Apprentissages à l'heure de la rentrée
La jeunesse Unia rappelle ses revendications pour améliorer les conditions de travail des apprentis

De nombreuses places d'apprentissage sont encore vacantes. Dans ce contexte, et à l'heure de la rentrée, la jeunesse Unia rappelle l'importance de renforcer l'attractivité de cette voie de formation. Et, dans ce but, la nécessité d'améliorer les conditions de travail et de salaire des apprentis. Le point.

«Les conditions de travail des apprentis doivent enfin être améliorées!» Alors que de nombreux jeunes ont entamé leur apprentissage au début de ce mois, la jeunesse Unia profite de rappeler que la vie n'est pas rose pour une grande partie d'entre eux. Elle appelle aussi à revaloriser cette voie de formation où les conditions sont trop souvent précaires et peu attractives, comme en témoignent les chiffres du baromètre des places d'apprentissage. Début juillet, il restait encore 9854 places disponibles en Suisse pour la rentrée d'août, selon une information du quotidien Tages-Anzeiger, soit près du double qu'il y a 10 ans.
Le Secrétariat d'Etat à la formation, à la recherche et à l'innovation estimait le nombre de jeunes à vouloir débuter un apprentissage en 2015 à 71500 (73000 en 2014), soit environ les deux tiers des élèves terminant l'école obligatoire. Au total, quelque 80000 places en entreprises ou dans les services publics sont proposées. Si certaines branches n'ont aucune peine à recruter des apprentis, en particulier pour les professions de bureau, de design, d'arts appliqués, de la santé, du social ou dans l'informatique, d'autres branches sont à la peine. Comme dans la vente, la coiffure, la restauration et le bâtiment, notamment chez les installateurs électriques, sanitaires et les maçons. Le baromètre des places d'apprentissage révèle également que les petites et moyennes entreprises de moins de 50 employés ont davantage de difficultés à recruter que les grandes.

Heures supplémentaires illégales
Pour la jeunesse Unia, les conditions de travail et de salaire des apprentis expliquent une grande part du désintérêt porté par les jeunes à certaines professions et à l'apprentissage en général. La jeunesse syndicale a publié l'année dernière un rapport, réalisé à la suite d'une enquête auprès des apprentis qui a révélé de nombreuses lacunes. Ainsi, 55% des jeunes interrogés devaient effectuer des heures supplémentaires au-delà des 9 heures par jour autorisées par la loi. Pour un quart d'entre eux, ces heures n'étaient ni payées ni compensées en temps. Concernant les salaires, une grande majorité des apprentis touche entre 500 et 1000 francs. Selon le rapport d'Unia, 44% des jeunes interrogés jugent leur salaire trop bas par rapport au travail accompli. Ces derniers étant souvent directement actifs dans la production. Par ailleurs, 55% des apprentis n'ont jamais été contrôlés par les services de la formation professionnelle.

Intégrer les apprentis aux CCT
«Des mesures doivent être prises pour faire face à ces carences», lance Lena Frank, responsable de la jeunesse Unia. «La question des heures supplémentaires illégales doit absolument être réglée, mais il n'y a pas assez de contrôles et beaucoup d'apprentis ne savent même pas qu'ils peuvent faire appel à leur commissaire d'apprentissage, ni que le syndicat est là pour les informer.» Face à cette situation, et au sous-effectif des contrôleurs cantonaux de l'apprentissage, la syndicaliste plaide pour que les apprentis soient soumis aux conventions collectives de travail (CCT) dans les branches où elles existent. «C'est une priorité pour moi. Cela renforcera les possibilités de contrôle grâce au système paritaire. Aujourd'hui, seule la moitié environ des apprentis sont soumis à une CCT.»
Pour les branches non conventionnées, des démarches ont d'ores et déjà été entreprises auprès de la Conférence suisse des offices de formation professionnelle afin de renforcer la surveillance de l'apprentissage. Autre cheval de bataille de la jeunesse Unia pour renforcer l'attrait de la formation professionnelle: la hausse des revenus et la mise en place de salaires de référence pour chaque branche. Une lutte qu'il sera nécessaire de porter collectivement. «J'invite les apprentis à s'organiser et à adhérer à Unia pour renforcer leurs droits», conclut Lena Frank.

Sylviane Herranz

 

 

Edition n° 33/34 du 12 août 2015

 
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