Canicule sur les chantiers négligence patronale
Distribuant eau et matériel de protection solaire des équipes d'Unia ont fait la tournée des chantiers genevois

Mercredi 1er juillet aux abords d'un chantier genevois. C'est encore le matin, mais le thermomètre n'est pas loin des 30°. Trois secrétaires syndicaux d'Unia distribuent à des maçons des bouteilles d'eau, de la crème solaire et des lunettes de soleil. «Qui paie ça?», demande un ouvrier. «C'est le syndicat. Ça devrait être ton patron, mais il ne le fait pas», lui répond José Sebastiao. «Travailler par cette fournaise, c'est dur, mais c'est notre boulot, on n'a pas le choix. L'hiver, on travaille sous la neige, ce n'est pas facile non plus», dit un ouvrier. José Sebastiao rappelle aux travailleurs les risques liés à la chaleur, qui sont pour eux plus dangereux que le froid, les effets de la canicule pouvant entraîner la mort. Le secrétaire syndical leur assure aussi que l'employeur a l'obligation de leur mettre à disposition de l'eau potable et de les protéger de tout ensoleillement excessif en aménageant leur temps de travail et en octroyant des pauses supplémentaires.
Durant dix jours, en pleine canicule, trois équipes d'Unia ont ainsi sillonné les chantiers genevois, tant pour sensibiliser les travailleurs que les employeurs. Pour prévenir les accidents dus à la chaleur (déshydratation, crampes, syncopes, vertiges, évanouissements), ceux-ci sont tenus par les lois sur le travail et l'assurance accidents de prendre des mesures adéquates.

Sonnette d'alarme
«Nous devons tirer la sonnette d'alarme sur le peu d'importance qu'accordent les patrons à la protection de leurs employés», explique José Sebastiao à l'heure du bilan. «Nous avons constaté que rares sont les entreprises à avoir pris des mesures. Seules quelques sociétés de génie civil ont aménagé le temps de travail, en commençant plus tôt, et distribué de l'eau et du matériel de protection solaire. Nous avons vu des ouvriers couler du béton et manier le marteau piqueur sous le soleil de l'après-midi. A trois reprises, nous avons été obligés d'intervenir auprès de contremaîtres parce que des sous-traitants ne fournissaient pas d'eau sur le lieu de travail. Nous avons relevé des situations difficiles dans le second œuvre, notamment pour les façadiers et les peintres, et terribles sur les échafaudages avec des ouvriers montant des charges lourdes toute la journée. Et nous avons remarqué que ce n'est pas facile non plus pour le nettoyage de chantier quand des doubles vitrages transforment un bâtiment en four», relate le secrétaire syndical, qui déplore que «les conditions d'hygiène sur les chantiers se détériorent, le rendement passant avant tout».
A l'issue de cette tournée des chantiers, Unia a saisi l'Office cantonal de l'inspection et des relations du travail (Ocirt) et demandé par courrier des explications à la Société suisse des entrepreneurs. Pour rappel, l'organisation patronale se refuse à entrer en négociation pour le renouvellement de la convention collective nationale du secteur de la construction. L'une des revendications d'Unia est justement d'introduire une règle claire stipulant quand un chantier doit être interrompu en cas de chaleur excessive. «Après ce que nous avons vu, cette exigence est entièrement justifiée», conclut José Sebastiao.

Jérôme Béguin

 

Edition n° 29/30 du 15 juillet 2015

 
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