Silvia Velazquez, des mondes virtuels pour mieux s'ancrer
Silvia Velazquez a quitté son pays l'Uruguay pour un homme. Et son poste de gestion des finances pour l'art

C'est par amour que Silvia Velázquez a émigré en 2009. Sa sœur aussi, avant elle. «Quand elle est partie en Espagne, je me disais que jamais je ne quitterais mon pays pour un homme», se souvient l'Uruguayenne, en se riant d'elle-même. C'est à Buenos Aires, la capitale argentine presque voisine de sa ville natale, Punta del Este, qu'elle a rencontré François, un Français. Ils continueront un bout de voyage ensemble, puis elle le rejoindra en Suisse pour des séjours limités à trois mois, lois migratoires obligent. «J'aurais voulu trouver un travail pour avoir un permis. Mais c'était trop difficile. Nous nous sommes donc mariés. Ce que nous souhaitions de toutes façons, mais pas si vite.»
Très attachée à son pays, ses amis, et surtout ses parents, l'émigration n'est pas sans douleur. «Au début, sur Skype, on n'arrêtait pas de pleurer...» L'émotion vibre encore chez la jeune femme qui avoue pourtant être une Uruguayenne atypique, soit un peu plus réservée que son peuple. «Mais moins que les Suisses», sourit-elle, sans jugement aucun. «Ce n'est ni mieux ni moins bien qu'ici, mais c'est comme ça que j'ai grandis, avec beaucoup de chaleur humaine, de contacts physiques.» Lucide, Silvia Velázquez, qui voyage en Uruguay tous les deux ans environ, ajoute: «C'est bien de retourner dans son pays, pour éviter de trop l'idéaliser.»
Entre ses hauts et ses bas, au fil du temps, les attaches se sont créées aussi en Suisse. «Beaucoup de mes amis viennent d'ailleurs. Je n'avais jamais imaginé que la Suisse était aussi multiculturelle. On ne nous montre jamais cette image-là à l'étranger...» C'est ce qui l'a frappée en arrivant ici. Et la politesse bien sûr. «Dire une seule fois merci ne suffit pas», rit-elle.

De la création...
Il y a 4 mois et demi, Silvia Velázquez a donné naissance à un petit garçon, David. Un bonheur, et l'envie d'autant plus grande que ses parents soient présents... «En Uruguay, les petits enfants sont toujours gardés par la grand-maman. Si seulement! Je suis tellement fatiguée», lance celle dont le visage n'accuse pourtant pas son manque d'heures de sommeil. Et qui, de plus, semble avoir des fourmis dans les doigts, tant sa créativité a besoin de s'exprimer.
Autodidacte, elle aime se définir comme une «Visual Artist». «C'est un terme qui me convient mieux que peintre ou plasticienne», explique-t-elle. Sa passion pour l'Art couvait depuis longtemps (si ce n'est depuis toujours), pour finalement se révéler en Suisse. «En Uruguay déjà, j'ai hésité entre étudier les beaux-arts et l'économie. Mais, à cette époque, mon père, chauffeur de camion, venait de perdre son travail et j'avais besoin de perspectives financières.» Elle étudiera donc l'administration d'entreprise, avant de travailler plusieurs années dans une banque de prévoyance sociale. Jusqu'à son départ.
En Suisse, Silvia Velázquez prend des cours de français - langue qu'elle parle aujourd'hui à merveille auréolée de ce charmant accent latin - et trouve rapidement du travail comme assistante de gestion dans une assurance. Elle-même est étonnée de l'aubaine, mais donnera sa démission 9 mois plus tard. «En Uruguay, j'avais l'impression de travailler en famille. Mon patron était comme mon père. Ici, c'était pas pareil. J'étais chamboulée par tous ces changements: de pays, de langue, de vie... J'ai arrêté. Mes parents m'ont pris pour une folle!» Depuis qu'elle a un atelier, mis à disposition par la ville de Lausanne suite à un concours, elle sent qu'elle est prise davantage au sérieux que lorsqu'elle travaillait à la maison. «Maintenant, on ne me demande plus quand je vais chercher du travail. Mais quand je vais vendre.» Elle rit encore Silvia Velázquez, malgré son impatience, elle qui expose de surcroît dans l'Eglise de St-Cierges*.

De la géométrie...
«Ma série "Mundos virtuales", c'est, comme me l'a fait remarquer un observateur, un espace très maîtrisé, très ordré. J'en ai besoin je crois, sinon je flotte.» Avec une précision horlogère suisse, elle tire ses traits à l'encre de chine. Une erreur, et elle doit tout recommencer. Grâce à sa précision, sa rigueur et sa concentration, les lignes deviennent des courbes, ses dessins des graphiques, des mondes imaginaires. «Je me souviens très bien de mon émotion, un jour, en classe, nous dessinions un graphique dont les lignes droites ont fini par former une courbe! C'était magique!», s'enthousiasme la férue de mathématique et de géométrie, qui utilise reliefs, ombres et couleurs pour donner une sensation de rondeur et de chaleur à cet univers scientifique. «On dit que dans la nature il n'y a pas de lignes droites, mais peut-être qu'il n'y a que ça...», lance-t-elle, philosophe.
Dans sa série intitulée «Life», on peut y voir des lignes de métro, imaginer le parcours d'une vie, ou de plusieurs, où l'on choisi ses embranchements, son chemin... Actuellement, elle crée autour de l'histoire de «petit jaune et petit bleu» qui, se fondant l'un dans l'autre, deviennent vert. Un conte pour enfant hautement symbolique. Et l'artiste de conclure: «C'est l'union des couleurs différentes qui est belle.»

Aline Andrey

Exposition collective ArtEdifices* organisé par l'Espace culturel d'Assens (Vaud) jusqu'au 19 septembre: www.espace-culturel.ch

 

 

Edition n° 33/34 du 12 août 2015

 
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