Echanger son logement un état d'esprit
Les sites d'échange de maison le temps des vacances fleurissent. Petit tour d'horizon

L'un des premiers réseaux internationaux, Homelink, date de 1953 déjà. Avec l'avènement d'internet et le bouche à oreille, les sites se sont, depuis une dizaine d'années, multipliés. Ils seraient actuellement une trentaine à mettre en lien des personnes ouvertes à l'aventure de prêter leur maison, leur appartement, leur mobilhome, leur chalet.


C'est une histoire de troc. De confiance et de respect mutuel aussi, que celle de laisser son logement, parfois même sa voiture, son animal de compagnie et ses plantes vertes, aux mains de personnes avec qui seuls quelques messages et appels téléphoniques ont été échangés. Or la magie opère! Preuve en sont les nombreux témoignages de voyageurs heureux que l'on peut trouver sur internet et dont font partie ceux de la représentante pour la Suisse du service Homelink, Marie-Paule Loye, qui en est, à titre personnel, à son 31e échange de maison: «Sans ces échanges, nous n'aurions jamais pu voyager autant. Car le logement peut représenter jusqu'à la moitié du budget des vacances. Mais, au-delà de l'aspect financier, cela nous a changé la vie! Nous avons atterri dans des endroits auxquels nous n'aurions jamais pensé, comme la Vallée de la Loire ou le Danemark que nous avons adoré.» Autant de séjours qui se sont révélés enchanteurs pour pas un sou.

Ouverture d'esprit
Une affaire de partage donc et un pied de nez à la loi du marché. La Valaisanne n'a pourtant jamais eu à répondre à d'éventuelles critiques de la part d'offices du tourisme où d'hôteliers de la région. C'est que l'échange de maison n'est peut-être pas fait pour tous. «Cela reste une affaire de niche. Les échangeurs doivent être ouvert d'esprit, tolérant, avoir du plaisir à accueillir des gens chez eux et être actif pour proposer des échanges ou y répondre.» La souplesse quant au standing (on peut échanger une maison contre un studio par exemple) et quant aux dates des vacances est aussi nécessaire. Reste que le nombre de membres - 13000 chez Homelink - fait qu'il est rare de ne pas trouver un logement qui réponde à ses envies.
Des problèmes? «Il m'est arrivé deux fois, sur 31 échanges, d'être déçue par le manque de propreté des logements qu'on nous a prêté. Mais, avec le recul, j'aurais pu m'en douter...», relève Marie-Paule Loye. Elle se souvient aussi d'une situation délicate récente: un couple suisse a rompu l'échange prévu, alors que le couple vivant à Hawaï avait déjà ses billets d'avion. «J'ai trouvé facilement 5 ou 6 solutions de rechange», relève celle qui, dans de rares cas, doit jouer le rôle de médiatrice en collaboration avec le représentant de l'autre pays. De surcroît, Homelink, comme d'autres services d'échange (lire ci-dessous), ont des assurances en cas d'annulations ou de dégâts, en plus de l'obligation pour chaque membre d'être couvert par une assurance responsabilité civile.

Des réseaux en expansion
Une étude menée sur Homelink suisse, montre que le membre type de ce réseau est en famille, a la quarantaine, est Romand, échange son logement 2 à 3 fois par année, majoritairement dans les pays limitrophes et aux Etats-Unis. L'échange se cantonne encore essentiellement aux pays occidentaux, car les propositions provenant d'Afrique, d'Asie et d'Amérique du Sud restent marginales. «Et ce sont souvent des expatriés», précise Marie-Paule. La majorité des membres travaillent dans l'enseignement. Peut-être est-ce dû au fait de leurs nombreuses vacances ou, qui sait, par tradition. C'est, en effet, un professeur américain qui est au fondement de ce réseau. En 1953, il créé une liste qui sera partagée entre enseignants, puis au travers d'un catalogue au niveau international. «Au début, on écrivait des lettres. Depuis l'avènement d'internet, c'est exponentiel. Et, en 2006, le film de James Cameron, «The Holiday», où il est question au début du film d'un échange d'appartement nous a fait une pub incroyable!», souligne Marie-Paule Loye. «Je pense qu'avec la génération de nos enfants qui sont en réseau tout le temps, ce genre d'échange pourrait prendre encore de l'ampleur...»

