Je me bats pour la justice sociale
Nouveau secrétaire régional d'Unia Bienne-Seeland Jesus Fernandez plaide pour un partenariat social équitable

Sur un tableau dans son bureau à Bienne, la cadette de ses deux filles a écrit au feutre rouge: «Papa, le travail, ce n'est pas tout!» C'est vrai que Jesus Fernandez n'est pas souvent à la maison. Car au-delà d'un simple travail, son activité relève d'une passion et d'un engagement de tous les instants, sur fond de solidarité et de convivialité. Pour s'en convaincre, il suffit de cheminer avec lui au cœur de Bienne. Au hasard des 500 mètres qui nous séparent de notre destination, il s'arrête une bonne douzaine de fois pour échanger quelques mots avec des passants dont il connaît non seulement les noms, la famille, mais manifestement aussi les attentes. Et tout cela dans la langue de son interlocuteur. Il en parle six, sans compter le suisse allemand.

Né dans une modeste ferme
Ce syndicaliste de 57 ans a pris les rênes d'Unia Bienne-Seeland et canton de Soleure il y a bientôt une année. Une région comptant 12700 membres. Que de chemin parcouru depuis son enfance vécue dans une modeste ferme d'un village galicien, en Espagne. «Il n'y avait ni électricité ni eau courante mais j'y ai vécu une enfance heureuse. Au village, j'ai appris les valeurs comme la solidarité, l'entraide et le respect.» Celle du travail agricole aussi. Ce n'est donc pas un hasard si Jesus Fernandez est l'organisateur de la grande fête syndicale des travailleurs de la terre du Seeland qui rassemble presque chaque année plusieurs centaines de travailleurs agricoles, en grande majorité Portugais. Ce lien étroit avec ces ouvriers de l'ombre lui avait notamment permis, avec ses camarades il y a quelques années, de lever le voile sur l'exploitation éhontée de saisonniers employés dans la cueillette de fraises et de salades dans le Seeland et obligés de vivre cachés dans des dortoirs insalubres. Un scandale qui avait défrayé la chronique suisse et même européenne.

Engagement solidaire
A 14 ans, Jesus Fernandez, au bénéfice d'une bourse, part à Madrid pour y suivre des études. C'était les dernières années de la dictature franquiste. Epris de liberté, il se joint très vite au mouvement social qui agite la capitale et participe à diverses actions et manifestations. «Nous luttions dans la clandestinité pour les droits fondamentaux et la justice.» Peur de la répression? «Nos convictions et notre motivation étaient plus fortes que la crainte de se faire arrêter.» C'est dans ce creuset que le jeune Espagnol forge ses premières armes syndicales en se joignant à la lutte pour les droits des travailleurs. «J'ai compris qu'on ne peut se sentir bien que dans une société équitable où chacun trouve sa place et puisse développer ses capacités.»
Jesus Fernandez émigre en Suisse en 1980. Il y travaille au service à la clientèle dans une entreprise de Reinach (BL). Plus tard, il poursuit sa formation en étudiant l'économie d'entreprise à l'Université, en alternance avec un emploi en Suisse (7 mois de cours, 5 mois de travail en entreprise). Remarqué pour son engagement solidaire et ses compétences, le jeune Galicien est élu secrétaire syndical à Olten, en 1994. Il occupera ensuite cette fonction à Lyss puis à Bienne avant de prendre la succession du secrétaire régional Beat Jost.


Pour le partenariat social
Bien que combatif, Jesus Fernandez ne verse pas dans le dogme de l'affrontement systématique. Au contraire. «Je défends le partenariat social. Lorsqu'il est équitable et bien compris, ce partenariat n'est pas seulement bénéfique pour les salariés, mais il fait aussi avancer le pays tout entier et renforce sa cohésion sociale et son économie. Autour d'une table, nous pouvons et nous devons trouver des solutions justes.» Le syndicaliste déplore néanmoins que, depuis quelques années, certaines voix patronales mettent en danger ce partenariat en créant des blocages fondés le plus souvent sur des a priori idéologiques. «Ce n'est pas seulement une menace pour les travailleurs mais aussi pour la paix sociale et la prospérité de la Suisse. Le syndicat ne peut pas accepter que les diktats et les pressions remplacent le dialogue. Il continuera à se battre avec détermination pour obtenir de justes salaires, de bonnes conditions de travail, dans le respect des travailleurs et de leurs droits.» La liberté syndicale est à cet égard essentielle. «La démocratie ne doit pas s'arrêter à la porte des entreprises.»
Pour Jesus Fernandez, «le syndicat n'est pas l'ennemi de l'économie mais le partenaire d'une économie qui assure le bien-être de tous, dans une société dans laquelle tous les enfants peuvent se développer indépendamment du revenu de leurs parents. Le contraire de l'ultralibéralisme fondé sur une petite caste de privilégiés qui s'arroge tous les droits, tous les privilèges, sans assumer sa responsabilité sociale.»


Pierre Noverraz

 

 

Edition n° 26 du 24 juin 2015

 
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