L'humanisme au service des handicapés mentaux
La Fondation St-George à Yverdon est un lieu de vie et d'occupation. Son directeur Thierry Racine nous ouvre ses portes

Dès demain, la Fondation St-George sera en fête pour célébrer la rénovation de l'institution ainsi que la construction de nouveaux bâtiments. Depuis trente ans, le personnel de St-George accompagne ses résidents dans leurs tâches du quotidien et au sein d'ateliers d'artisanat ou de développement personnel, et cela dans une approche humaniste inspirée par les préceptes de l'anthroposophie de Rudolf Steiner. Visite et témoignages.

Il est des lieux où l'on se sent tout de suite bien, apaisé. La Fondation St-George, à Yverdon, en est un. Au calme, nichée dans un grand domaine arboré et fleuri, cette institution accueille depuis 1985 des adultes en situation de handicap mental. Récemment rénovée et agrandie, la fondation sera en fête à partir de demain, 4 septembre, pour inaugurer les travaux réalisés depuis sept ans. Parmi les nouveautés, on compte une grande salle polyvalente, un bâtiment accueillant deux foyers de vie, la réfection du bâtiment des ateliers ainsi que la rénovation des bâtisses historiques de St-George. Tout sent le neuf. Les intérieurs sont fonctionnels et très coquets. Les espaces communs cohabitent avec les chambres individuelles, plus intimes, où chacun met sa petite touche personnelle.
L'institution est un lieu de vie pour une soixantaine de résidents qui sont rejoints chaque jour par une douzaine d'externes, vivant dans des foyers à l'extérieur de St-George, pour participer aux ateliers d'artisanat et de développement personnel. On trouve dans ces ateliers d'occupation, et non pas de production, des activités telles que la poterie, le tissage, la vannerie, le jardinage, et pour les personnes plus en difficulté, des ateliers d'éveil et de développement personnel.

L'anthroposophie au cœur de la thérapie
La dynamique sociothérapeutique dispensée à St-George est inspirée par la vision humaniste de l'anthroposophie, un courant de pensée créé au début du XXe siècle par Rudolf Steiner. «Pour tenter de simplifier le concept, l'élément fondateur de notre intervention se base sur la considération de la tripartition de l'homme, à savoir un corps, une âme et un esprit, explique Thierry Racine, directeur de la fondation. Notre but est de rester fidèle à cette vision holistique de l'être humain tout en prenant en compte les percées contemporaines en matière de concepts d'éducation sociale. Ce que nous souhaitons avant tout, c'est faire de notre institution quelque chose de profondément humaniste.» Au cours de notre visite, on peut dire que le pari a l'air réussi. Le personnel - environ 130 personnes au total - est souriant, dévoué et plein de vie. «Pour pratiquer ce métier, il faut aimer ça et se sentir à l'aise, confie Bogdan, éducateur et responsable de l'un des six foyers d'Yverdon. Nous avons tous quelque chose dans notre passé ou notre personnalité qui nous a attirés jusqu'ici; en ce qui me concerne, c'est le fait d'avoir une sœur atteinte de trisomie. Ce qui ressort de mon métier, c'est une grande satisfaction.»
De 18 à 73 ans, les résidents ont tous des parcours différents, c'est pourquoi St-George offre un accompagnement à la carte. Souffrant de troubles du comportement, de trisomie, d'autisme et de tous les troubles associés, les cas peuvent aller du plus «simple» au plus lourd. «Notre priorité est de travailler à l'autonomie maximum des uns et des autres mais on se doit de rester pragmatique», souligne Thierry Racine. En d'autres termes, certains résidents resteront toute une vie alors que d'autres, petit à petit, quitteront St-George pour rejoindre l'un des appartements communautaires de la fondation, puis, pourquoi pas, vivre dans un appartement individuel. «Ce n'est pas une prison, il y a une perméabilité entre St-George et la vie extérieure, notamment grâce aux familles qui sont nos partenaires dans l'accompagnement des résidents.»

Le bien-être avant tout
Rien n'est statique, donc. Tout évolue en fonction des besoins, des envies et des aptitudes de la personne en situation de handicap. C'est le cas de Roberto (prénom d'emprunt), qui a récemment rejoint l'atelier poterie et se plaît à faire de la pierre sèche. Son camarade, lui, s'attelle fièrement à modeler une marmotte. Jocelyne (prénom d'emprunt), pendant ce temps, est au tournage. A deux pas, Khalid, éducateur et responsable de l'atelier tissage, nous montre les multiples créations. Chemins de table, porte-bébé, tabliers, sacs... «J'observe et cherche à identifier leurs compétences, leurs besoins, leurs demandes. Je vois que ça leur apporte du bien-être, on est évidemment pas là pour la productivité. Le but, c'est qu'ils soient heureux dans ce qu'ils font!»
Pendant ce temps, dans l'atelier d'éveil destiné aux personnes les plus lourdement handicapées, on prépare des gâteaux. «Nous ne sommes pas dans le "faire", on reste dans l'"être", nuance Anna, éducatrice. On essaie d'attirer leur attention par d'autres canaux tels que le bruit, l'odeur ou encore le toucher. On arrive le matin avec plein d'idées et on s'adapte en fonction de leur rythme. Et puis les après-midi, on sort tous les jours de l'année. Marcher les aide à se centrer sur eux-mêmes.»
Yolande, elle, prend en charge les aînés de St-George. «Je n'impose rien, je propose. On est beaucoup dans l'échange, dans la mémoire du passé. Je les aide à faire le deuil de ce qu'ils savaient faire avant et ne peuvent plus faire à cause de l'âge. Et puis nous avons aussi des activités très ludiques, comme la peinture, la cuisine et la musique.»
Enfin, en dehors des ateliers, les soirs et les week-ends, une grande place à la vie culturelle et sociale est accordée. «On trouve toujours un bon prétexte pour faire la fête», s'amuse Thierry Racine.

L'heure du bilan
Après trente ans d'existence et un site qui a fait peau neuve, l'heure est au bilan. «Le monde socio-éducatif est en pleine mutation, développe le directeur. S'il était très vocationnel autrefois, il est aujourd'hui très professionnel, ce qui explique un niveau d'accompagnement en constante amélioration. Notre challenge est de conserver une vision humaniste et un engagement qui soit profondément vocationnel.» Pour ce faire, la Fondation St-George accorde beaucoup d'importance à la formation continue interne de son personnel, qu'elle voit comme une mise à jour constante des connaissances et des compétences de chacun.
«Un autre défi qui s'annonce est la question des ressources humaines: aujourd'hui déjà, il est de plus en plus difficile de trouver du personnel qualifié et engagé. Notre population, fragile, a besoin d'être entourée par un personnel stable, or l'important tournus que nous connaissons pose beaucoup de problèmes.»


Manon Todesco

 

Plus d'infos sur www.fondationsaintgeorge.ch

 

Programme des festivités
Le 4 septembre, dès 18h: vernissage de l'exposition «Instagram: un réseau social s'invite dans l'institution!»
Le 8 septembre à 19h, conférence/rencontre sur le thème de la biographie humaine.
Le 10 septembre, inauguration officielle sur invitation.
Le 12 septembre, de 10h à 18h, kermesse, visites et portes ouvertes des bâtiments. Vernissage d'une sculpture de Gaspard Delachaux à 15h et spectacle grand public à 16h.
Pour plus d'infos, 024 447 07 07.

 

Edition n° 36 du 2 septembre 2015

 
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