Congé maternité encore des efforts à faire
La Commission féminine de l'USS a profité des 10 ans du congé maternité pour revendiquer plus de droits aussi pour les pères

Le 1er juillet 2005 était introduit le congé maternité en Suisse. Dix années plus tard, les syndicats estiment qu'il est encore insuffisant. Lors d'une action à Berne, ils ont exprimé leurs revendications, notamment un congé rallongé à 18 semaines et payé à 100%, la création d'un vrai congé paternité ainsi que celle d'un congé parental. Des mesures visant à favoriser la conciliation entre vies professionnelle et familiale.

Voilà dix ans que le congé maternité existe en Suisse. Durement obtenu après des décennies de débats et de batailles, celui-ci prévoit un minimum légal de 14 semaines de congé à compter du jour de naissance de l'enfant. Durant cette période, les allocations pour perte de gain (APG) couvrent au moins 80% du salaire de la travailleuse. Effectivement, certaines conventions collectives de travail, dispositions cantonales et autres règlements du personnel peuvent offrir des prestations plus avantageuses (voir encadré).
Cela dit, aux yeux de l'Union syndicale suisse (USS), le congé maternité actuel est un compromis politique lacunaire qui est encore loin d'être suffisant: des améliorations importantes doivent être apportées pour satisfaire les besoins des familles. Pour le dire haut et fort, la faîtière des syndicats, et notamment sa Commission féminine, s'est réunie sur la place Fédérale à Berne le 1er juillet lors d'une action.

14 semaines, pas assez!
Que demandent les femmes de l'USS? D'abord, que le congé maternité, trop court en l'état, soit rallongé de 4 semaines afin de coller aux recommandations de l'Organisation internationale du travail, et qu'il soit rémunéré à hauteur de 100% du salaire. «Une allocation pour perte de gain de 80% du salaire ne suffit pas, précisément aux femmes qui touchent des bas revenus, pour couvrir le coût de la vie», argumente Regula Bühlmann, secrétaire centrale de l'USS.

Donner leur place aux pères
Les syndicats déplorent également l'exclusion totale des pères de cette loi. Afin d'y remédier, les syndicats revendiquent l'introduction d'un véritable congé paternité de 8 semaines ainsi que d'un congé parental de 24 semaines à répartir de manière égale entre les deux parents.
Ces mesures visent à améliorer la conciliation entre vies familiale et professionnelle mais aussi à favoriser une répartition plus équitable des tâches entre les hommes et les femmes, «possible que si le père peut prendre rapidement sa place de personne de référence pour l'enfant» rappelle la syndicaliste.
Enfin, les femmes de l'USS exigent que des réglementations soient mises en place pour répondre aux besoins existants tels qu'un congé de 4 semaines avant l'accouchement afin que les femmes enceintes qui doivent se ménager puissent être indemnisées.

Comment agir?
Afin d'agir sur ces trois axes, les syndicats tenteront d'influer sur la longueur du congé maternité en faisant pression sur le patronat lors des négociations de CCT. Concernant le congé paternité et parental, l'USS empruntera la voie politique, plusieurs textes dans ce sens étant en cours de traitement au Parlement.

Manon Todesco


Employeurs profiteurs?

En 2005, syndicats et organisations féminines obtiennent enfin le congé maternité, mais les exigences étant loin d'être satisfaites, ces premiers comptent sur les employeurs pour offrir de meilleures prestations dans leurs branches dans le cadre du partenariat social. «Après tout, de nombreux employeurs ont profité de la nouvelle solution, n'ayant plus à payer de leur poche les congés maternité déjà accordés», rappelle Corinne Schärer, coprésidente de la Commission des femmes de l'USS et membre du comité directeur d'Unia. C'est chose faite dans les branches Pharma et Chimie, dans l'horlogerie et dans l'industrie des machines, dotées de grandes CCT négociées par les partenaires sociaux.
Mais mis à part quelques exceptions, le bilan est décevant pour l'USS. Une étude de la Confédération de 2012 révèle que 40% des entreprises n'utilisent pas l'argent libéré pour améliorer leur réglementation en matière de congé maternité. C'est le cas de l'hôtellerie-restauration, de la location de services, des arts et métiers, du second œuvre ou encore du commerce de détail qui ne prévoient que le minimum légal (hormis Coop et Migros).
«Les employeurs suisses restent parmi les plus pingres d'Europe sur le plan de la conciliation entre famille et travail, s'indigne Corinne Schärer. Il faut des actes concrets et de meilleures conditions-cadres au profit des femmes, à commencer par un congé maternité plus long et correctement rétribué!»
MT

 

 

Edition n° 29/30 du 15 juillet 2015

 
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