef de chantier est arrivé pour nous dire qu'il fallait passer au bureau à 14h pour signer la lettre de licenciement. On nous a donné aucune explication», a raconté José au cours d'une conférence de presse tenue à l'entrée de la tranchée couverte de Chêne-Bougeries du chantier de la liaison ferroviaire Cornavin - Eaux-Vives - Annemasse (Ceva). Le 28 mai dernier, Eaux-Vives Infra (EVI), société détenue par un consortium contrôlé par la multinationale française du BTP Vinci, a annoncé à ses 206 employés qu'elle allait mettre un terme aux contrats de travail. Sans doute parce que se profile la fin des travaux du gros œuvre du «chantier du siècle» genevois. Alerté, Unia a rencontré le 9 juin la direction d'EVI qui a confirmé son plan. L'entreprise dénombre 88 travailleurs temporaires dont les contrats ne seront pas renouvelés. Ils se retrouveront au chômage en compagnie de 55 collaborateurs fixes licenciés. Vinci ne réengagera que 51 maçons en France. Enfin, 12 travailleurs détachés devront rentrer dans leur pays d'origine. Comme José, une dizaine d'ouvriers ont déjà reçu notification de leur congé, selon le syndicat, les autres salariés devraient être officiellement licenciés sous peu.

Droit à rien...
«Après cette rencontre, la direction nous a écrit, sans se soucier de ses obligations légales en matière de licenciement collectif, qu'elle refusait d'ouvrir une consultation», explique Umberto Bandiera, secrétaire syndical d'Unia. Le Code des obligations est pourtant limpide: en cas de licenciement collectif, l'entreprise est tenue d'offrir la possibilité aux employés et à ses représentants de faire des propositions sur les moyens d'éviter les congés, d'en limiter le nombre ou d'en atténuer les conséquences. De plus, la Convention nationale du secteur de la construction astreint la société à négocier un plan social avec les représentants du personnel. Enfin à Genève, un licenciement de plus de six personnes doit être annoncé au service juridique de l'Office cantonal de l'emploi, ce qui n'a pas été fait. «Vinci est l'un des plus grands constructeurs au monde, qui travaille en plus sur un chantier public suisse, alors ce n'est pas normal de se faire virer ainsi», lâche José. «On a le droit à rien, aucune prime, alors que ça fait trois ans qu'on bosse là; on nous jette avec un coup de pied au derrière!» Contactée par L'Evénement syndical, la direction d'EVI n'a pas retourné notre appel.

«Le Conseil d'Etat ne peut rester passif»
Pour faire appliquer le droit de consultation des travailleurs, Unia a sollicité l'intervention des maîtres d'ouvrage, l'Etat de Genève et les CFF. «Le Conseil d'Etat ne peut rester passif, c'est un chantier public», plaide Umberto Bandiera. «Et on ne peut tolérer qu'une société telle que Vinci ne respecte pas le droit suisse et refuse d'ouvrir un dialogue avec les représentants légitimes des travailleurs.» En plus de cette démarche, le syndicat a convoqué une assemblée du personnel d'EVI le 24 juin. «Toutes les mesures de lutte sont envisageables», prévient le secrétaire syndical.
Pour Tony Mainolfi, «ce cas illustre la précarisation sur les chantiers». Le responsable du secteur bâtiment d'Unia Genève pointe en particulier «l'utilisation massive et abusive de travailleurs temporaires». Sur les 206 collaborateurs d'EVI, 88 sont en effet des intérimaires, soit plus de 40%. «Les maçons vont se mobiliser en masse le 27 juin à Zurich pour exiger de la Société suisse des entrepreneurs une meilleure couverture conventionnelle», prévoit le Genevois. Pour cette manifestation, un tronçon des ouvriers du Ceva est d'ailleurs annoncé.


Jérôme Béguin

 

 

Edition n° 26 du 24 juin 2015

 
Imprimer l'article
 
Haut de la page