Pam et Proxi chute libre
Faute de liquidités les magasins Pam et Proxi sont de moins en moins approvisionnés et les salaires sont versés en retard

Rayons des magasins à moitié vides, mécontentement de la clientèle, salaires payés en retard: le personnel des magasins Pam et Proxi, propriété de Distribution suisse, affronte une situation difficile qui dure déjà depuis des mois. Visite de commerces et témoignages de vendeuses excédées.

A-t-on oublié de garnir les rayons? Y a-t-il eu une razzia sur la marchandise ou une pénurie alimentaire? En poussant la porte d'un Pam en Valais, les questions se bousculent... mais pas les clients qui, las de trouver des rayons vides, ont déserté ce petit magasin de village qui comptait pourtant jadis son lot d'habitués. Rien d'étonnant. Il manque de tout. Même des produits de base. Avec des étalages à sec ou à peine garnis. Des panneaux qui situent l'emplacement de marchandises... inexistantes et le sentiment de se trouver dans un pays en crise. Un grand moment de solitude... Partagé par la caissière qui, ce 15 juillet, attend impassible d'aléatoires visiteurs. Comme sa paye, qui n'a toujours pas été versée. «Si ça continue, je ne viendrai plus travailler. Plus d'argent pour l'essence...» soupire-t-elle, désabusée. Une situation qui n'est pas nouvelle.

Pas de nouvelles
«Les enseignes Pam et Proxi, propriétés de Distribution suisse, ne sont plus correctement approvisionnées depuis plusieurs mois. L'entreprise connaît des difficultés financières et, dans ce contexte, son principal fournisseur, Volg, ne livre plus la marchandise», explique Francine Zufferey, secrétaire syndicale d'Unia, effectuant une tournée auprès du personnel pour savoir s'il a touché son dû et le conseiller et alors qu'elle a tenté déjà à plusieurs reprises de parler avec des responsables, afin «d'obtenir des informations claires pour les vendeurs et des garanties sur les salaires». «Ces derniers finissent toujours par être payés mais avec beaucoup de retard et le moral des vendeurs se trouve au plus bas, complètement démotivés.» Une affirmation qui va se vérifier à moult reprises, dans les différents commerces visités. «On traîne les pieds en venant au boulot. Avant, j'arrivais toujours à l'avance. Aujourd'hui je suis pile à l'heure. Plus envie...» relève une gérante d'un Proxi, à moitié vide, lui aussi. Et la jeune femme de dénoncer l'absence de communication entre la direction et les employés. «S'ils vont fermer qu'ils nous le disent. On n'a aucune nouvelle depuis des mois. Même les animaux, on ne les traite pas comme ça. Sans oublier les clients qui se fâchent et nous prennent en grippe.»

Déprimant...
Une colère que doit aussi gérer Sylvia (prénom d'emprunt), la soixantaine, vendeuse à temps partiel dans un Pam de village depuis quelques années. «Les gens entrent et sortent en pestant. Ils me demandent si je me moque d'eux. Comment j'ose ouvrir le magasin», explique Sylvia qui, native du coin, connaît la plupart des acheteurs. Ou plutôt ex-acheteurs... «70 à 80% de la clientèle - essentiellement formée d'habitués - ne vient plus depuis le mois de février.» Et l'employée d'expliquer les raisons des ruptures trop fréquentes de stock en rayons. «40% du chiffre d'affaires (CA) est utilisé pour passer des commandes - ici on recourt à différents fournisseurs - mais comme ce dernier est bas, on ne peut faire assez d'achats. Hier, je n'ai par exemple rien pu commander. Je ne savais pas où prendre l'argent entrant au compte-gouttes. Et alors qu'on doit payer cash la marchandise.» Quadrature du cercle... «C'est vraiment dommage. C'est important de conserver des petits commerces de proximité, aussi pour les personnes âgées. Ce Pam tournait pourtant bien. La situation s'est petit à petit dégradée. Aujourd'hui c'est la catastrophe, on n'atteint plus que le 1/5 du CA antérieur», se désole Sylvia qui pour sa part a reçu son salaire le 13 juillet. Et la vendeuse expérimentée - elle a travaillé des décennies dans le domaine - de conclure. «J'aime mon métier et le contact avec les gens. Avant j'avais toujours le sourire, mais là... C'est déprimant.»

Sonya Mermoud


Chapeau!
La situation des magasins Pam et Proxi n'est pas spécifique au Valais. Même topo dans le canton de Vaud et le reste de la Suisse romande qui compte une septantaine de ces enseignes, employant plusieurs centaines de personnes. «Distribution suisse affirme chercher des solutions. Il y aurait peut-être des repreneurs. Dans cette éventualité, nous allons écrire aux responsables pour qu'ils nous assurent alors que tout le personnel sera gardé et les emplois sauvés», note Dominique Fovanna, responsable de ce dossier à Unia Vaud. «Nous continuons dans l'intervalle à faire pression pour que les salaires soient versés. Mais il faut que le problème se résolve rapidement. Les employés n'en peuvent plus d'être dans l'incertitude et face aux réactions négatives des clients. Et pourtant, ils vont quand même travailler. Je leur tire mon chapeau...»
SM

 

 

Edition n° 31/32 du 29 juillet 2015

 
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