Faire rimer le quotidien avec humain
Maître d'enseignement et de recherche à l'Université Camille Vorger vient de plublier un livre sur le slam

Camille Vorger n'imagine pas la vie sans poésie. Qu'elle enchante les mots ou s'invite dans les interstices du quotidien. Qu'elle se décline sur un mode classique, à travers des virtuoses du genre comme Baudelaire ou Victor Hugo, ou s'immisce dans des passages romanesques. Les mots escortent cette jeune Française de 37 ans, maître d'enseignement et de recherche à l'Université de Lausanne, et professeure de français comme langue étrangère. Rien d'étonnant, dans ce contexte, à ce que Camille Vorger - qui anime dans le cadre de son travail des ateliers d'écriture et séminaires sur la poésie orale - ne se soit aussi intéressée au slam. Avec, à la clef, la publication d'un livre intitulé «Slam. Des origines aux horizons», paru aux Editions D'en bas & La Passe du vent*. Un ouvrage réunissant différentes contributions et photographies, composé d'entretiens et ponctué de textes de slam, qui permet de mieux se familiariser avec cet art oratoire né dans les bars de Chicago dans les années 80, sous l'impulsion de l'américain Marc Smith.

Un art de l'éphémère
«Il trouvait la poésie ennuyeuse, trop souvent confinée dans des salons. Il a souhaité la rendre plus vivante, moins élitiste, la faire sortir des livres», explique Camille Vorger. Et de préciser que le slam est un «espace de partage et de jeu autour des mots». Une onomatopée signifiant «claquer» - avec des mots déclamés qui claquent sur scène -, mais qui peut aussi évoquer une gifle symbolique pour le public, le genre étant libre, sans tabou, spectaculaire. «Il s'agit d'une performance totale.» Un art intergénérationnel, pratiqué par des personnes issues de tous les milieux socioprofessionnels. «Les scènes ouvertes, très répandues, rassemblent toutes sortes de personnes, favorisant la création de liens. Un véritable condensé d'une société. Le slam est hospitalier», poursuit Camille Vorger. Les soirées réunissent souvent plusieurs artistes du genre engagés parfois dans des joutes poétiques. «Le déroulement? Les slameurs disposent de cinq minutes pour déclamer au micro leur texte, rédigé au préalable et appris par cœur. Ces écrits ne portent pas sur des sujets en particulier. Ne véhiculent pas nécessairement de messages - à l'inverse généralement du rap - et s'appuient rarement sur des musiques. Il s'agit d'un jeu rythmique, interactif avec le public, parfois impliqué dans la prestation et alors appelé à encourager l'artiste, l'applaudir ou... le huer.» Un art de l'éphémère, en mouvance perpétuelle, impliquant la présence du corps dans le langage. «Une poésie orale, incarnée, avec une très forte densité», précise encore l'auteure.

Pulsion de vie
Mais qu'est-ce que la réalisation de ce livre a apporté à Camille Vorger? «Une forme d'émerveillement renouvelé pour les mots. On les redécouvre... Très créatif, le slam, réinvente le langage, imagine parfois des nouveaux termes. Des exemples? Slamourai, Seslam ouvre-toi, Slamaleikoum...» De quoi enchanter la Française touchée par l'aspect vivant de cette poésie, «qui bat», en adéquation avec son caractère. «J'ai une pulsion de vie très forte, aussi liée à des épreuves passées. Je mets de la passion dans tout ce que j'entreprends. Je m'investis totalement», affirme Camille Vorger néanmoins douce et réfléchie, drapée dans une longue robe turquoise témoignant de son goût pour les couleurs. Un style singulier, qu'elle arbore avec grâce et féminité. Et qui, note-t-elle, évolue aussi. Comme le lac d'Annecy, où elle réside, qui la séduit pour ses teintes changeantes. «Il me fascine. Chaque jour il est différent, à l'image de la vie», affirme la trentenaire qui se ressource dans la lecture et la nature, terrain de ses loisirs sportifs comme la nage, la course ou les balades en montagne ou la contemplation et la méditation.

Horizons...
Travaillant depuis trois ans à 70% à l'Université, Camille Vorger nourrit le projet d'écrire un roman. «J'ai aussi rédigé le synopsis d'une BD pour enfants. Ce dernier récit met en scène des animaux. Une belle façon de parler métaphoriquement des êtres humains», confie-t-elle, estimant le bonheur difficilement saisissable, préférant parler de joie. Une joie qu'elle associe aux rencontres, à la découverte des autres, aux échanges et au partage. «On n'a jamais fait le tour d'une personne» relève la jeune femme qui se plaît à faire rimer quotidien avec humain. Et craint seulement, dans la vie, de manquer de temps. «Ça passe tellement vite. C'est vertigineux. Et il y a tant de choses à découvrir», s'exclame la Française qui, interrogée sur le mot de la fin, opte pour celui d'«horizons». Une conclusion propre à élargir constamment le regard, en harmonie avec la nature curieuse et créative de cette passionnée du verbe et de ses mille manières de le conjuguer. Ou, version slam, de le scander...

Sonya Mermoud

 

 

Edition n° 31/32 du 29 juillet 2015

 
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