Aline Andrey

Pour davantage d'informations: www.homelink.ch


Une trentaine de services d'échange de maison
Le site Camago offre une série de conseils pour troquer son logement et répond à de nombreuses questions. Il répertorie également 28 services d'échange en mentionnant leurs points forts et leurs faiblesses. A noter que les montants des cotisations tournent pour la majorité autour d'une somme de 100 francs par année (certains sont gratuits, mais il vaut mieux vérifier les assurances prévues). Et que le nombre de membres n'est pas forcément indicatif des possibilités d'échanges, car encore faut-il qu'ils soient actifs. Généralement, les séjours vont de 1 à 3 semaines, mais il est aussi possible parfois de s'arranger pour le temps d'un week-end ou alors pour plusieurs mois. Généralement il est conseillé de s'y prendre à l'avance pour trouver le logement de ses rêves...
AA

Pour davantage d'informations: www.camago.fr



«Nous n'aurions jamais eu les moyens de partir en Suède»
«Ma cousine a vu son prêt de maison se transformer, à la dernière minute, en location. Ils avaient déjà leurs billets d'avion, les échangeurs disaient ne plus pouvoir venir et donc leur proposait une autre maison, mais à louer. Ils se sont fait clairement arnaquer », témoigne Anne-Sophie, de la Vallée d'Abondance en France voisine. Pourtant, elle reste une fervente adepte de ce moyen de voyager, ayant vécu quant à elle, trois échanges magnifiques via le site «trocmaison». «Nous avons échangé notre maison avec des Belges, des Suédois et des Espagnols. A chaque fois, nous nous sommes rencontrés, nous sommes transmis des renseignements sur nos régions, sur les choses à faire... et même nos voitures. Sans ce système, nous n'aurions jamais eu les moyens de partir en Suède. C'est gagnant-gagnant, et cela permet autant de repenser sa propre région, que de sortir des sentiers battus là-bas!», lance-t-elle avec enthousiasme.
Alessandra Wutholen, membre de Homelink depuis trois ans, vivant dans un appartement près de Morges, renchérit: «En Australie, des amis de nos logeurs sont venus nous chercher à l'aéroport et nous ont indiqué un zoo exceptionnel, complètement inconnu des touristes, où il était possible de caresser des kangourous. Et puis vivre en zone résidentielle nous a permis de rencontrer davantage de personnes du pays que si l'on avait été au milieu de la masse des touristes.»
Avec quatre échanges à son compteur, en Italie, en Australie et à Paris, elle souligne la qualité des prestations: l'échange des vélos, des voitures, et, non des moindres avantages, la garde assurée de ses deux chats. Sans compter la richesse de la réciprocité et de la solidarité. «Nous sommes restés en contact avec une famille qui nous avait prêté leur résidence secondaire en Italie, et qui nous l'a proposé à nouveau cette année, sans échange... Je pense que ce genre de réseau attire des personnes avec une grande éthique, un grand respect, et des valeurs de service à l'autre. Un peu comme dans le « couchsurfing » (des personnes accueillent gratuitement des inconnus dans leur chambre d'amis ou leur salon le temps de quelques nuits). Ce n'est peut-être pas une règle absolue, mais de notre côté, nous n'avons jamais eu de problème.»

Rare déception et quelques contraintes
Si Helena Hefti Wenger vivant à Berne, membre de Homelink et de Home Exchange, est aussi une convaincue de ce système parallèle, elle avoue toutefois sa déception lors de son dernier échange fin juillet. «Les personnes qui sont venues chez nous ne nous ont pas laissé de mot, et ont déplacé la table de la cuisine sans la remettre à sa place. J'ai eu l'impression qu'elles étaient dans une approche plutôt de location et pas dans l'état d'esprit de l'échange de maison...»
Les contraintes d'un tel échange? Celle de nettoyer son appartement avant de partir. «La propreté doit être celle d'un hôtel. C'est un grand nettoyage, parfois contraignant dans le stress des préparatifs, mais finalement c'est très peu cher payé et cela a aussi du bon», précise Alessandra Wutholen, qui attend la même propreté de l'autre côté et aussi que son hôte soit bien assuré. Quant à ses projets, elle est en contact pour un éventuel échange en Floride ou à Hawaï... Pour sa part, Anne-Sophie et sa famille ne se sont pas inscrits cette année. «Nous avons prévu de voyager de manière itinérante, et il est vrai que les échanges de maison sont plus pratiques si l'on veut se poser quelque-part.»
AA

 

 

Edition n° 33/34 du 12 août 2015

 
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